Share

Chapitre 7

Penulis: Éléa Venot
La réouverture du Verger des Pêchers ne pouvait que profiter au parc. Trois ans plus tôt, le concept avait attiré une foule de visiteurs, et le zoo en avait largement tiré parti. Depuis la crise sanitaire, le propriétaire des lieux ne s'en occupait plus, ce que la direction avait toujours trouvé regrettable.

C'est pourquoi sa supérieure s'est tout naturellement montrée ravie en apprenant que quelqu'un voulait relancer l'endroit.

« En revanche, nous n'avons que le contact de son assistant. Je te l'envoie tout à l'heure. »

« D'accord. »

Peu après, Maëva a reçu le numéro, accompagné d'un autre message.

« Maëva, si ton ami se décide vraiment et que le Verger rouvre, ne m'oublie pas, hein ? »

Autrement dit, elle voulait prendre sa petite commission au passage. Comment Maëva aurait-elle pu ne pas comprendre ?

« Bien sûr. »

Elle a esquissé un léger sourire, puis composé le numéro indiqué.

Une fois la raison de son appel exposée, l'assistant a répondu d'un ton très sec et formel :

« Bien entendu, Madame Vernier. Mon patron accepte de vous louer les lieux. Le loyer sera de 6 000 euros par mois et nous percevrons 40 % des bénéfices générés par l'activité. Si ces conditions vous conviennent, nous pouvons signer le contrat dès cet après-midi. »

6 000 euros par mois, et 40 % des bénéfices par-dessus le marché ?

Maëva a claqué intérieurement la langue.

Quels requins...

Le Verger des Pêchers était à l'abandon depuis des années, et ces gens-là ne manquaient visiblement pas d'argent. Pourtant, à peine avaient-ils entendu que quelqu'un voulait louer qu'ils sortaient des conditions à vous saigner.

Cela dit, avec un pareil sens des affaires, rien d'étonnant à ce qu'ils soient riches.

« Ça me va. Mais j'ai une condition. »

« Je vous écoute. »

« Serait-il possible de régler le loyer au mois ? Je compte louer sur le long terme. Si vous craignez que je disparaisse du jour au lendemain, on peut le préciser noir sur blanc dans le contrat. Mais je ne peux pas avancer une grosse somme d'un coup. Si cela vous convient, fixons directement un rendez-vous. »

L'assistant a hésité un instant, puis a répondu :

« Demain après-midi, cela vous conviendrait ? »

Maëva a compris qu'il venait d'accepter.

« Très bien. C'est entendu. »

...

Une fois la location réglée, Maëva est repartie droit au marché de gros.

La veille, elle n'avait acheté que de la nourriture. Pour survivre à l'apocalypse, il fallait encore bien d'autres choses.

Elle a commencé par commander 2 000 cartons de protections hygiéniques, en lots mixtes de serviettes de jour, de nuit et de protège-slips. Total : un peu plus de 48 000 euros.

Puis 1 000 cartons de papier toilette, chacun contenant 4 paquets de 12 rouleaux. À cela se sont ajoutés 500 cartons de mouchoirs, 3 000 serviettes de toilette, 5 000 brosses à dents, 3 000 tubes de dentifrice, 5 000 briquets, 5 000 boîtes d'allumettes, 4 000 cartons d'eau potable en packs de 6 bouteilles de 1,5 L, plus de 5 000 cartons de boissons diverses, 5 000 cartons de lait, ainsi que 500 grandes cuves de 200 litres pour stocker l'eau du robinet.

En passant devant le rayon des préservatifs, Maëva est restée un instant silencieuse.

Puis elle en a pris 300 grands cartons. Ces choses-là ne servaient pas qu'à la contraception. Dans l'apocalypse, on leur trouvait bien d'autres usages. En stocker un peu ne pouvait pas faire de mal.

L'ensemble lui a coûté près de 260 000 euros, livraison comprise jusqu'à l'entrepôt du sud de la ville.

En sortant du marché de gros, Maëva a encore fait le tour d'une dizaine de pharmacies. Elle y a acheté de grandes quantités d'antibiotiques, d'antipyrétiques, de médicaments contre le rhume, d'alcool à 90°, de sérum glucosé, de bandages, de Bétadine, et de tout ce qui pouvait servir en cas d'urgence.

