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La Démone de l'Apocalypse
La Démone de l'Apocalypse
Penulis: Éléa Venot

Chapitre 1

Penulis: Éléa Venot
« Je te le répète, avec mes vingt-cinq mille euros par an, j'ai largement de quoi t'entretenir. À ton âge, c'est maintenant qu'il faut te caser. Dans deux ans, ce sera gênant. Plus personne ne va vouloir de toi, tu comprends ? … Eh, je te parle, là. Tu m'écoutes ou pas ?! »

Maëva Vernier a sursauté. Elle a écarquillé les yeux d'un coup et a regardé autour d'elle, incrédule.

Une forte odeur de café flottait dans l'air. La lumière du soleil traversait les vitres impeccables et venait se poser sur la table devant elle.

Dans le calme du café, on entendait parfois le bruit sec des claviers, quelques rires étouffés, quelques chuchotements discrets.

Tout était paisible.

Sauf qu'à l'instant d'avant, Lilou Perrin et Cédric Lenoir, ses deux meilleurs amis, l'avaient poussée au milieu d'une marée d'infectés. La douleur avait déchiré tout son corps. Des bouches visqueuses, pleines de fils de salive, avaient arraché sa chair sans effort. Le rouge avait envahi tout son champ de vision…

Peu à peu, elle a recouvré ses esprits.

Son regard est lentement revenu se poser sur l'homme assis en face d'elle : costume impeccable, ventre rond, crâne un peu dégarni.

« Vous êtes… »

Son visage lui disait vaguement quelque chose.

Après dix ans à survivre dans l'apocalypse, Maëva avait appris à garder son sang-froid, même quand le monde s'écroulait autour d'elle. La situation dépassait complètement tout ce qu'elle connaissait. Pourtant, son visage n'a rien laissé paraître.

Elle a simplement pris son téléphone et jeté un œil à l'écran.

14 août 3026.

16 h.

C'était…

Dix ans plus tôt. Elle était revenue dix ans en arrière !

Maëva a ravalé la vague d'émotion qui menaçait de la submerger.

Dans sa vie précédente, le 24 août 3023, Hinora avait ignoré les mises en garde du Conseil mondial et déversé de force ses eaux usées radioactives dans l'océan. Le pays avait même juré que cela ne représentait aucun danger pour la planète.

Trois ans plus tard, le 24 août, l'humanité avait enfin reçu la réponse de la Terre.

L'épidémie avait éclaté.

Un virus qui s'en prenait principalement aux humains, les transformant en infectés. Dans le même temps, la faune et la flore avaient elles aussi commencé à muter, devenant chaque jour plus agressives, plus incontrôlables. Le climat s'était déréglé, les catastrophes s'étaient enchaînées, et tout ce que l'humanité avait bâti pendant des millénaires avait été balayé en un rien de temps.

Et aujourd'hui…

Aujourd'hui, il restait dix jours avant la fin du monde.

En comprenant ce que cette date signifiait, Maëva n'a pas pu rester assise une seconde de plus.

L'épidémie allait éclater dans dix jours. Elle n'avait pas une minute à perdre.

« Désolée, je dois y aller… »

Elle n'avait plus la tête à ça. Elle s'est levée aussitôt, mais l'homme en face a changé d'expression. Il lui a attrapé la main et s'est mis à brailler :

« Ça veut dire quoi, ça ? J'ai dit quelque chose de faux ? Tu sais au moins à quel point un homme de qualité comme moi est demandé sur le marché des rencontres ? Tu devrais apprendre à me chér… Aïe ! »

Il n'a même pas eu le temps de finir sa phrase qu'un hurlement déchirant a retenti dans le café.

Le contact tiède et poisseux semblait encore lui coller à la main. Maëva a réprimé la nausée qui lui remontait à la gorge et, dans le même mouvement, elle lui a saisi le poignet et l'a plaqué contre la table.

Son regard s'est fait perçant.

« Vous faites quoi, là ? »

C'était un pur réflexe. Même si son corps actuel était encore faible, elle avait trouvé le bon angle et verrouillé son poignet. Il n'avait aucune chance de se dégager facilement.

Le calme du café s'est brisé net. Tous les regards se sont tournés vers eux.

