FAZER LOGINChapitre 35
Apolline
Je vis dans l'angoisse depuis ce message échangé avec Alexander, une angoisse permanente, insidieuse, qui ne me lâche jamais, qui m'accompagne le jour comme une ombre fidèle et qui me tient éveillée la nuit dans le silence de ma chambre. Je ne dors plus, ou si peu, quelques heures volées à l'aube quand l'épuisement finit par avoir raison de ma peur et que
Chapitre 47AlexanderJe n'ose plus l'approcher directement, je n'ose plus lui envoyer de messages ni de lettres, je n'ose plus franchir les limites qu'elle a posées autour de sa vie comme des barrières infranchissables, comme des murs de verre invisibles mais parfaitement étanches. La dernière fois que je lui ai parlé, c'était au téléphone, sa voix tremblait de colère et de ressentiment, chaque mot qu'elle prononçait était une lame effilée qui s'enfonçait dans ma poitrine, et je ne veux plus être la cause de cette colère, je ne veux plus être celui qui la fait souffrir après toutes ces années de silence et d'indifférence. Je me suis promis, dans le secret de mon bureau, dans le silence de mes nuits sans sommeil, de ne plus jamais être celui qui la fait pleurer, de ne plus jamais être la source de ses angoisses.Alors je me contente de la regarder de loin, parfois, sans me montrer, sans qu'elle sache que je suis là, tapi dans l'ombre comme un voleur d'instants, comme un admirateur sec
Chapitre 46ApollineJe ne pars pas, je repousse mon départ jour après jour sous des prétextes de plus en plus fragiles, de plus en plus transparents, de plus en plus difficiles à justifier même à mes propres yeux. La succession est réglée depuis une semaine maintenant, les papiers sont signés avec des paraphes appliqués, les documents officiels sont rangés dans une chemise cartonnée que j'ai glissée dans le tiroir du bureau, plus rien ne me retient à Paris d'un point de vue administratif ou légal, et pourtant je reste, incapable de faire mes valises, incapable de réserver ces billets de train qui nous ramèneraient à Vienne et à notre vie d'avant, celle que j'ai mis tant d'années à construire.Léo est heureux ici, c'est l'excuse que je me donne chaque matin en me regardant dans le miroir de la salle de bains, les yeux encore gonflés de sommeil, les cheveux en bataille, la marque de l'oreiller imprimée sur la joue. Il s'est fait des amis à l'école temporaire, des vrais amis avec qui il
Chapitre 45AlexanderLe téléphone vibre sur mon bureau, et le nom d'Apolline s'affiche sur l'écran, et mon cœur fait un bond dans ma poitrine avant de reprendre un rythme plus rapide, plus saccadé. Je m'attendais à cet appel depuis le moment où j'ai donné l'ordre à mes avocats de débloquer la succession, je savais qu'elle finirait par comprendre, qu'elle remonterait la piste jusqu'à moi, et je n'ai rien fait pour brouiller les traces. Peut-être qu'au fond de moi, je voulais qu'elle sache, je voulais qu'elle mesure jusqu'où j'étais prêt à aller pour elle, qu'elle voie que quelque chose avait vraiment changé en moi. Je décroche, je porte le téléphone à mon oreille, et sa voix m'arrive comme une gifle, chargée de cette colère que je lui connais maintenant, cette colère qui la rend
Chapitre 44ApollineLa succession se débloque miraculeusement en l'espace de quelques jours à peine, et ce dénouement soudain, cette résolution inespérée, est trop belle pour être honnête, trop parfaite pour être le fruit du hasard. Mon avocat m'appelle un matin, la voix empreinte d'une satisfaction professionnelle qui ne lui est pas coutumière, pour m'annoncer que tout est réglé, que les derniers créanciers ont mystérieusement renoncé à leurs droits, que les documents bloqués depuis des semaines dans les bureaux poussiéreux de l'administration sont enfin disponibles, que je vais pouvoir signer les derniers papiers et rentrer à Vienne quand bon me semblera.Je devrais être soulagée, je devrais sauter de joie dans le salon, je devrais commencer immédiatement à pr&eac
Chapitre 43AlexanderJe quitte le jardin du Luxembourg sans me retourner, mais chaque pas qui m'éloigne d'Apolline est un effort, chaque mètre qui s'ajoute entre nous est une victoire sur mon instinct qui me hurle de faire demi-tour, de retourner près du bassin, de lui parler encore, de trouver les mots qui sauront la convaincre. Le vent glacé s'engouffre dans les allées, fait tourbillonner les feuilles mortes autour de mes chevilles, et je relève le col de mon manteau en marchant d'un pas rapide vers la sortie du jardin. Les statues de reines et de déesses me regardent passer avec indifférence, et le ciel gris se reflète dans les bassins comme une promesse de pluie.Sa voix résonne encore dans ma tête, cette voix ferme qui m'a répété que Léo n'était pas mon fils, qui m'a ordonné de disparaître de
Chapitre 42ApollineJe reste assise sur le banc de pierre, incapable de bouger, incapable de penser, incapable de faire autre chose que de fixer la silhouette d'Alexander qui s'éloigne dans l'allée bordée de statues et de platanes aux branches nues. Il ne s'est pas retourné, pas une seule fois, et cette absence de regard en arrière me trouble plus que je ne voudrais l'admettre. Il a disparu au détour d'un bosquet, avalé par l'ombre des grands arbres, et il ne reste plus de lui que l'écho de ses pas sur le gravier, un bruit régulier qui s'estompe peu à peu jusqu'à se confondre avec le murmure de la fontaine. Le vent soulève les feuilles mortes autour de mes pieds, les fait tourbillonner sur le bassin où elles se posent comme des bateaux de papier, et je les regarde dériver sans les voir, mon esprit prisonnier d'une boucle infinie.







