LOGINOr, il n'existe pas de règle sans exception. Il y avait des êtres avec qui les Jinnarous n'avaient jamais rien eu à traiter. Des personnes qu'ils avaient appréciées, et même aimées, tout simplement. Pour rien. Comme cette Reine Lycane qui aimait passionnément Zanzibar, la nature, le climat et la faune, et voulait protéger le désert et ses mystères, et refusait toute récompense en échange. Naturellement, il y avait aussi des êtres que les Jinnarous détestaient cordialement. L'attitude d'un Jinnarou envers Indé, lorsqu'il était encore jeune, et déjà ambitieux, le témoignait assez... Indé, avant même d'être officiellement Bêta de la meute de Zanzibar, a très tôt aimé, désiré le pouvoir. Et c'était
Le désert ne parle pas. Il retient. Chaque grain de sable est une mémoire, chaque dune une cicatrice. Et sous le sable, parfois, il y a des noms. Des noms qu’on ne prononce pas après le coucher du soleil. Des noms qui sentent le cuivre et la foudre. On ne naissait pas Jinnarou. On le devenait, disaient les anciens. Ou bien on l’avait toujours été, sans le savoir, jusqu’au jour où le désert vous regardait en retour. Ils n’étaient pas des loups. Ils n’étaient pas des sorcières. Ils étaient autre chose. Quelque chose entre la flamme et la soif. Entre la promesse et la trahison. Leur aura frappait avant leur ombre. Une chaleur sèche, qui vous serrait la gorge, qui vous donnait l’impression que votre bourse était plus lourde et votre parole plus légère. Puissance et mystère. Les deux bras du même corps. Quand un Jinnarou entrait dans une tente, les lampes tremblaient même sans vent. Les chiens se couchaient. Les enfants cessaient de pleurer. Parce que quelque chose d’ancien venait de p
Khar marcha un jour et une nuit. Il coupa à travers le désert en évitant les ravines, les feux, les éclaireurs d’Indé. Il but l’eau des racines de sabul, dormit à même la pierre pour ne pas laisser d’odeur. Il n’avait plus de ceinture, plus d’arme. Juste le fil de cuir de Khar serré autour de son poignet. Il devait protéger. C’était tout ce qui restait. Le camp apparut au lever du quatrième jour. Une succession de murs blancs, craquelé, qui piquait les yeux sous la lumière. Personne ne venait ici. Le sable rongeait les coussinets, faisait saigner les pattes, effaçait les pistes. Mais pour ceux qui savaient, il y avait ces cavernes. Des anfractuosités où l’air restait frais. Khar s’arrêta au pied. Il respira. L’odeur lui fit mal. Poussière. Peau. Fumée de feu sans bois. Son clan. Il grimpa. La première chose qu’il vit fut le cercle. Des tentes de toile grise, disposées en demi-lune contre la roche. Des lances plantées en terre. Des guerriers en faction. Mais ce n’ét
Le désert ne pardonne pas. Il efface. Il avait effacé les traces des caravanes, les murs de la capitale, les noms des Lambdas morts la semaine précédente. Il restait la crête ouest, et sur cette crête, trente Sigmas de Reka plantés dans le sable comme des pieux. Derrière eux, tassés dans les ravines, les survivants de Zanzibar. Des mères, des enfants, des anciens. Des loups sans meute qui n’avaient plus que la respiration des Sigmas entre eux et les renégats. Reka ne comptait plus les heures. Elle comptait les flèches. Il en restait sept. « Ils viennent, » dit le gamin à sa droite. Dix-sept ans, les mains qui tremblaient autour de sa lance. Reka hocha la tête. Elle n’avait pas besoin de regarder. Le sable le lui disait. Le sol vibra. D’abord un frisson. Puis un roulement. Comme un tambour qu’on enterre. Sur la dune opposée, ils apparurent. Une ligne noire contre le ciel blanc. Indé. Il ne courait pas. Il marchait. Comme s’il appartenait à la tempête. Derrière lui, v
L’air était immobile, lourd de poussière et de sel. Seuls les animaux du désert -scorpions, serpents,etc... faisaient du bruit. Deux Deltas étaient assis sur une dune basse, à trois kilomètres du camp principal de la Poussière. Ils étaient censés organiser pour Indé la garde sur la crête ouest. Ils ne montaient rien du tout. Le premier s’appelait Khar. La quarantaine, la mâchoire carrée, une balafre qui lui coupait le sourcil droit. Il avait rejoint Indé six lunes plus tôt, quand Indé promettait du grain et du gibier pour son clan et des armes pour ses fils. Le second s’appelait Mong. Plus jeune, plus maigre, les mains fines d’un ancien tisserand. Il avait suivi Indé pour une autre raison. La peur. Peur qu’Indé le dénonce comme apparenté à une famille de sorcières cause de la marque de naissance sur son épaule. Alors il avait pris l’arme avant qu’on la braque sur lui. Ils ne parlaient pas. Ils partageaient une outre d’eau tiède, passée de main en main. « Elle est là,
La meute de Zanzibar ne saignait plus. Elle dépérissait. La grande île, autrefois appelée l'Île d'Or, à cause de ses mines d'or, ses déserts de sable jaune et de ses lanternes qui ne s’éteignaient jamais, ne portait plus ce nom que sur les cartes. Aujourd’hui, les marchands l’appelaient "la ville en Cendre".... Les loups qui partaient ne disaient pas « nous quittons Zanzibar ». Ils disaient : « nous sortons de la ville morte ». Du haut des tours du palais, on ne voyait plus que des toits effondrés, des murs noircis par la fumée, des rues où l’herbe poussait entre les pavés fendus. Les lanternes étaient éteintes ou cassées, depuis trois lunes. Le vent les faisait tinter comme des os creux. Les fontaines d’ambre ne coulaient plus. Les canaux étaient des lits de poussière où les chiens errants enterraient leurs morts. Les parfums de jasmin et d'ambre avait disparu. Il restait l’odeur du charbon, du sang séché, et de la peur. Indé avait fait ça. Indé et le silence qui a
Tout à coup, les yeux de la sorcière devinrent entièrement noirs, comme si les ténèbres elles-mêmes s'étaient emparées de son âme. Karaba dit, avec une rage mêlée de panique: " Avant que je ne rende l'âme, il se passera de longues années, de souffrances, mais je ne souffrirait pas seule ! Je jure
Cette nuit-là, la nuit de l'attaque, Konia eut un sommeil agité. Elle refit des cauchemars.Dans le principal cauchemar, Konia redevenait Khary. Elle se trouvait dans un paysage lugubre qui ressemblait étrangement au territoire de Shirya, sa louve intérieure. Mais cet endroit était plus sombre, pl
C'était un tableau inattendu. Raïhm s'immobilisa devant la scène qui se déroulait devant lui. Il ne s'attendait pas à voir la nourrice Panou, tête baissée, assise à l'escalier de la petite véranda, et encore moins... À voir une grande louve de pelage gris et aux yeux d'un jaune or rempli de pui
Son esprit était concentré sur la tâche qui l'attendait. Elle avait décidé d'utiliser le reste du brin de cheveux roux de la princesse Khary pour se fabriquer un médicament qui pourrait soulager ses douleurs. Elle savait que cela serait un processus long et complexe, mais elle devait être patiente







