FAZER LOGINChapitre 53
Alessia
Le marché est bondé. Je m'y suis réfugiée pour échapper à l'air confiné de mon appartement, aux dossiers qui s'accumulent, aux mensonges qui m'étouffent. Ici, au moins, je suis anonyme. Une femme parmi tant d'autres. Pas Elena Rossi. Pas Alessia Moreau. Juste une silhouette qui erre entre les étals.
Je flâne sans but. Les couleurs des fruits, les odeurs d'épices, les voix qui m
Chapitre 53AlessiaLe marché est bondé. Je m'y suis réfugiée pour échapper à l'air confiné de mon appartement, aux dossiers qui s'accumulent, aux mensonges qui m'étouffent. Ici, au moins, je suis anonyme. Une femme parmi tant d'autres. Pas Elena Rossi. Pas Alessia Moreau. Juste une silhouette qui erre entre les étals.Je flâne sans but. Les couleurs des fruits, les odeurs d'épices, les voix qui marchandent. Tout cela me change les idées. Un instant, j'oublie. Presque.Et puis je le vois.Il est là, à quelques mètres, devant un stand de fleurs. Un homme âgé, élégant, vêtu d'un manteau sombre. Il examine des roses blanches avec attention. Son visage me dit quelque chose. Je l'ai déjà vu. Dans les documents. Dans les comptes rendus de réunions. Sur une photographie jaunie.Henri Delacroix
Chapitre 52MilanJe ne dors plus beaucoup. Mais ce n'est plus à cause de l'insomnie. C'est à cause d'elle. Elle occupe mes nuits, mes pensées, mes projets. Je me surprends à imaginer des choses que je n'aurais jamais envisagées avant. Des choses simples. Des choses vraies.Un appartement à nous. Pas le mien, trop froid. Pas le sien, trop petit. Quelque chose entre les deux. Avec des fenêtres qui laissent entrer la lumière. Une cuisine où elle pourrait cuisiner. Un bureau où je pourrais travailler en la regardant.Je me surprends à penser à des voyages. Des endroits qu'elle aimerait. Des villes qu'elle n'a jamais vues. Je voudrais lui montrer le monde. Pas pour l'impressionner. Juste pour voir ses yeux s'illuminer.Je me surprends à penser à des enfants. Une idée qui ne m'avait jamais traversé l'esprit. Avant elle. Avant nous.Ce ma
Chapitre 51AlessiaLa porte s'ouvre. Milan entre. Il est pâle, les traits tirés, mais ses yeux brillent d'une lueur nouvelle. Il me voit, debout dans l'entrée, et il s'arrête.— Tu m'attendais, dit-il.— Oui.Il s'approche. Il pose ses mains sur mes épaules. Il me regarde longtemps.— J'ai parlé à ma famille.— Je sais.Il hausse un sourcil.— Tu sais ?— Je suis revenue. J'ai entendu. Pas tout. Mais assez.Il ferme les yeux. Une expression de soulagement mêlée de fatigue passe sur son visage.— Alors tu sais que je ne te laisserai pas partir.— Milan…— Non. Pas ce soir. Pas de discours. Pas de doute. Juste nous.Il me prend par la main. Il m'entraîne dans le salon. Il allume une lampe. La lumière est douce, chaude. Il enlève sa veste, la
Chapitre 50MilanJe la ramène chez elle. Elle ne dit rien pendant tout le trajet. Ses mains sont posées sur ses genoux, ses yeux fixés sur la route. Elle a cessé de pleurer. Mais je sens qu'elle est ailleurs. Loin. Quelque part où je ne peux pas la rejoindre.Je la dépose devant son immeuble. Elle se tourne vers moi. Son visage est pâle, ses lèvres tremblent.— Merci, dit-elle.— Je vais revenir. Je dois leur parler.— Milan…— Non. Ne me demande pas de laisser tomber.Elle baisse les yeux. Elle hoche la tête. Elle sort. Je la regarde monter les escaliers. Puis je redémarre. La colère monte. Elle m'étouffe.Je retourne à Neuilly. La maison est encore éclairée. Les invités sont partis, mais la famille est là. Béatrice, mon père, deux cousins. Ils sont dans le sa
Chapitre 49AlessiaLe dîner se tient dans la maison familiale des Valetti, à Neuilly. Une bâtisse imposante, aux murs de pierre et aux fenêtres hautes, éclairée comme un décor de théâtre. Je n'aurais pas dû venir. Milan a insisté. « Ils doivent apprendre à te connaître. » J'ai cédé. Par amour. Par faiblesse.Je porte une robe sombre, sobre, que Milan m'a offerte. Mes cheveux sont relevés, mon maquillage discret. Je me tiens droite, les mains croisées sur mes genoux. Autour de la table, huit convives. Des visages que je découvre, des sourires que je devine faux. La tante de Milan, Béatrice, préside. Une femme élégante, aux yeux durs, aux lèvres pincées. Elle me regarde comme on examine un objet défectueux.— Ainsi, c'est vous, Elena, dit-elle en posant sa fo
Chapitre 48MilanLa salle de presse est bondée. Les journalistes se pressent, les caméras bourdonnent, les micros tendus comme des armes. Je les ai convoqués. Moi-même. Contre l’avis de Vittorio, contre l’avis de mes avocats. Ils voulaient étouffer l’affaire, laisser passer l’orage. Mais je ne laisserai pas une seule de ces rumeurs salir son nom.Je m’avance vers le pupitre. Les flashs crépitent. Je ne souris pas. Je ne cherche pas à plaire. Je suis venu pour une seule chose.— Monsieur Valetti, une déclaration ?— Est-il vrai que votre compagne est une arriviste ?— A-t-elle falsifié son CV ?Je lève la main. Le silence tombe, presque instantané.— J’ai écouté vos accusations. J’ai lu vos articles. J’ai vu vos insinuations. Maintenant, vous allez m’écouter.Je marque une pause. Je regarde chaque visage, chaque objectif, chaque micro.— Elena Rossi n’est pas une arriviste. Elle n’a pas falsifié son CV. Elle n’a pas séduit qui que ce soit pour obtenir quoi que ce soit. Elle a travaill







