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CHAPITRE 5 – L’inconnu aux étoiles

Author: L'encre
last update Petsa ng paglalathala: 2026-06-24 03:10:38

Rebecca posa son sushi et s’adossa au canapé. Elle ferma les yeux un instant, pour mieux le revoir.

— Il est grand. Des épaules larges. Des cheveux poivre et sel coupés très court. Une mâchoire carrée. Des yeux sombres, très enfoncés, qui te regardent comme s’ils voyaient à travers toi. Il parle lentement, avec une voix grave, comme si chaque mot lui coûtait. Il ne sourit pas vraiment. Il esquisse. Juste le coin des lèvres. Et quand il te regarde, tu as l’impression d’être la seule personne au monde. Ce n’est pas de la séduction. C’est autre chose. C’est comme s’il te voyait vraiment, comme s’il comprenait des choses que toi-même tu ne comprends pas.

Chloé resta silencieuse un moment. Elle avait posé son verre et écoutait attentivement, sa tête légèrement penchée sur le côté.

— Continue, dit-elle.

— Il n’a pas beaucoup parlé. Il a dit qu’il était militaire, qu’il n’aimait pas la foule, qu’il n’aimait pas les gens qui parlent pour ne rien dire. Il a dit que dans son métier, si on rate un détail, des hommes meurent. Et puis il m’a regardée, longtemps, sans rien dire. Et c’était comme s’il me disait tout le reste sans ouvrir la bouche.

— C’est-à-dire ?

— Je ne sais pas. Une impression. Quelque chose dans son regard. Comme s’il portait sur lui des choses lourdes, des choses qu’il ne peut pas raconter. Il doit avoir l’habitude de partir, de revenir, de disparaître. C’est un homme qui ne doit rien posséder, qui ne doit tenir à rien. Un genre de solitaire. Un fantôme, comme tu dis. Mais un fantôme qui vous regarde comme si vous étiez la première personne réelle qu’il rencontrait depuis des années.

— Rien que ça, dit Chloé avec un demi-sourire.

— Rien que ça.

— Et toi, tu as envie de t’embarquer là-dedans ? Un homme qui te dit d’avance, ou qui te fait comprendre, qu’il ne sera jamais vraiment là, qu’il disparaîtra sans prévenir, que tu ne sauras jamais où il est ni ce qu’il fait ?

— Peut-être que c’est ça qui me plaît. L’honnêteté.

— L’honnêteté ? Tu ne sais même pas son nom de famille !

— Il s’appelle Lémek. C’est tout ce qu’il m’a donné.

— Et ça te suffit ? Un prénom ? Pas de nom, pas d’adresse, pas de téléphone fixe, pas de trace nulle part. Tu te rends compte que c’est un fantôme ?

— Peut-être que j’aime les fantômes.

Chloé leva les yeux au ciel et vida son verre d’une traite. Elle se leva, attrapa la bouteille pour se resservir, puis se ravisa et la reposa sur la table.

— Écoute, dit-elle d’une voix plus douce. Je ne veux pas jouer les rabat-joie. Si cet homme est extraordinaire, tant mieux pour toi. Tu mérites quelqu’un d’extraordinaire. Mais sois prudente. Les fantômes, c’est romantique dans les livres. Dans la vraie vie, c’est dangereux. Surtout quand ils portent un uniforme et qu’ils ne donnent pas leur nom.

Rebecca hocha la tête, mais elle n’écoutait déjà plus. Son téléphone venait de vibrer. Elle se jeta dessus.

C’était une notification I*******m. Une ancienne collègue qui venait de poster une photo de son chat.

Elle reposa le téléphone, le visage fermé.

— Tu vois, dit Chloé. C’est exactement de ça que je parle.

Le cinquième jour, Rebecca avait presque réussi à se convaincre que Chloé avait raison. Presque. Elle s’était jetée à corps perdu dans le travail, avait enchaîné les réunions, les visites de sites, les appels aux prestataires. Elle avait organisé un cocktail pour une banque d’affaires, un dîner de gala pour une fondation, un lancement de produit pour une startup. Elle avait occupé chaque minute de chaque heure de chaque jour, sans laisser de place au vide. Le vide, elle connaissait. Le vide, c’était son ennemi depuis l’enfance.

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