LOGINRORY
— Hé, bébé, murmura quelqu’un derrière moi. Il y a de la place pour un de plus ?
Je tournai brusquement la tête, le cœur bondissant, espérant contre toute raison que c’était M. Masque Phénix brûlant… mais la déception qui se logea dans mon ventre fut vive et amère, presque physique.
Je n’avais jamais autant attendu le vendredi. Quand il arriva enfin, c’est moi qui pressai Zoé, vibrante de nervosité pendant tout le trajet, incapable de rester en place. Nous étions arrivées tôt, et pendant plus de trente minutes j’avais scruté chaque visage masqué dans la pénombre du club, le pouls s’affolant chaque fois qu’un homme grand et large passait près de nous.
Mais aucune trace de lui.
Je n’arrivais pas à y croire. Il m’avait invitée. Il avait payé mon adhésion comme si ce n’était rien. Et maintenant… il me ghostait dans un endroit conçu pour le plaisir anonyme ? Tant pis. Qu’il aille se faire voir.
Zoé m’adressa un sourire encourageant, le genre de sourire qui disait clairement : tu n’as pas à t’excuser d’avoir envie. J’hésitai une seconde, puis haussai les épaules. Pourquoi pas ? Le diable n’était pas venu. Je n’allais pas passer la soirée à attendre comme une idiote pathétique.
— Euh, pourquoi pas ? dis-je en laissant l’homme au masque de soldat rayan glisser un bras musclé autour de ma taille et me tirer contre son torse.
Je fis de mon mieux pour ne pas le comparer au souvenir d’un autre. Pourquoi me languir d’un inconnu qui n’avait même pas daigné se montrer ? Son corps était chaud, fort… mais faux. Son odeur était différente, trop forte, trop artificielle. Quand son sexe dur se pressa insistamment contre mes fesses, je ne ressentis qu’un vague malaise, une sensation de décalage. Malgré tout, j’essayai de me détendre et de laisser l’anonymat du club m’engloutir, de me convaincre que c’était exactement ce que j’étais venue chercher.
Jusqu’à ce que sa bouche chaude et humide atterrisse sur mon cou dans un baiser humide et possessif. Le dégoût me traversa comme de l’eau glacée. Je me raidis et tentai de m’écarter, mais sa prise se resserra, plus insistante.
C’est alors que je le sentis — le changement dans l’air, comme si la température avait chuté de dix degrés en une fraction de seconde. Les mains du soldat disparurent de mon corps si vite que je faillis trébucher. Un grognement bas et mortel coupa à travers la musique derrière moi :
— Elle est à moi.
Mon ventre fit un violent salto tandis que je me retournais, le souffle déjà court. Dominant le soldat rayan de toute sa hauteur se tenait un homme portant ce masque de diable si familier — grand, épaules larges, dégageant une domination brute qui faisait presque mal. Le même masque. La même énergie dangereuse qui m’avait fait perdre pied dans un coin sombre la semaine dernière.
— Merde, désolé mec, bredouilla le soldat en levant les deux mains, clairement impressionné. J’avais pas compris qu’elle était prise.
Putain.
Une chaleur intense inonda mon entrejambe même si mon esprit tournoyait. Après tout ce qui s’était passé avec Sacha, j’avais juré que la possessivité ne m’exciterait plus jamais. Visiblement, mon corps n’avait pas reçu le message. Il réagissait déjà, traîtreusement.
Zoé apparut à mes côtés, agrippant mon bras, les yeux pétillants de plaisir sous son masque.
— C’était la chose la plus chaude que j’aie jamais vue, chuchota-t-elle, à peine capable de contenir son enthousiasme.
Avant que je puisse répondre, un videur se matérialisa comme par magie. Il jeta un regard à l’homme au masque de diable et inclina immédiatement la tête avec déférence, presque respectueuse.
— Tout va bien, monsieur ?
Le diable hocha une fois la tête, le geste précis et autoritaire.
— Juste un malentendu. Ce monsieur s’en allait.
Le soldat rayan disparut dans la foule sans un mot de plus, comme s’il n’avait jamais existé. Le videur s’évanouit tout aussi rapidement.
Soudain, il n’y avait plus que nous deux au milieu de la piste vibrante — moi, levant les yeux vers cet inconnu masqué qui semblait à la fois totalement étranger et terriblement familier. Quelque chose dans la ligne tranchante de sa mâchoire, la forme de cette bouche sous le masque… cela tirait sur un souvenir que je n’arrivais pas tout à fait à saisir. Mon cœur se mit à battre pour une tout autre raison, plus profonde, plus inquiétante.
