FAZER LOGINChapitre 55
Alexander
Le téléphone sonne dans le silence de mon bureau, et je décroche machinalement, les yeux toujours fixés sur les colonnes de chiffres qui dansent devant moi. La voix d'Éloïse au bout du fil me surprend, elle ne m'appelle presque jamais, elle préfère les messages ou les visites improvisées.
— J'ai vu Apolline, dit-elle sans préambule, et
Chapitre 55AlexanderLe téléphone sonne dans le silence de mon bureau, et je décroche machinalement, les yeux toujours fixés sur les colonnes de chiffres qui dansent devant moi. La voix d'Éloïse au bout du fil me surprend, elle ne m'appelle presque jamais, elle préfère les messages ou les visites improvisées.— J'ai vu Apolline, dit-elle sans préambule, et je me redresse immédiatement dans mon fauteuil, le cœur battant soudainement plus vite. Je lui ai parlé de toi, de ce que tu fais, des changements que j'ai observés.Je devrais être en colère, je devrais lui reprocher d'avoir trahi ma confiance, mais je n'en ai pas la force. Je suis trop curieux, trop avide de savoir ce qu'Apolline a dit, ce qu'elle a pensé, si elle a souri ou si elle a froncé les sourcils en entendant mo
Chapitre 54ApollineJ'observe ces changements de loin, sans intervenir, sans commenter, sans même y croire tout à fait. Les informations me parviennent par bribes, par échos, comme des rumeurs qui traversent les murs et les frontières. Éloïse, la sœur d'Alexander, est devenue une alliée discrète depuis que je suis rentrée à Paris, une présence bienveillante qui ne juge pas, qui ne force pas, qui se contente de me téléphoner de temps en temps pour prendre des nouvelles de Léo ou pour me raconter ce qui se passe au manoir. C'est par elle que j'apprends les démissions en cascade, la réduction drastique de ses heures de travail, son retrait progressif des affaires qui le dévoraient autrefois tout entier.— Il a complètement changé, Apolline, me dit-elle un après-midi autour d'u
Chapitre 53AlexanderJe ne sais pas comment prouver que j'ai changé, et cette question me hante jour et nuit, tourne en boucle dans mon esprit comme un disque rayé qui ne trouvera jamais la bonne note. Les mots ne suffisent pas, je l'ai compris à ses silences, à ses regards méfiants, à la façon dont elle lit mes lettres et les range sans jamais y répondre vraiment. Les gestes ne suffisent pas non plus, elle a rejeté mon aide pour la succession, elle m'a reproché d'avoir payé ses créanciers, elle a vu dans ma générosité une nouvelle forme de manipulation. Alors que faire ? Comment lui montrer que je ne suis plus l'homme froid et distant qui l'a épousée par devoir, qui l'a ignorée pendant cinq ans, qui l'a laissée fuir sans même essayer de la retenir ?Je passe des nuits entière
Chapitre 52ApollineLa lettre arrive le lendemain matin, glissée sous la porte de l'appartement par une main invisible, et je la reconnais immédiatement à l'enveloppe de papier épais, à l'écriture élégante et penchée qui court sur le papier, à cette façon qu'il a de former les lettres avec une précision presque obsessionnelle. Je la ramasse avec des doigts qui tremblent légèrement, je la retourne entre mes mains sans l'ouvrir, et je reste debout dans l'entrée, pieds nus sur le parquet froid, le cœur battant à tout rompre. Léo est encore dans sa chambre, il joue tranquillement avec ses dinosaures en plastique, et je l'entends qui leur invente des dialogues improbables, des histoires de combats et de volcans en éruption.Je m'assois à la table de la cuisine, je pose l'enveloppe devant
Chapitre 51AlexanderJ'apprends qu'elle va repartir par un message de mon contact à l'aéroport, un homme discret que je paie pour me tenir informé des allées et venues d'Apolline sans jamais intervenir, sans jamais se montrer. Il m'envoie un texto laconique, quelques mots qui me frappent avec la violence d'un coup de massue : « Madame Moreau a réservé deux billets pour Vienne, départ dans trois jours. » Mon cœur s'arrête une fraction de seconde, puis repart dans un galop désordonné qui résonne jusque dans mes tempes. Elle va partir, elle va disparaître à nouveau, elle va retourner dans ce pays étranger où je ne pourrai pas la suivre, où je n'aurai aucun droit, aucune chance de la revoir un jour.Je me lève de mon fauteuil, je marche jusqu'à la fenêtre, et je regarde le parc
Chapitre 50ApollineJe suis furieuse contre moi-même, contre ma faiblesse, contre mon indécision coupable qui nous met en danger chaque jour que nous passons dans cette ville. Pourquoi ne suis-je pas déjà partie ? Pourquoi est-ce que je m'attarde dans cette ville où tout me menace, où chaque coin de rue peut cacher Alexander, où chaque jour qui passe resserre l'étau autour de nous comme un piège qui se referme lentement sur sa proie ? Je devrais déjà être à Vienne, dans notre petite maison au milieu des cyprès et des lavandes, loin de cet homme qui rôde autour de nous comme un loup patient, qui apparaît au moment où je m'y attends le moins, qui s'agenouille sur le trottoir pour soigner le genou de mon fils comme s'il avait tous les droits du monde.Je tourne en rond dans le salon, les bras croisés, l







