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Chapitre 3

Author: Éléa Venot
Avant, elle ne les avait jamais soupçonnés.

Mais maintenant qu'elle y repensait, cette histoire était pleine de zones d'ombre.

Ce jour-là, la serrure n'avait aucune trace d'effraction. Il n'y avait que deux clés de son appartement. L'autre était entre les mains de Lilou.

Prétendre que Lilou n'y était pour rien ? Elle n'y croyait pas une seule seconde.

Elle les avait pris pour des amis. Eux l'avaient prise pour une idiote.

Une lueur calculatrice a traversé les yeux de Lilou, puis elle s'est exclamée, toute excitée :

« Maëva, si tu veux vraiment vendre cet appartement, vends-le-moi ! »

« Il vaut bien plus de 400 000 euros sur le marché. Le vendre à des inconnus, ce serait leur faire un cadeau. Franchement, autant que ça reste entre nous, non ? »

« Cédric et moi, en raclant un peu partout, on peut sortir un peu plus de 350 000 euros. On est tes meilleurs amis, quand même. Pas besoin de compter au centime près. Et puis, une fois que je l'aurai acheté, tu pourras toujours venir y rester de temps en temps. Gagnant-gagnant ! »

Même si Maëva connaissait déjà le vrai visage de Lilou, à cet instant, elle a quand même eu envie de lui coller une pantoufle en plein front.

Il fallait avoir un culot monstre pour sortir ce genre de phrase sans même rougir.

« Hmm… »

Maëva a hoché la tête d'un air pensif, comme si elle se laissait convaincre.

Lilou n'a pas pu retenir un sourire victorieux.

Maëva, cette idiote, elle ne savait jamais dire non.

À ce moment-là, le téléphone de Maëva a vibré.

Elle a jeté un œil à l'écran pour la forme, puis elle a pris un air à la fois ravi et embarrassé.

« Ah, Lilou… Personnellement, je trouve que ce que tu dis se tient. Mais l'agent vient de me dire qu'un autre acheteur s'est manifesté. Il propose 450 000 euros, paiement comptant, avec une signature possible dès demain matin. »

Lilou a aussitôt paniqué.

« Maëva, je viens de t'en parler ! Tu ne vas quand même pas vendre l'appartement à quelqu'un d'autre ? »

« Je n'en ai pas envie non plus. »

Maëva a poussé un long soupir.

« Mais il met vraiment beaucoup sur la table. Lilou, tu peux me comprendre, non ? »

Sur ces mots, elle a directement envoyé un vocal à l'agent.

« Ce prix me convient. Demain… »

« Attends ! »

Lilou s'est jetée en avant, le visage crispé.

« Faisons chacune un effort. 370 000. Vends-le-moi. »

Maëva a pris un air très sérieux, comme si elle réfléchissait vraiment.

Lilou a serré les dents.

« 390 000 ! C'est tout ce qu'on peut sortir pour l'instant ! »

Maëva a verrouillé son téléphone d'un geste sec.

« Marché conclu. »

...

Une demi-heure plus tard, devant la banque.

Cédric avait l'air contrarié.

« Lilou, tu veux vraiment acheter l'appartement de Maëva ? »

« Sinon quoi ? »

Lilou lui a lancé un regard.

« 390 000 euros pour un T3 en centre-ville. Où veux-tu qu'on retrouve une occasion pareille ? Au lieu d'en faire profiter des inconnus, autant en profiter nous-mêmes ! »

Cédric y a réfléchi. Il trouvait toujours ça un peu précipité, mais Lilou n'avait pas complètement tort.

Les deux ont vidé presque tous leurs comptes bancaires, puis ils ont fait le tour de leurs proches et de leurs amis pour emprunter de l'argent. À force de racler partout, ils ont enfin réussi à réunir 390 000 euros.

En voyant cette somme apparaître sur son compte, Maëva s'est sentie parfaitement détendue, l'esprit clair.

Le prix était un peu plus bas que ce qu'elle avait prévu.

Mais si ça permettait de vider les poches de ces deux pourritures avant l'apocalypse et de les laisser sans le moindre moyen de se préparer, où était le problème ?

Et puis…

Elle n'avait jamais dit qu'elle allait y perdre.

Quand toutes les formalités ont été bouclées, le ciel commençait déjà à s'assombrir.

Même si Lilou venait de mettre la main sur un appartement en plein centre-ville, elle gardait un visage fermé. Après tout, Maëva ne leur avait pas fait un prix encore plus bas.

Au moment de se séparer, Lilou a enfin semblé se rappeler la vraie raison de sa venue.

« Au fait, Maëva, je ne t'ai même pas demandé. Qu'est-ce que tu as fait à Gilles, aujourd'hui ? Je t'avais dit d'être gentille avec lui, non ? »

« Gentille ? »

Maëva s'est arrêtée, puis elle lui a retourné la question.