Je m’approchai, levant le visage vers lui, désespérée de voir ses yeux dans la lumière tamisée. Sans réfléchir, je tendis la main et effleurai du bout des doigts sa mâchoire. Le léger grattement de la barbe naissante envoya une décharge électrique le long de ma colonne, si vive que je faillis retirer ma main aussitôt.
Il attrapa mon poignet avec douceur mais fermeté, l’empêchant de m’éloigner.
— Rory.
Le prénom me frappa comme une gifle. Mon souffle se bloqua dans ma gorge. Cette voix — comment ne l’avais-je pas reconnue avant ? Elle résonnait exactement comme dans mes souvenirs les plus gênants.
Je retirai ma main comme si elle avait brûlé, le cœur maintenant lancé dans une course folle.
— Ethan ?
Il inclina lentement la tête, délibérément, le masque de diable ne cachant rien de ce mouvement arrogant que je connaissais trop bien.
Ethan Valenti.
L’exaspérant colocataire de mon frère à l’université.
Le playboy qui me souriait autrefois comme s’il connaissait chacune de mes pensées les plus sales.
ETHANLe matin de notre mariage se leva clair et doré, le genre de ciel qui ressemblait à une promesse. Je me tenais dans la petite suite du domaine que nous avions choisi — un vieux manoir de pierre à l’extérieur de la ville, avec de vastes pelouses et un jardin qui sentait la rose et la terre fraîche — et j’ajustais mes boutons de manchette pour la troisième fois. Hugo posa une main sur mon épaule, un large sourire aux lèvres.— Nerveux ?— Non, répondis-je, et je réalisai que c’était vrai. Pour la première fois de ma vie, je ne me préparais pas à ce que quelque chose tourne mal. — Juste prêt.Il rit. — Tant mieux. Parce que si tu te sauves, Rory te traquera, et je l’aiderai.Je souris à ces mots. Ma future femme ne fuyait pas les choses difficiles. Elle les affrontait, les reconstruisait, les rendait meilleures. Exactement comme elle avait reconstruit Noir & Lait. Exactement comme elle m’avait reconstruit, moi.Dehors, le jardin se remplissait déjà d’invités. Des chaises blanches b
ETHANJe souris intérieurement à l’idée que Rory pourrait avoir envie d’étendre Noir & Lait. Nous avons besoin d’un café dans le hall de Genesis-1, et ce n’est pas seulement parce que c’est le sien. Je pense sincèrement que l’esprit durable et communautaire de sa boutique correspond parfaitement à Genesis-1, tandis que la qualité du café satisfera les résidents aisés.Je compte aussi lui proposer de faire venir Milo pour diriger le nouvel établissement, maintenant qu’il a suffisamment d’aide à la boutique. Ce n’est pas que je cherche à les séparer. Rory m’a raconté ce qu’il lui avait dit le soir où je les ai vus s’enlacer, et j’ai reconnu qu’il avait raison. Je n’aime pas qu’il ait avoué être attiré par elle, mais je ne peux pas vraiment lui en vouloir. Et je n’ai aucune inquiétude sur les sentiments de Rory envers lui. Comment le pourrais-je, alors qu’elle me montre chaque jour à quel point elle m’aime ? Non, la jalousie n’a rien à voir avec ma proposition. Milo a largement prouvé sa
ETHANJe ne peux pas retenir le sourire qui se dessine sur mon visage en voyant la femme avancer vers moi sur le tapis blanc de l’allée. Le vert luxuriant des jardins botaniques forme un arrière-plan éclatant derrière elle. Son expression déborde d’amour et son ventre arrondi se devine à peine sous la belle robe blanche à taille haute qu’elle porte.À côté de moi, Timothée s’est figé complètement tandis que sa future femme s’approche.— Respire, mec, murmuré-je du coin de la bouche. Ça risque de faire mauvaise impression si tu tombes dans les pommes juste au moment où elle arrive jusqu’à toi.— Je respire, répond-il. Mais sa voix tremble légèrement. Ses yeux brillent alors qu’il garde le regard fixé sur Yara.Ma propre poitrine se serre devant son émotion. Voir son bonheur, la façon dont Timothée l’a rendue comblée, me remplit d’une gratitude immense. Et je suis infiniment reconnaissant de pouvoir comprendre ce qu’il ressent pour celle qui va bientôt devenir sa femme.Je cherche Rory