Maëva a fixé cette face bouffie, puis elle a fouillé sa mémoire. L'époque, le lieu, ce rendez-vous…

Ah. Elle s'est souvenue.

Un rictus froid a effleuré ses lèvres.

Cet homme s'appelait Gilles Lambert.

En réalité, ce rendez-vous n'était pas le sien, mais celui de sa « meilleure amie », Lilou Perrin. Mais Lilou avait prétendu se sentir mal et l'avait suppliée d'y aller à sa place. Elle lui avait même répété que Gilles avait été présenté par sa tante, alors il fallait absolument être gentille avec lui, sinon ce serait la honte pour sa tante.

Maëva avait pris sa demande au sérieux. Pendant tout le rendez-vous, elle s'était montrée polie avec Gilles. Même quand il enchaînait les conneries, elle gardait le sourire.

Sauf que, dans la tête de Gilles, cette politesse avait tout de suite nourri son ego.

Le soir même, il avait voulu l'entraîner à l'hôtel. Après son refus, il l'avait harcelée pendant plusieurs jours. Pire encore, il avait répandu en douce la rumeur qu'ils avaient déjà couché ensemble. À l'époque, cette histoire avait vraiment pourri la vie de Maëva.

Maintenant que tout lui revenait, elle a lentement desserré sa prise. Une lueur presque amusée a traversé son regard.

Elle a esquissé un sourire.

« En fait, je devrais presque vous remercier. »

Dans sa vie précédente, le jour où l'épidémie avait éclaté, Gilles s'était introduit chez elle. Il voulait profiter du chaos pour abuser d'elle.

Dans la panique, Maëva l'avait poignardé avec un couteau à fruits.

Et au dernier moment, c'était encore son cadavre qui lui avait servi d'appât pour attirer une masse d'infectés. Grâce à ça, elle avait réussi à s'échapper avec Cédric et Lilou.

Autrement dit, sans Gilles comme chair à canon, Maëva aurait eu de grandes chances de mourir dès le début, coincée dans cet immeuble assiégé par les infectés.

Face à un ancien « bienfaiteur », il fallait quand même rester un minimum courtoise.

Gilles a profité de l'instant pour libérer son poignet de sa prise. Puis il s'est mis à hurler à pleins poumons :

« Venez voir ça ! Elle est complètement folle ! J'ai pris sur mon temps précieux pour venir à ce rendez-vous, et madame me saute dessus dès que ça ne va pas dans son sens ! J'ai jamais vu une femme pareille ! »

« Ce n'est pas vous qui m'avez attrapée en premier ? »

La voix de Maëva était calme.

« Et puis, je ne suis pas intéressée. Je pars. Où est le problème ? »

Gilles a postillonné de colère.

« Pas intéressée par moi ? Tu sais seulement à quel point un homme de mon niveau est rare sur le marché ? »

Maëva a ricané.

« Quoi ? Vous n'avez pas de miroir chez vous ? »

Autour d'eux, il y a eu un blanc. Puis plusieurs personnes ont éclaté de rire.

Gilles a enfin compris. Son visage est devenu rouge d'un coup.

« Je te préviens, on ne méprise jamais un jeune homme pauvre ! Sans ta tante pour nous présenter, tu n'aurais même jamais eu accès à un homme de qualité comme moi ! »

« Jeune homme… »

Le regard glacé de Maëva a glissé sur son crâne dégarni.

« Vous ne voulez pas dire un homme d'âge mûr ? »

Elle a continué, le ton léger :

« On ne méprise pas un jeune homme pauvre. On ne méprise pas un homme mûr pauvre. Et après, ce sera quoi ? On ne méprise pas un vieux pauvre ? »

Comme si la situation l'amusait soudain, Maëva a laissé échapper un petit rire.

Puis elle a lâché, toute tranquille :

« Pauvre à vie, donc. »

« Toi… toi ! »

Gilles a explosé de rage. Sans prévenir, il a levé la main.

« Je vais t'apprendre le respect à la place de tes parents ! »

Personne ne s'attendait à ce qu'il passe vraiment à l'acte. Des cris ont éclaté dans le café, et une vague de panique a parcouru la salle.

Devant le visage rouge et déformé par la colère de Gilles, le regard de Maëva s'est glacé net.

Sa main est partie avant la sienne.

Clac.

