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Chapitre 2

Autor: Simon Dorsay
Dans la salle d'accueil, Marius était assis les jambes croisées, nonchalamment adossé au canapé. Il dégageait une autorité naturelle, comme s'il était le maître des lieux.

Jérôme était si nerveux qu'une fine pellicule de sueur lui couvrait le front. Il avait entendu dire que le Groupe Vasseur cherchait un nouveau partenaire dans le domaine de la traduction. Or, Horizon Traductions avait déjà travaillé avec l'une de ses filiales et lui avait laissé une excellente impression. C'était une occasion en or. Si le partenariat aboutissait, l'entreprise n'aurait plus à s'inquiéter de son chiffre d'affaires pendant plusieurs années.

Sans l'incident qui venait de se produire, Jérôme aurait encore pu croire à leurs chances. Mais après ce scandale, il n'en menait pas large.

Depuis qu'ils étaient entrés dans la pièce, Marius n'avait pas dit un mot. Il feuilletait en silence les dossiers des traducteurs que Jérôme lui avait remis. Face à ce silence pesant, Jérôme commençait à sentir la pression monter. Au bout d'un moment, il s'est finalement décidé à prendre la parole :

« Monsieur Vasseur… »

Il n'avait pas eu le temps d'aller plus loin. L'assistant de Marius lui a aussitôt jeté un regard d'avertissement.

Jérôme s'est aussitôt tu et a attendu la suite, rongé par l'inquiétude.

Le regard de Marius s'est arrêté sur le dossier posé devant lui.

Nom : Émy Borel…

Du bout de ses longs doigts, il a effleuré la photo. La jeune femme avait la peau claire, des traits fins et délicats, et une beauté discrète. Son regard semblait limpide, presque distant, mais quelque chose de fragile affleurait derrière cette froideur.

C'était cette apparence douce et inoffensive qui l'avait aveuglé autrefois.

Pourtant, la scène de tout à l'heure lui revenait sans cesse. Il avait remarqué les yeux rougis d'Émy, qui s'efforçait de retenir ses larmes. Pour une raison qu'il ne comprenait pas, ce détail l'avait profondément troublé.

« Monsieur Mérand. »

Marius a levé les yeux vers lui. Son regard était dur et scrutateur.

Pris au dépourvu, Jérôme a sursauté avant de se redresser précipitamment sur son siège. En voyant Marius tenir le dossier d'une main, il a aussitôt affiché un sourire obséquieux.

« Ne vous inquiétez pas, Monsieur Vasseur. Ce qui vient de se passer ne se reproduira plus. Nous ne pouvons pas garder une employée pareille, surtout si elle risque de nuire à notre image. »

Le regard de Marius l'a déstabilisé un instant. Jérôme s'est aussitôt empressé d'ajouter :

« Je parle de l'autre Émy, celle qui est la maîtresse. »

L'expression de Marius n'a pas changé. Impossible de savoir si cette décision lui convenait.

Après quelques secondes de silence, il a repris d'une voix calme :

« Une femme a été agressée dans vos locaux et accusée à tort. Votre employée a subi une humiliation publique. Vous pensez qu'une simple excuse suffit à tourner la page ? »

Jérôme a senti la sueur froide lui couler dans le dos.

Au départ, il avait seulement songé à faire mine de sanctionner la maîtresse de Laurent, histoire de donner l'impression que l'agence restait impartiale. Après tout, Laurent travaillait depuis des années dans une filiale à l'étranger ; il fallait bien éviter de l'humilier.

Mais lorsque Jérôme a levé les yeux vers le profil élégant et impassible de Marius, il a aussitôt changé de ton.

« Je vous garantis que nous prendrons des mesures sévères contre les personnes concernées. Quant à Émy Borel, elle recevra une indemnité appropriée. Je vais demander au service financier de lui verser immédiatement 5 000 euros. »

Jérôme a composé le numéro du service financier sans attendre.

Une fois tout réglé, Marius s'est contenté de hocher la tête.

Jérôme s'est essuyé le front.

Il n'avait vraiment pas de chance.

Il était évident que Marius avait décidé de prendre le parti d'Émy. À ce stade, même un dirigeant plus haut placé n'aurait pas pu s'en tirer comme ça.

...