« J'aurais bien voulu. Mais s'il m'a harcelée sexuellement, je dois rester gentille aussi ? »

« Il t'a harcelée sexuellement ? »

Lilou a plaqué une main sur la bouche, l'air incrédule.

« Tu n'exagères pas un peu ? Tu as peut-être fait quelque chose qui lui a donné de fausses idées, non ? Sinon, pourquoi il t'aurait harcelée comme ça sans raison ? »

En entendant une connerie pareille, Maëva a levé les yeux au ciel. Elle n'était même pas surprise. Elle trouvait ça d'autant plus ironique.

Dans sa vie précédente, Lilou n'avait-elle pas fait exactement la même chose ?

À l'époque, quand Gilles avait répandu partout la rumeur qu'ils avaient couché ensemble, Maëva avait demandé de l'aide à Lilou.

Et Lilou lui avait répondu :

« Franchement, si on met de côté son physique et sa situation financière, Gilles n'est pas si mal. Chez un homme, le plus important, c'est qu'il soit gentil avec toi. Le reste, ça ne compte pas vraiment, non ? »

Ce n'était pas tout.

Après ça, Lilou n'avait pas arrêté de lui bourrer le crâne, ouvertement comme en douce, en lui énumérant les innombrables qualités de Gilles.

Par exemple, s'il était chauve, c'était parce qu'il avait trop de cervelle.

S'il avait de la bedaine, c'était parce qu'il avait bon cœur. Les hommes ronds étaient plus patients, plus doux. Et puis, à force de le regarder, il avait presque un côté mignon, non ?

S'il avait voulu l'emmener à l'hôtel dès le premier soir, c'était sûrement parce qu'il n'avait jamais eu de vraie relation. Devant une fille qui lui plaisait, il ne savait pas cacher ses sentiments. Il était direct, sincère, presque un grand romantique pur jus.

Et s'il continuait à la harceler, c'était seulement pour lui prouver sa détermination. Une passion aussi intense, de nos jours, ça ne courait plus les rues !

Lilou a repris :

« Je pense qu'il y a forcément eu un malentendu entre vous. On ne peut pas toujours chercher le problème chez les autres. Peut-être que tu as aussi ta part de tort, non ? »

Elle a poussé un soupir agacé.

« Franchement, j'en peux plus. Je t'avais dit d'être gentille avec lui, mais tu n'as rien écouté. Ma tante m'a appelée cet après-midi, elle m'a passé un savon monstrueux. »

Maëva a répondu vaguement :

« Ah. Elle a son petit caractère, ta tante. »

Son attitude a laissé Lilou sans prise. N'ayant plus personne sur qui passer ses nerfs, elle a explosé :

« Peu importe ! La prochaine fois, avant de parler ou d'agir, tu peux penser un peu à moi ? »

Maëva a accepté sans hésiter.

« D'accord. La prochaine fois, promis. »

De toute façon, il n'existait pas de prochaine fois.

L'expression de Lilou s'est enfin un peu détendue.

« Bon. Maintenant, l'appartement est à moi. Ces prochains jours, essaie de faire tes cartons au plus vite. Ce mois-ci, je compte déjà contacter une entreprise pour les travaux. »

« Aucun problème. »

Les trois se sont séparés à un croisement.

Mais Maëva n'est pas rentrée chez elle.

Elle a pris un vélo en libre-service, fait un détour, puis elle est allée se mettre sur le chemin que Lilou et Cédric devaient forcément emprunter pour rentrer.

Il y avait là une ruelle, sans caméra de surveillance.

La lumière blafarde des lampadaires tombait sur le sol. La ruelle était vide, et les voix de Lilou et Cédric se sont peu à peu rapprochées.

« Lilou, tu ne trouves pas que Maëva était bizarre, aujourd'hui ? »

« Maëva ? Bizarre ? »

Lilou a eu un rire méprisant.

« Pourquoi ? Elle est toujours aussi stupide qu'avant. Je dis un truc, elle y croit. Franchement, ça me fait trop rire. »

« Mais pour l'appartement… On n'a pas été un peu trop impulsifs ? Tu ne m'en avais même pas parlé avant… »

« Oh, s'il te plaît. Les prix montent super vite en ce moment, et son appartement est super bien placé. Dans le même quartier, essaie donc d'acheter un bien pareil à 390 000 euros. Il n'y avait qu'une idiote comme elle pour le brader à ce prix-là. »

Lilou a agité la main.

« De toute façon, sur ce coup, on a fait l'affaire du siè… »

Sa voix s'est brusquement arrêtée.

« Lilou… ? »

Cédric s'est retourné, sans se douter de rien.

Une main l'a frappé d'un coup sec à la nuque.

Ses yeux se sont révulsés. Il s'est affaissé à son tour, comme une poupée de chiffon.

Une silhouette noire est apparue derrière lui.

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