Pour survivre à l'apocalypse, il lui fallait encore constituer une importante réserve de médicaments. Dans son ancienne vie, jusqu'à son dernier souffle, personne n'avait jamais trouvé de remède contre le virus des infectés. Et les infectés étaient loin d'être la seule menace qui pesait sur l'humanité.

Il y avait aussi l'effondrement brutal du système immunitaire causé par les radiations nucléaires.

En temps normal, un simple rhume ou un peu de fièvre finissaient souvent par disparaître avec quelques jours de repos. Mais pendant l'apocalypse, dès qu'une personne se mettait à avoir de la fièvre sans recevoir de soins à temps, elle avait déjà un pied dans la tombe.

Les médicaments coûtaient vraiment cher. Rien que cette tournée lui a encore pris plus de 52 000 euros.

Quand elle a eu terminé, il était déjà midi. Maëva a déjeuné sur le pouce, puis a fait une courte sieste dans sa voiture avant de repartir vers le plus grand marché de matériaux de construction.

Elle n'avait pas oublié la mission de rénovation du Verger des Pêchers.

Un peu plus d'un mois après le début de l'apocalypse, le réseau électrique national commencerait à s'effondrer. Internet disparaîtrait, les lumières s'éteindraient, et les téléphones ne seraient plus que de simples presse-papiers. Les communications avec le monde extérieur seraient totalement coupées. C'est à ce moment-là que l'humanité sombrerait véritablement dans le désespoir.

Pour rénover le Verger, la première chose à laquelle Maëva a pensé, c'était l'électricité.

Le zoo possédait bien des groupes électrogènes, mais ces machines engloutissaient une quantité folle de carburant. Or le diesel ne serait pas une ressource facile à trouver.

En revanche, le soleil, lui, ne manquerait pas. En journée, la température grimperait souvent jusqu'à 50, voire 60 °C. Pour produire de l'électricité, les panneaux photovoltaïques restaient donc la meilleure solution.

Maëva a commandé auprès d'un fournisseur un kit solaire de 50 kW : plusieurs dizaines de panneaux monocristallins et polycristallins, des onduleurs, des supports de toiture, des câbles pour courant continu et courant alternatif, ainsi que des coffrets de distribution. L'ensemble lui a coûté 58 000 euros. La pose sur site revenait à 6 500 euros de plus, mais elle a refusé.

Avec le système, son seul travail consistait à acheter.

Une fois le problème de l'électricité réglé, elle a commandé auprès d'un fabricant de clôtures 3 000 mètres de barbelés concertina. Le moment venu, ils serviraient à ceinturer le Verger des Pêchers. L'endroit était discret, mais rien n'excluait que quelqu'un finisse par tomber dessus. Ces barbelés concertina constitueraient au moins une première ligne de défense.

La protection extérieure prenait forme. Il fallait maintenant renforcer la villa elle-même.

Maëva a demandé des portes blindées de très haut niveau, des grilles anti-effraction, ainsi que du verre pare-balles. L'employé du magasin l'a regardée d'un drôle d'air, avant de lui expliquer que leurs produits ne répondaient sans doute pas à ce genre d'exigences.

En revanche, il lui a recommandé une société de sécurité très sérieuse.

Là-bas, Maëva a réussi à commander les portes blindées et le verre pare-balles qu'il lui fallait. Mieux encore, elle a acheté un lot de panneaux en nanomatériau. D'après le vendeur, c'était un matériau utilisé dans l'aéronautique, résistant, mais léger. Parfait pour renforcer des murs.

Seulement, tout cela était fabriqué sur mesure. Il n'y avait aucun stock disponible, il faudrait attendre quelques jours avant la livraison.

Les 30 caméras de surveillance haute définition qu'elle avait ajoutées à la commande, en revanche, étaient disponibles tout de suite. Elle les a donc emportées directement.

Après avoir versé un acompte et laissé l'adresse de l'entrepôt, elle a quitté le marché des matériaux de construction.

À force de courir partout toute la journée, même en voiture, Maëva était épuisée. Et cette fatigue lui a rappelé avec une netteté désagréable que son corps actuel était beaucoup trop faible.

Pour quelqu'un qui avait déjà connu la sensation de la puissance dans son ancienne vie, l'écart était difficile à encaisser. Bien des gestes lui pesaient, bien des choses lui demandaient plus d'efforts qu'elles n'auraient dû. Cette fois, elle avait pris de l'avance avant même le début de l'apocalypse et disposait déjà d'un avantage considérable sur les autres. Ce n'était pas une raison pour relâcher ses efforts.