Une gifle nette, sèche, impitoyable.

Gilles n'a même pas eu le temps de comprendre ce qui venait de se passer.

Il a tournoyé sous la violence de la gifle avant de s'effondrer lourdement au sol. Un bourdonnement assourdissant lui vrillait le crâne.

Il a mis un long moment à reprendre ses esprits, puis il a hurlé, la voix éraillée :

« Toi… toi… Mais t'es malade ! Dès que je rentre, je vais tout raconter à ta tante ! J'aimerais bien savoir quel genre de famille a pu élever une fille aussi mal élevée que toi ! »

« Parlez plus fort. »

Maëva a secoué sa main engourdie, sans même lui accorder un vrai regard.

« Et surtout, n'oubliez pas d'aller vous plaindre à votre mère aussi. Sinon, qui va venir vous défendre ? Pour le café, je paie ma part. Comme ça, votre petit rêve est exaucé : je ne méprise pas un homme mûr pauvre. »

Sur ces mots, elle a attrapé son sac et s'est levée.

Gilles a rugi :

« Arrêtez-la ! C'est n'importe quoi ! Vous allez la laisser partir comme ça ? Arrêtez-la ! »

Maëva s'est immobilisée une seconde.

« Vous êtes sûr de vouloir m'empêcher de partir ? »

Face à ce regard qui ne cillait pas, Gilles a détourné les yeux par réflexe. Une peur sourde lui a noué le ventre.

Il ne savait pas pourquoi, mais pendant une fraction de seconde, il a eu l'impression que Maëva le regardait comme un cadavre.

Comment aurait-il pu savoir que, dans sa vie précédente, il était bel et bien mort de la main de Maëva ?

En voyant son air de lâche, Maëva a eu un petit rire méprisant, puis elle est partie sans se retourner.

...

De retour dans ce lieu qu'elle avait si bien connu dans sa vie précédente, Maëva a inspiré profondément avant d'ouvrir la porte.

C'était un appartement de trois pièces en plein centre-ville, très bien desservi, avec un emplacement idéal.

Mais elle n'avait pas le temps de savourer ce retour dans un endroit familier.

Maëva a rapidement fait le point sur l'argent dont elle disposait. Entre ce qu'elle avait gagné et ce qu'elle avait économisé toutes ces années, elle avait un peu plus de 200 000 euros de côté, cet appartement, ainsi que trois pour cent des parts de la famille Vernier.

Cet argent ne venait évidemment pas seulement de son salaire au zoo.

Elle était la fille adoptive de la famille Vernier. Même si elle n'y avait jamais vraiment eu de place, les dividendes de ses parts lui rapportaient chaque année une somme confortable.

Maëva a réfléchi un instant, puis elle a commencé à noter sur une feuille tout ce qu'elle devait acheter.

Pendant l'apocalypse, ce qui manquait le plus, c'étaient les provisions.

Elle avait vu trop de fois des gens se battre jusqu'au sang pour une simple bouchée. Quand la société s'effondrait, ce qu'il y avait de plus sombre chez l'être humain remontait aussitôt à la surface.

Elle a chassé ces images d'un mouvement de tête, puis elle a ouvert son appli d'achats en ligne.

Sa première cible : les nouilles instantanées, dans tous les goûts possibles.

En temps normal, tout le monde traitait ça de malbouffe. Mais en pleine apocalypse, c'était autre chose. Face au riz, aux pâtes et aux autres aliments de base, les nouilles instantanées passaient directement au rang de trésor.

Avec de l'eau chaude, on les préparait normalement. Sans eau chaude, on les mangeait sèches. Ça calait vite l'estomac, il y avait mille goûts différents, et dans ce monde-là, c'était presque du luxe.

Mais au moment où elle venait de choisir ses articles et s'apprêtait à valider la commande, un « bip » a soudain retenti dans sa tête.

Une voix mécanique a suivi.

[Bonjour, chère hôte. Le système Clochette est à votre service.]

[Intention de dépense détectée. Hôte, dépensez librement. Chaque tranche de 500 € dépensés vous permettra d'obtenir 1 m² d'espace de stockage supplémentaire. Après avoir débloqué l'insigne « Flambeur », vous recevrez également un tirage.]

[Compte à rebours : 167:59:59.]

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