À Brégan, en hiver, l'air semblait se figer, glacé, dès la nuit tombée. Les passants resserraient instinctivement leur manteau et pressaient le pas.

Au bord d'une ruelle étroite, une voiture de luxe était garée, les phares éteints.

Marius s'appuyait contre la portière froide, l'allure décontractée, mais dégageant une présence intimidante. Les yeux baissés, il tenait une cigarette entre ses doigts sans vraiment tirer dessus. Il regardait la fumée s'élever lentement dans l'air glacé.

Même après s'être abruti d'alcool, il n'arrivait pas à chasser la scène du matin de son esprit. À cette pensée, une douleur sourde lui a repris aux tempes.

« Marius ! »

Oscar Vasseur, son neveu, est arrivé d'un pas vif et lui a tendu les bonbons à la menthe qu'il venait d'acheter, visiblement ravi.

« En allant chercher des bonbons, je suis tombé sur une fille canon à la supérette. Franchement, elle aurait pu être actrice. Exactement mon genre ! Si j'avais pas été pressé de te les rapporter, je lui aurais demandé son numéro... »

Il a terminé sa phrase d'une voix de plus en plus faible, guettant la réaction de Marius.

Marius savait d'ordinaire se maîtriser lors des dîners d'affaires. Vu son statut, personne n'osait jamais le pousser à boire. Et pourtant, ce soir-là, il s'était saoulé tout seul. Une fois ivre, il devenait plus glaçant encore.

Marius a glissé un bonbon à la menthe en bouche. Son mal de tête s'est enfin un peu calmé. Machinalement, il a caressé la boîte.

Il ne savait plus quand il avait commencé à ne plus pouvoir s'en passer.

« Regarde ! Elle sort ! C'est elle ! »

En entendant ses exclamations, Marius a tourné la tête dans sa direction.

Une femme sortait de la supérette baignée par la lumière des néons. Son manteau aux teintes neutres se fondait dans les ombres bleutées de la nuit. Sous les néons, son visage clair et délicat semblait s'animer, d'une beauté simple mais saisissante.

Les feuilles mortes bruissaient dans le vent. Une distance tranquille émanait d'elle, en accord avec le froid de l'hiver.

« Elle est magnifique, non ? »

Oscar ne la quittait pratiquement pas des yeux.

Marius a fixé le dos mince de la jeune femme et a légèrement plissé les yeux.

« Maman ! »

Une voix d'enfant, claire et joyeuse, a brusquement rompu le silence.

Ce n'est qu'alors que Marius a remarqué le petit garçon de quatre ou cinq ans qui se tenait devant elle. L'enfant lui faisait signe avec enthousiasme d'une main, tandis que l'autre serrait celle d'un jeune homme.

En apercevant l'enfant et l'homme, Émy leur a adressé un sourire éclatant.

« Attends… elle est mariée ? Et elle a déjà un fils ? »

Oscar en est resté bouche bée. Il n'a pas remarqué que Marius, d'ordinaire si maître de lui et imperturbable, avait les yeux sombres, traversés par une émotion impossible à nommer.

Lorsque l'homme et l'enfant se sont rapprochés, ils offraient l'image parfaite d'une famille heureuse.

« On y va. »

Marius a détourné les yeux, ignorant l'air stupéfait d'Oscar, puis s'est réinstallé dans la voiture, le visage fermé.

À l'intérieur, Oscar s'est tenu bien droit, sage comme une image, sans oser prononcer un mot. Il ne comprenait pas pourquoi l'atmosphère autour de Marius était soudain devenue si pesante. Son mal de tête s'était-il aggravé ?

« Tu veux que je t'achète un médicament contre la gueule de bois ? »

« Non, ça ira. »

La voix de Marius était basse, un peu lasse.

Oscar voyait rarement Marius dans cet état. Il a tout de même jeté un coup d'œil discret dans le rétroviseur.

Marius avait les yeux fermés et les sourcils froncés.

Au moment où Oscar l'observait, il a brusquement ouvert les yeux.

Oscar a aussitôt reporté son attention sur la route, sans plus oser bouger.

Marius regardait par la vitre, le regard sombre. L'image de cette famille heureuse, tous les trois réunis, refusait de quitter son esprit.

Émy, tu m'as quitté, tu as épousé un autre homme, tu as même eu un enfant avec lui. Comment as-tu osé ?
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