Même avec des montagnes de provisions. Même si elle faisait du Verger des Pêchers une véritable forteresse. La seule chose vraiment rassurante, c'était la force qu'on tenait entre ses propres mains.

À cette pensée, Maëva s'est aussitôt imposé un programme d'entraînement strict.

En si peu de temps, elle ne pourrait pas retrouver son niveau d'avant. Mais elle savait quelle méthode, la plus efficace et la plus rationnelle, employer pour renforcer son corps au maximum.

Elle a raccordé des tuyaux à tous les robinets de chez elle, puis a sorti les cuves de son espace et s'est mise à les remplir.

Elle avait déjà stocké beaucoup d'eau minérale, mais elle n'avait pas l'intention de laisser filer l'eau du robinet. Après tout, il faudrait bien se laver, faire la vaisselle, nettoyer... Si elle utilisait aussi de l'eau minérale pour tout ça, ce serait vraiment du gaspillage.

Bientôt, tout l'appartement s'est empli du bruit de l'eau qui coulait.

Et c'est au milieu de ce ruissellement que Maëva a commencé son entraînement.

Elle utilisait la méthode la plus répandue et la plus efficace apparue après le début de l'apocalypse, mise au point par un véritable génie de l'armée.

Cette série d'exercices permettait de stimuler le potentiel humain au maximum, d'épuiser le corps jusqu'à la dernière goutte d'énergie, puis de repousser ses limites encore et encore afin d'accroître ses capacités le plus vite possible.

Il fallait environ 20 minutes pour remplir une cuve. Tous les robinets ouverts en même temps, elle pouvait en remplir 3 à la fois.

Quand Maëva a enfin terminé son entraînement, trempée de sueur, 18 cuves étaient pleines.

Traînant son corps courbaturé, elle a rangé les dix-huit cuves dans son espace. En regardant l'heure, elle a constaté que plus de 2 heures s'étaient écoulées. Il était temps de souffler.

Après un rapide calcul, elle a estimé qu'il lui faudrait environ 55 heures pour remplir les 500 cuves. Ce n'était finalement pas si long.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 30

    À l'extérieur, Victor et Noé avaient enfin terminé de soigner la blessure du garçon.Une fois les anti-inflammatoires administrés, sa respiration s'était nettement stabilisée. Il restait inconscient, mais au moins, son état semblait moins critique.Victor a sorti avec précaution un paquet de crackers du sac en plastique.Noé a baissé la voix.« On partage celui-là à deux. L'autre, on le garde pour Monsieur Bastien et Naya. On ne sait même pas si elle est bien traitée, là-dedans… »À ces mots, il a baissé la voix et a poursuivi avec rancœur :« Cette femme, je ne sais pas d'où elle sort, mais elle a tout de suite jeté son dévolu sur Naya. C'est nous qui sommes inutiles. Depuis le début, Naya nous a déjà tellement protégés. Et maintenant qu'on est enfin arrivés ici, c'est encore à elle de porter ça toute seule… »Victor a poussé un long soupir. Une amertume sourde lui nouait la gorge.Les crackers étaient secs et durs, difficiles à avaler. Avant l'Apocalypse, ils étaient les gard

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 29

    Naya y a repensé quelques secondes, puis elle a trouvé ça presque logique.Quand Lingot avait levé les yeux au ciel en la regardant tout à l'heure, elle avait bel et bien une attitude très nette. À la résumer en une phrase, ça donnerait sûrement : « Hmph. Pauvres créatures inférieures. »Avant même qu'elle ait pu dire quoi que ce soit, Lingot tapait déjà du sabot en grognant, visiblement mécontente.Maëva lui a tapoté doucement la tête, comme on calmerait un enfant.« Sois sage. Arrête ton cirque, ou je te colle une baffe. »Naya : « ? »Lingot s'est calmée d'un coup.Naya ne savait plus trop quoi penser. Cela dit, après tout ce qu'elle avait vu aujourd'hui, elle était désormais capable d'accepter sans trop broncher qu'un cochon comprenne le langage humain.En pensant qu'elle devrait bientôt donner un bain à Princesse Lingot, elle a vite forcé un sourire et a tenté un salut amical.« Salut… Lingot ? »Lingot a de nouveau levé les yeux au ciel en la regardant, puis lui a carré

