MasukMathis resta les yeux rivés sur la page. Il avait beau essayer de se convaincre qu'il se trompait, il n'arrivait pas à détacher son regard de cette signature.Il connaissait cette écriture.Il l'avait vue des centaines de fois en grandissant. Sur les documents que Damien signait, sur les cartes d'anniversaire qu'il conservait encore dans un tiroir, et même sur son premier contrat de travail, lorsqu'il avait eu dix-huit ans.Il aurait reconnu cette façon de tracer les lettres entre mille. Même le trait sous le nom était le même.Gabriel Renaud.— Non, souffla-t-il.Samuel Delcourt s'accroupit devant lui pour se mettre à sa hauteur.— Tu reconnais sa signature ?Mathis releva les yeux vers lui.— Je reconnais celle de Gabriel. Ça ne veut pas dire que le document est vrai.— C'est exact. Une signature peut être imitée. Sauf que celle-ci a été examinée et authentifiée trois fois par des experts. Elle apparaît sur l'acte qui autorise ton transfert de la clinique Sainte-Hélène vers la famil
— Adrian, écoute-moi bien. Quelqu'un est entré dans notre chambre.La voix de Naëlle tremblait au bout du fil.Adrian s'éloigna d'Isabelle et des documents qui recouvraient la table de la clinique. À l'autre bout de la pièce, Alexandre leva les yeux vers lui, remarquant immédiatement son changement d'expression.— Où es-tu exactement ?— Dans notre chambre. J'ai essayé d'appeler Thomas, mais il est avec Gabriel. Adrian… l'échographie que j'ai trouvée n'est pas celle de notre bébé.Il ferma les yeux un bref instant.Lorsqu'il les rouvrit, son visage s'était durci.— Ne touche plus à rien. J'arrive.— Attends, il y a autre chose.Il entendit le froissement d'une feuille, puis le silence de Naëlle. Elle devait être en train de relire le message inscrit au dos de la photographie.— Quelqu'un a écrit que notre premier enfant n'a jamais été le nôtre.Adrian se raidit.À quelques pas de lui, Alexandre avait entendu chaque mot.— Qu'est-ce qu'elle raconte ? demanda-t-il.Adrian lui fit signe
— Ce n'est pas celui que j'ai retrouvé.Je fixai Gabriel, incapable de comprendre ce qu'il venait de dire.— Tu veux dire que Mathis n'est pas ton fils ?Il secoua aussitôt la tête, puis passa une main sur son visage. Il avait l'air aussi perdu que moi.— Je ne sais plus quoi croire.Il reprit son téléphone et agrandit la photographie qu'Adrian venait de lui envoyer.Les trois noms apparurent de nouveau sur l'écran.Adrian Delcourt.Alexandre Delcourt.Mathis Renaud.Juste en dessous, une mention avait été ajoutée : Vérification de filiation en attente.Thomas se pencha pour examiner l'image.— Ces documents ne prouvent rien pour le moment. Nous devons retrouver les registres originaux avant de tirer des conclusions.Je me tournai vers lui.— Et si les résultats des tests ADN avaient été falsifiés eux aussi ?Il réfléchit quelques secondes avant de répondre.— Dans ce cas, il faudra retrouver les échantillons utilisés lors des premières analyses. On peut modifier un acte de naissance,
— L'un de vous a été remplacé à la naissance.Les paroles d'Henri tournaient en boucle dans ma tête.Je regardai Adrian, puis Alexandre. Ils avaient grandi sous le même toit, partagé les mêmes souvenirs, les mêmes joies et les mêmes blessures. Malgré leurs différends et tout ce qu'ils avaient traversé, ils étaient restés frères.Et maintenant, Henri venait de jeter un doute sur toute leur existence.— Tu vas tout nous expliquer depuis le début, exigea Adrian.Henri acquiesça lentement.— Isabelle a donné naissance à deux garçons. Le premier était très fragile. Les médecins pensaient qu'il ne passerait pas la nuit. Le second, en revanche, était en bonne santé.Victor s'avança, les sourcils froncés.— Je me souviens de cette nuit. Isabelle était épuisée. On m'avait annoncé que les deux bébés étaient vivants.— C'était vrai, confirma Henri. Mais quelques heures plus tard, l'un des enfants avait disparu.Alexandre le fixa, incrédule.— Tu es en train de me dire qu'on m'a enlevé à ma mère
— Donne-moi cette photographie.Adrian tendit la main.Je lui remis l'image de mon échographie. Il la contempla quelques secondes, puis la déposa sur la table. Ses gestes étaient lents, presque trop précautionneux, comme s'il craignait que le moindre mouvement brusque ne fasse voler en éclats le peu de calme qui nous restait.— Thomas, je veux savoir qui a envoyé cette enveloppe. Qui est entré dans notre chambre ? Et comment cette personne a-t-elle pu accéder à nos affaires ?— Je vais vérifier, répondit Thomas.Adrian tourna la tête vers lui.— Commence maintenant. Je ne veux pas attendre demain.Thomas acquiesça sans discuter.Mon mari gardait une voix posée, mais je voyais bien qu'il se retenait. Sa mâchoire était crispée et ses doigts se refermaient lentement sur eux-mêmes. Je connaissais cette expression. Il était en colère, terriblement inquiet, et il cherchait déjà un moyen de reprendre le contrôle de la situation.Il se tourna vers moi.— Nous partons d'ici.Je fronçai les sou
— Répète ce que tu viens de dire. Gabriel avait parlé si bas que j'eus du mal à entendre ses mots. Pourtant, personne dans la pièce ne pouvait ignorer la colère qui montait en lui. Henri soutint son regard sans répondre. — Tu viens de dire que Mathis était le quatrième enfant. Je veux savoir ce que ça signifie. Le vieil homme passa une main sur son visage. Il avait l'air épuisé, mais ce qu'il s'apprêtait à révéler semblait bien plus lourd que la fatigue. — Le quatrième enfant n'a jamais été destiné à hériter. Son rôle était de maintenir les trois autres en vie. Gabriel se leva d'un bond. Sa chaise racla le sol dans un bruit désagréable. — Tu parles de mon fils comme s'il s'agissait d'un objet ! Henri ne baissa pas les yeux. — C'est pourtant ce que le système a fait de lui. — Et tu les as laissés faire ! — Je n'avais plus le contrôle ! — Mensonge ! Gabriel lui saisit le col de sa veste avant que quiconque puisse intervenir. Adrian fit un pas dans leur direction, mais Alex