RORYMon réveil sonne ce qui me semble seulement quelques heures après que je me sois endormie. Je cligne des yeux dans la grisaille du petit matin. Trop tôt.Je repousse mes cheveux de mon visage et tends la main vers mon réveil, me demandant pourquoi il s’est déclenché, quand je comprends que ce n’était pas lui qui m’avait réveillée. C’était ma sonnerie de téléphone.En me frottant les yeux, je cherche mon portable à tâtons. Mon pouls s’emballe quand je vois le nom d’Ethan s’afficher à l’écran.J’appuie sur le bouton pour répondre.— Allô ?— Butterfly, il faut que tu m’ouvres.Mon estomac se serre violemment au son de sa voix grave et rauque.— Tu es là ? demandé-je, tout en repoussant déjà mes couvertures et en sortant du lit.— Je ne voulais pas frapper à la porte et réveiller tous tes voisins.Je voudrais lui demander ce qu’il fait ici alors que Jeremy m’avait dit qu’il était en Californie, mais j’ai encore plus besoin de le voir. Je me précipite donc vers la porte d’entrée et l
RORYCette nuit-là, je m’allongeai dans mon lit et revis les derniers mois avec une lenteur presque douloureuse. Je revécus chaque caresse de la main d’Ethan, chaque baiser, chaque secret murmuré contre ma peau, cette sensation d’être à lui, complètement et sans réserve. À chaque souvenir, mon inquiétude et ma méfiance face à la nature inhabituelle de notre relation s’estompaient peu à peu, comme de la brume au soleil, et mon cœur se reconstruisait lentement, pierre après pierre.Le lendemain, Jeremy était là, impeccable comme toujours, avec un autre mot soigneusement plié.— Rory,Quand toi et ton père êtes venus pour la remise de diplôme de Hugo, je vous ai observés tous les trois et je me suis demandé ce que cela ferait d’avoir ce genre de lien étroit avec ma propre famille. Quand tu as serré ton frère dans tes bras après la cérémonie, j’ai imaginé un instant que tu pourrais me serrer dans tes bras aussi. Spoiler : tu ne l’as pas fait.Toujours tien,EthanJe ne pus m’empêcher de ri
RORYEthan recula et passa la main dans ses cheveux.— Ce que nous avons fait n’était pas légal, et je ne pouvais pas prendre le risque que tu sois impliquée si ça tournait mal. Si les choses dégénéraient et que la police intervenait, tu ne pouvais pas être mêlée à ça. Si tu avais su, tu aurais pu être accusée de complot ou de complicité.Je titubai jusqu’au canapé et m’assis tandis que ses paroles s’imprimaient en moi.— Donc tu as rompu nos fiançailles et tu m’as laissée dans l’ignorance pour me protéger ?Il répondit d’un simple hochement de tête.Je ne savais plus quoi penser. Ma tête tournait tellement que je parvenais à peine à tout assimiler. Sacha qui se révélait être un criminel et quelqu’un qui m’avait trahie encore plus qu’avant. Ethan qui me protégeait en me brisant le cœur. Tout ce qui s’était passé ces derniers mois. Ces dernières années. Même le redressement du Noir & Lait. C’était trop.Un froid s’installa dans ma poitrine et mon corps se mit à trembler. Ethan s’assit
ETHAN— Rory est de retour ?Je clignai fort des yeux en regardant Hugo au moment où Jeremy, mon chauffeur, s’arrêta devant le restaurant. La dernière fois que j’avais entendu parler d’elle, Rory était encore hors de l’État.— Ouais. Je ne t’en ai pas parlé ? demanda Hugo en descendant de la voitur
RORY— Je n’étais pas censée jouir comme ça.Pas ici.Pas sur les genoux d’un inconnu dans un coin sombre d’un club masqué pendant que des gens bougeaient et gémissaient autour de nous.Pourtant, je l’avais fait.Mon corps était mou, tremblant contre son large torse, chaque respiration saccadée et
ETHAN— Alors, qu’est-ce que tu en dis, colombe ?J’étais impatient de la toucher, mais je ne bougerais pas tant qu’elle ne m’aurait pas donné son accord.Je n’avais pas ressenti une attirance aussi forte pour une femme depuis longtemps.Ce n’était pas seulement parce qu’elle était belle sous son m
RORYEnfin, j’ai compris pourquoi Zoé revenait sans cesse ici. L’énergie, le danger, ces hommes capables de faire grimper votre pouls d’un simple regard… Je ne lui en aurais pas voulu.Et puis il est apparu — Monsieur Masque Phénix brûlant.Sa grande main s’est glissée derrière ma nuque, m’attirant