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 28

    Naya s'est sagement tue. Encore sous le choc, partagée entre curiosité et perplexité, elle s'est avancée d'un pas presque mécanique jusqu'à la place en face de Maëva, puis s'est assise.« Mange », a dit Maëva d'un ton calme. « Vous n'avez rien avalé depuis longtemps, non ? »Il a suffi que Maëva le dise pour que la faim, jusque-là contenue, se réveille d'un coup. L'estomac de Naya a aussitôt laissé échapper un long grondement. Paniquée, elle a plaqué ses deux mains sur son ventre, le visage rouge jusqu'aux oreilles.Avant de franchir ce portillon dissimulé dans les barbelés, elle bouillait encore de colère.Elle voulait voir à quoi ressemblait cette femme qui occupait le domaine de Monsieur Bastien. Voir d'où elle sortait, ce qui lui donnait le droit d'être aussi arrogante, et pourquoi elle exigeait qu'on lui livre quelqu'un dès le début des négociations.Mais maintenant qu'elle se retrouvait enfin face à elle, Naya ne savait plus quoi dire.Elle possédait pourtant la force d'Her

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 27

    Autrefois, Naya aurait sans doute explosé : « T'as un problème ou quoi ? »Même dans un rêve, il y avait des limites au délire.Mais cette nuit-là, l'image de Monsieur Bastien la poussant hors de danger revenait sans cesse devant ses yeux.Alors elle avait serré les dents et répondu avec rage :« J'accepte ! Peu importe le prix. Peu importe ce que tu veux de moi. J'accepte tout ! »Elle voulait devenir forte.Même en sachant que ce n'était qu'un rêve, elle voulait devenir forte.Hercule ou non, peu importait. Dans cette Apocalypse dévoreuse d'hommes, seule la force permettait de protéger les siens.À son réveil, Naya avait découvert, stupéfaite, qu'elle possédait vraiment une force hors du commun.À partir de ce moment-là, pendant le reste du trajet, la fille qu'il fallait protéger était devenue la plus puissante du groupe. Elle avait pris l'initiative de protéger les trois autres.Ils avaient enfin réussi à trouver le Verger des Pêchers. Il était déjà occupé, certes. Mais en

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 26

    Naya a enfin distingué la bâtisse qui semblait tapie au ras du sol comme une bête.De l'extérieur, c'était bien une villa de trois étages. Sauf que les murs n'avaient plus rien d'ordinaire. Ils avaient été remplacés par un matériau spécial, d'un gris argenté, froid, solide, intimidant. L'ensemble avait quelque chose de sinistre, mais aussi d'étrangement rassurant. On aurait dit une zone militaire.Et pourtant, dans la cour de devant, une petite bande de poussins et de canetons piaillait joyeusement en penchant la tête vers cette intruse.Naya ne savait pas si ses yeux lui jouaient des tours, mais elle avait l'impression que même ces poussins et ces canetons étaient plus gros que ceux de dehors.Grâce à eux, cette forteresse d'acier perdait un peu de sa froideur. Elle en paraissait presque vivante.Alors qu'elle était encore sous le choc, une énorme truie rose et blanche, grasse, massive, a contourné tranquillement la villa par l'arrière.En voyant Naya plantée là, Lingot s'est co

  • La Démone de l'Apocalypse   Chapitre 25

    « C'est vrai, et son cou aussi est un peu long, non ? »« Et sa façon de marcher est bizarre… »Victor et Noé ont échangé un regard. Chacun a lu dans les yeux de l'autre la même incrédulité.La « personne » a fini par s'arrêter devant eux, toute fière.Quand ils ont vu de quoi il s'agissait vraiment, les trois sont restés bouche bée, partagés entre la stupeur et l'envie de rire.Ce n'était pas une personne.C'était une oie.Une grosse oie blanche !Mis à part sa taille, deux fois supérieure à celle d'une oie ordinaire, et sa carrure nettement plus robuste, elle ressemblait trait pour trait à ces grosses oies blanches qu'on élevait autrefois dans les fermes.Mais quand même…Une oie qui arrivait en se dandinant, un sac en plastique dans le bec, pour livrer des médicaments ?Il y avait de quoi se demander si le monde n'avait pas complètement perdu la tête.Depuis quand une oie comprenait-elle aussi bien les humains ?En voyant les trois rester plantés là sans réagir, Paimon

Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status