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Chapitre 4

Penulis: Éléa Venot
Maëva a laissé échapper un petit rire. Sans se presser, elle a enfilé une paire de gants jetables, puis s'est penchée pour ramasser leurs téléphones.

Avec leurs empreintes, elle les a déverrouillés sans difficulté. Tout en installant sur les deux appareils quelques applis de microcrédit, elle a lancé avec un sourire :

« Moi aussi, je viens de faire une excellente affaire. »

Emprunter. Emprunter. Emprunter !

Maëva faisait courir ses doigts sur les deux téléphones en même temps. Pour ces applis de prêt, plus c'était facile d'emprunter, mieux c'était. Quelques informations, une vérification d'identité, un compte bancaire à relier... En quelques clics, l'argent pouvait être viré sur leurs comptes. Il ne lui restait ensuite qu'à le transférer sur un compte intermédiaire.

Pour finir, elle a choisi la durée de remboursement la plus courte possible.

Avant la fin du monde, il fallait bien que ces deux-là goûtent un peu aux méthodes de ces vautours du crédit.

Maëva a emprunté tout ce qu'elle a pu. Les applis de prêt prenaient une sacrée commission au passage, mais à force d'en cumuler les montants, elle s'est tout de même retrouvée avec près de 200 000 euros de plus sur son compte.

Son sourire s'est élargi. Dès que l'argent est arrivé, elle a supprimé les applis, les SMS de vérification et tout ce qui pouvait la compromettre. Elle a ensuite fouillé leurs sacs et tout retourné pour faire croire à une tentative de vol. Puis elle les a laissés sur place et s'est éloignée, chargée de son butin.

Peu après son départ, Lilou a lentement repris connaissance. Elle est restée sonnée une seconde, avant de pousser un cri :

« Cédric ! Cédric ! »

Ils ont aussitôt vérifié tout ce qu'ils avaient sur eux. Portefeuille, téléphone, clés... Rien ne manquait.

Lilou n'y comprenait plus rien.

« Tu es sûr qu'il ne manque rien ? Mais c'est impossible… »

Cédric a réfléchi quelques secondes.

« Ils ont peut-être voulu nous voler, mais comme on n'avait pas d'espèces sur nous… »

De nos jours, qui sortait encore avec du liquide ?

Lilou a enfin soufflé.

« Oui… ça se tient. »

Elle a caressé son téléphone avec un léger sourire.

« Franchement, le smartphone, c'est quand même la plus grande invention de l'humanité. »

Après une agression pareille, ils avaient d'abord pensé appeler la police. Mais à bien y réfléchir, la ruelle n'avait aucune caméra de surveillance, et ils n'avaient rien perdu. Faire une déclaration pour ça ne servirait qu'à leur faire perdre du temps.

L'affaire en est donc restée là.

...

De son côté, Maëva était déjà rentrée chez elle.

À peine a-t-elle ouvert la porte que Lingot a rappliqué en grognant doucement. Elle s'est mise à tourner autour de ses jambes, le groin levé, à la renifler de tous les côtés, comme si elle lui souhaitait la bienvenue.

« Je suis rentrée. Contente de me voir ? »

Maëva lui a caressé la tête. Elle aussi était de très bonne humeur.

En une seule journée, elle avait empoché près de 600 000 euros et piégé Cédric et Lilou au passage. Impossible de ne pas être d'excellente humeur.

Après avoir rempli la gamelle de Lingot, Maëva s'est laissée tomber sur son lit moelleux. Pour une fois, elle a dormi d'un sommeil paisible et profond, jusqu'au lendemain matin.

Quand elle a ouvert les yeux et vu le soleil éclatant derrière la fenêtre, elle a encore eu l'impression de rêver.

La vie était belle et paisible.

Dommage que tout cela soit sur le point de voler en éclats.

Maëva a soupiré intérieurement. Elle a pris son téléphone et composé un numéro.

« Édouard. »

À l'autre bout du fil, la voix d'Édouard Vernier sonnait faussement chaleureuse.

« Tiens donc, Maëva… Quelle surprise. Je commençais à croire que tu nous avais oubliés. »

Maëva a légèrement pincé les lèvres.

Elle était la fille adoptive de la famille Vernier. Depuis sa naissance, elle n'avait jamais vu ses parents biologiques. Tout ce qu'elle savait, elle le tenait de Gaspard : son père était militaire et avait perdu la vie en mission avant même sa naissance. Quant à sa mère, elle l'avait confiée à Gaspard juste après l'accouchement, avant de disparaître sans laisser de trace.

À Saint-Aurin, les Vernier n'occupaient pas tout à fait le haut du panier, mais ils comptaient parmi ces familles fortunées qu'on ne pouvait pas ignorer.

Officiellement, Maëva portait le titre de fille adoptive des Vernier. Mais depuis la mort de Gaspard, ce titre sonnait surtout comme une cruelle ironie.

