LOGINPOV HélèneMardi matin. Dix heures.Naïa m'a envoyé un message hier soir, cette simplicité directe qui la caractérise et que j'ai fini par apprendre à apprécier, tant elle contraste avec les faux-semblants que j'ai pratiqués toute ma vie.Si vous voulez passer voir Léo demain matin, je serai seule avec lui. Raphaël travaille, Mathis est à l'école. Ce sera plus calme.J'ai relu ce message plusieurs fois avant de répondre, cette même hésitation qui m'accompagne désormais chaque fois qu'il s'agit de cette famille reconstruite, comme si je craignais, à chaque pas, de briser quelque chose d'encore trop fragile pou
POV NaïaDimanche après-midi. Seize heures.L'appartement s'est transformé, cet après-midi, en un lieu que je n'aurais jamais imaginé possible il y a encore deux ans — bruyant, chaleureux, débordant de cette vie que seule une famille nombreuse et reconstituée peut apporter. Édouard est arrivé le premier, en fin de matinée, marchant encore avec cette légère raideur qui témoigne de sa longue rééducation, mais avec cette énergie retrouvée qui n'a plus grand-chose à voir avec l'homme fragile que j'avais rencontré à la clinique, tant de mois auparavant.Alexis et Théo sont venus ensemble, cette complicité fraternelle qui continue de se
POV ThéoSamedi après-midi. Quatorze heures.Je gare ma voiture devant l'immeuble de Raphaël avec cette même nervosité que je n'arrive pas à totalement dissiper, malgré tout le chemin parcouru depuis ma confession publique. Ce n'est pas la peur du jugement qui m'habite aujourd'hui, mais quelque chose de plus intime, presque plus effrayant à mes yeux : la rencontre avec ce petit être qui vient de faire son entrée dans notre famille, et qui semble déjà, à travers les récits que Raphaël m'en fait, cristalliser tout ce que nous avons traversé ensemble ces derniers mois.Je monte les escaliers plutôt que l'ascenseur, cette habitude que j'ai gardée depuis l'enfance, ce besoin de me préparer mentalement
POV NaïaJeudi après-midi. Quinze heures.Le retour à l'appartement s'est fait dans un désordre joyeux dont je n'aurais jamais soupçonné l'existence avant ce jour. Mathis avait insisté pour porter lui-même le sac de couches, malgré son poids qui le faisait pencher dangereusement d'un côté, et Raphaël avait dû négocier pendant dix bonnes minutes pour qu'il accepte de le partager avec lui sans que cela ressemble, à ses yeux, à une capitulation.Léo dort dans son berceau, installé dans notre chambre pour ces premières semaines, cette respiration minuscule et régulière que je surveille avec une attention presque obsessionnelle, malgré tout ce que je sais, théoriquement, sur
POV RaphaëlLundi matin. Six heures.Je reste immobile près du lit, incapable de détacher mon regard de ce petit visage encore froissé par l'effort de la naissance. Naïa le tient contre elle, épuisée, mais avec cette lumière particulière que je n'avais jamais vue sur son visage, pas même dans les moments les plus intenses de notre histoire.La sage-femme s'affaire discrètement autour de nous, prend des notes, vérifie des constantes, tout en nous laissant cet espace précieux, ce moment suspendu que rien ne devrait interrompre.— Il pèse trois kilos deux cents, dit-elle finalement, avec un sourire. Tout va bien pour lui, et pour vous, Madame Kouassi.
POV NaïaDimanche soir. Vingt-trois heures quarante.La douleur me réveille d'un coup, différente de tout ce que j'ai connu jusqu'ici — pas cette gêne diffuse des fausses alertes, pas cette tension qui va et vient sans vraiment s'installer. Celle-ci arrive comme une vague entière, m'arrache du sommeil, et je reste un instant immobile dans le noir, cette respiration que je bloque malgré moi avant de la relâcher lentement.Je regarde le réveil. Vingt-trois heures quarante et une.Je pose une main sur mon ventre, l'autre sur le bras de Raphaël.— Raphaël.Il se redresse, cette réactivité qu







