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LA FAVORITE DU ROI
LA FAVORITE DU ROI
Penulis: Déesse

Chapitre 1 — Où suis-je ?

Penulis: Déesse
last update Terakhir Diperbarui: 2025-08-13 00:48:28

SÉLIA

Le rouge c’est la couleur de la nuit. Celle des projecteurs qui m’inondent, de mes lèvres peintes, du vin qui s’agite dans les verres. C’est la couleur de l’envie dans les yeux des hommes assis au premier rang.

Je glisse sur scène comme sur un fil invisible, mes hanches dessinant des vagues au rythme de la musique. La lumière caresse chaque courbe de mon corps, glisse sur la dentelle qui joue avec ma peau. Je sais où poser mes mains, comment incliner la tête, comment effleurer mes lèvres pour que le désir dans la salle monte d’un cran.

Les regards m’accrochent.

Certains sont brûlants, impatients. D’autres, plus lents, me dévorent avec une gourmandise presque religieuse. Je sens leur envie comme une chaleur qui grimpe sur ma peau. Des hommes, pour la plupart bien plus âgés que moi, retiennent à peine leur appétit. Un jeune au fond de la salle ne cligne même plus des yeux.

Je souris.

À vingt-quatre ans, je sais depuis longtemps que mon corps est mon empire, et que mes gestes en sont les lois. Ici, sur cette scène, je suis reine. Les hommes paient pour me voir et ressortent avec mon image imprimée dans leurs rêves.

Je tends le bras, laisse ma main courir le long de ma cuisse, puis m’élève sur la pointe des pieds. Un frisson traverse la salle. Les billets froissés s’agitent déjà au bout de doigts impatients.

Et c’est là que ça se brise.

Ma cheville cède.

Une douleur fulgurante me fauche, le décor tangue, mes talons claquent une dernière fois sur le bois. Le rouge des projecteurs explose dans mon champ de vision, et tout devient noir.

Quand mes yeux se rouvrent, ce n’est plus la même lumière.

Plus de musique, plus de rires gras, plus de billets glissés dans le creux de ma cuisse. Seulement une odeur lourde de cire chaude et de fumée, un crépitement sec, et un sol rugueux qui me glace l’échine.

Je cligne des yeux plusieurs fois, le souffle court.

J’ai l’habitude qu’on me regarde. Sur scène, mes gestes suffisent à happer un public entier. Mes jambes interminables, ma taille fine, la courbe maîtrisée de mes hanches… j’en ai fait mes armes. Mais ici, la scène n’existe plus. Et mes armes ne pèsent rien contre cette sensation d’être tombée… ailleurs.

Je me redresse d’un coup, mes cheveux bruns en cascade sur mes épaules nues.

Où suis-je ?

Les murs autour de moi semblent faits de pierre humide, noircis par le temps. Les ombres y dansent au rythme du feu.

— Debout.

La voix claque, grave, autoritaire.

Deux hommes en armure apparaissent dans mon champ de vision. Cuir épais, métal poli, visages fermés. Leurs yeux, d’abord durs, s’attardent sur moi un instant de trop. Ce regard, je le connais : un mélange de curiosité et de désir qu’ils essaient de cacher derrière la discipline.

Pas des vigiles, pas des flics. Des soldats… sortis d’un autre siècle.

Ils m’empoignent sans ménagement. Je me débats, frappe des coudes, tente de reculer, mais leurs mains sont comme des étaux. Mon corps s’arc-boute, la fierté prenant le dessus sur la peur.

— Lâchez-moi ! Où est la scène ? Où…

Ma voix s’étrangle. J’entends mes propres mots, et ils me semblent absurdes ici, au milieu de cette odeur de feu et de cuir.

On me traîne dans un couloir sombre, les torches fixées aux murs projetant des ombres tordues qui glissent sur ma peau nue. Chaque pas résonne, amplifiant les battements de mon cœur. Je cherche un signe familier : une porte de secours, un panneau lumineux… rien.

Et si j’étais encore inconsciente ?

Et si tout ça n’était qu’un cauchemar ?

On me pousse dans une salle immense. L’air y est plus chaud, saturé d’odeurs de résine et de bois ciré. Les torches alignées comme des yeux de braise éclairent un trône de bois noir, massif, sculpté de motifs étranges.

Et assis dessus… lui ...il est beau et...il fait peur , c'est leur chef ? 

Je m’attends à un vieil homme, ou à un patron aux airs de parrain. Mais il est jeune. À peine plus âgé que moi. Ses traits sont taillés au couteau, sa mâchoire ferme, ses lèvres sévères. Ses yeux d’un gris glacial accrochent les miens comme une lame posée sur ma gorge.

— Qui est-elle ? demande-t-il d’une voix qui ne tremble pas.

On lui murmure quelque chose à l’oreille. Ses yeux descendent le long de mes jambes, effleurent la cambrure de mes hanches, s’attardent sur mon cou, puis remontent à mes lèvres. Je soutiens son regard, même si mes mains tremblent. Je refuse de baisser les yeux.

— Une étrangère, dit-il enfin. Peut-être… une sorcière.

Je reste figée, abasourdie.

— Une… quoi ?

Un rire nerveux m’échappe, réflexe idiot pour masquer ma peur.

Grave erreur.

Ses doigts claquent. Les soldats dégainent, les lames scintillent à la lumière des torches. L’instinct prend le dessus : je recule, la poitrine haute, le menton levé, même si mes jambes flanchent.

— Écoutez-moi bien, je ne sais pas où je suis ni qui vous êtes, mais si vous pensez que je vais…

— Silence.

 Et moi, plantée au milieu de cette salle qui n’a rien de mon monde, sous les regards qui pèsent sur ma peau comme un autre tissu, je me

demande si je viens de tomber dans un rêve… ou dans ma propre exécution.

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