Les Vernier se méfiaient d'elle. Maëva, de son côté, avait toujours su quelle place elle occupait. Elle n'avait aucune envie de se mêler aux querelles d'héritage et aux rancœurs de cette famille. À la mort de Gaspard, elle n'avait réclamé que l'appartement du centre-ville. Les 3 % de parts qu'elle possédait encore, c'était Gaspard qui avait insisté pour les lui laisser.

Toutes ces années, elle avait gardé ses distances avec les Vernier, justement pour éviter qu'ils ne la voient comme une rivale.

Mais aujourd'hui, pour de l'argent, elle allait devoir raviver un peu les liens avec cette chère famille de façade.

« Comment pourrais-je vous oublier ? »

Maëva a esquivé d'un ton léger, puis elle est allée droit au but.

« Édouard, la participation de 3 % que grand-père m'a laissée, tu veux la racheter ? »

Édouard a aussitôt changé de ton.

« Tu es disponible quand ? »

« Cet après-midi ? »

Maëva a plissé les yeux. Plus vite l'argent arrivait, plus vite elle pourrait le dépenser.

Le temps lui manquait. Et elle avait hâte de découvrir quelle récompense le système lui accorderait une fois l'insigne « Flambeur » débloqué.

« Très bien. »

Comme son frère lui cherchait des noises depuis plusieurs jours, Édouard ne demandait qu'à régler cette affaire au plus vite.

Maëva n'a pas perdu une seconde. Elle a fixé avec lui l'heure et le lieu du rendez-vous.

Une heure plus tard, Édouard rangeait le contrat avec une satisfaction visible. Maëva, elle, contemplait les 1,4 million d'euros fraîchement arrivés sur son compte, l'esprit parfaitement léger.

« Au fait, Édouard. »

Elle a repris d'un ton naturel :

« J'aurais un service à te demander. »

Édouard a aussitôt froncé les sourcils, de nouveau sur ses gardes.

« C'est quoi ? Dis-moi. »

« Tu n'aurais pas un entrepôt vide ? J'aurais besoin de l'emprunter quelques jours. Une amie veut ouvrir une supérette et doit stocker de la marchandise provisoirement. »

Édouard s'est détendu. Ce n'était pas grand-chose.

Il a réfléchi un instant.

« Il y en a un au sud de la ville. Je vais demander à quelqu'un de t'apporter les clés. »

...

En quittant Édouard, Maëva s'est rendue directement au plus grand marché de gros de Saint-Aurin.

Riz, pâtes, farine, viande, eau, conserves, produits du quotidien, armes, médicaments…

La liste était longue. Tout devait être stocké. De toute façon, maintenant qu'elle disposait de son espace, elle n'avait plus à s'inquiéter des dates de péremption.

Le marché était immense. Maëva en a fait un rapide tour, puis elle a commencé par passer commande chez plusieurs grossistes alimentaires. À elle seule, elle a acheté 50 tonnes de riz.

Elle n'a pris que du riz de première qualité. Les 50 tonnes lui ont coûté un peu plus de 110 000 euros.

Édouard s'est montré plus efficace qu'elle ne l'aurait cru. Elle venait à peine de sortir de la boutique que quelqu'un lui livrait déjà les clés de l'entrepôt.

Parfait. Maëva a aussitôt modifié l'adresse de livraison de toutes les commandes qu'elle avait passées en ligne pour les faire expédier directement là-bas.

Elle avait beau posséder un espace de stockage, une telle quantité de cartons livrée à son appartement aurait forcément attiré l'attention. Dans un entrepôt, en revanche, rien de plus banal.

Et tout ce qu'elle achetait aujourd'hui devait de toute façon transiter par cet endroit.

Après le riz, il fallait des pâtes. Spaghettis, coquillettes, macaronis... 20 tonnes : 28 000 euros.

Puis les légumes secs : lentilles, haricots blancs, haricots rouges, pois chiches... Faciles à cuisiner de mille façons. 2 tonnes au total : 5 000 euros.

Elle a ajouté 10 tonnes de farine, de quoi faire du pain et des galettes à volonté : 9 000 euros.

2 000 bidons d'huile alimentaire : 26 000 euros.

500 kilos de sel : un peu plus de 600 euros. En pleine apocalypse, manquer de sel pouvait vite devenir un vrai problème.

Elle a aussi pris 500 kilos de sucre, des cartons entiers de cubes de bouillon, des milliers de boîtes de conserve : tomates pelées, concentré de tomate, légumes, thon, sardines et plats cuisinés. Elle a également acheté de grands pots de moutarde, des bocaux de sauce tomate, ainsi que 1 000 bidons de vinaigre blanc et 1 000 de vinaigre de vin.

Sans oublier les aromates et les épices.

Ail, oignons, échalotes, thym, laurier, herbes de Provence…

Poivre, muscade, cannelle, clous de girofle, paprika, cumin, curry, piment en poudre, quatre-épices…

Le tout lui a encore coûté près de 45 000 euros.

Maëva a versé un acompte au grossiste. Le solde serait réglé une fois toute la marchandise livrée à l'entrepôt.

Restait la viande.

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