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Chapitre 2

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last update Tanggal publikasi: 2026-08-31 03:30:42

Chapitre 2

Mavrick

Je l'entends avant même de la voir.

Un pas léger, hésitant, qui s'arrête devant la porte de mon bureau. Puis trois coups discrets, presque timides. Je ne réponds pas tout de suite. Je reste assis, les yeux fixés sur la poignée, le cœur soudain lourd d'un pressentiment que je ne m'explique pas.

— Entrez.

La porte s'ouvre lentement. Et elle apparaît.

Le temps se fige. L'air quitte mes poumons. Je crois que mon sang s'arrête de circuler dans mes veines.

Ce visage.

C'est le sien. Exactement le sien. Les mêmes traits, la même courbe de mâchoire, les mêmes yeux en amande qui m'ont tant hanté. Dix ans de traque, dix ans de cauchemars, dix ans à chercher Élise Marchand partout dans le monde, et voilà que je la retrouve ici, dans mon propre bureau, déguisée en innocente.

La colère monte si brutalement que ma vision se brouille. Je me lève d'un bond, mon fauteuil roule en arrière et heurte le mur. Elle sursaute, s'arrête au milieu de la pièce, les mains crispées sur son sac.

— Bonjour, monsieur Wexler. Je suis Zéliane Morel, votre nouvelle assistante.

Sa voix tremble. Elle ose parler. Elle ose prononcer ce nom comme si elle avait le droit de le faire. Je serre les poings jusqu'à enfoncer mes ongles dans mes paumes. La douleur m'ancre, m'empêche de hurler.

— Zéliane Morel, répété-je d'une voix blanche.

Je la détaille, sans douceur. Son tailleur bleu nuit, son chignon serré, sa peau claire. Elle est belle. D'une beauté qui n'a rien à voir avec Élise, au fond. Élise était dure, glacée, dangereuse. Celle-ci paraît fragile, presque brisable. Mais c'est peut-être cela, son arme.

— Asseyez-vous.

Ce n'est pas une demande. C'est un ordre. Elle obéit, s'installe au bord du fauteuil, les jambes serrées. Je contourne le bureau, m'approche d'elle. Elle lève les yeux, et je soutiens son regard sans ciller.

— Vous croyez vraiment que je vais vous accueillir à bras ouverts ? dis-je, la voix chargée de mépris.

— Je ne m'attendais pas à un accueil chaleureux, répond-elle doucement. Mais je pensais au moins avoir une chance de faire mes preuves.

— Une chance ? Vous n'aurez aucune chance. Pas avec ce visage.

Elle baisse les yeux. Et là, exactement là, quelque chose se tord dans ma poitrine. Une émotion étrange, inattendue, qui me déstabilise. Ce n'est pas de la pitié. C'est autre chose. Comme un vertige, une faille dans la haine qui me tient debout depuis dix ans.

Elle relève la tête, et je vois ses yeux briller. Des larmes retenues, une peur sincère. Je déteste ce que je ressens. Je déteste qu'elle puisse me faire douter, même une seconde.

— Vous me confondez avec quelqu'un, murmure-t-elle. Je ne suis pas cette personne.

— C'est ce que vous dites. Mais je ne crois pas aux coïncidences.

Je m'éloigne, retourne vers la fenêtre. La ville s'étend à mes pieds, indifférente. Je fixe mon reflet dans la vitre, les traits durs, la mâchoire serrée.

— Je vais vous garder près de moi, dis-je sans me retourner. Vous allez travailler ici, sous ma surveillance constante. Chaque geste, chaque parole, chaque battement de cils sera épié. Et si je découvre que vous mentez, je vous détruirai.

Un silence. Puis sa voix, à peine audible.

— Pourquoi ? Pourquoi me faire ça ?

— Parce que je veux la vérité. Et vous allez me la donner, que vous le vouliez ou non.

Je me retourne enfin. Elle est debout, droite, les épaules basses. Elle semble si petite, si vulnérable. Mais je refuse de me laisser attendrir. Pas après tout ce qu'Élise m'a fait.

— Sortez, dis-je d'un ton sec.

Elle hésite, puis se dirige vers la porte. Avant de l'ouvrir, elle s'arrête, me jette un dernier regard.

— Vous regretterez vos paroles. Un jour, vous découvrirez qui je suis vraiment.

Elle sort. La porte se referme avec un claquement sourd. Je reste là, debout au milieu de la pièce, le cœur en miettes, l'esprit en guerre.

Cette étrange émotion est toujours là, accrochée à mes pensées comme une écharde. Je la hais. Je me hais de la ressentir. Elle n'a pas sa place dans ma vie. Pas avec ce visage, pas avec ce nom, pas avec cette douleur.

Je m'approche du bureau, attrape mon téléphone. Mes mains tremblent légèrement. Je compose un numéro, attends.

— kael? C'est moi. Il faut qu'on parle. Maintenant.

Je raccroche sans attendre de réponse. Je sors de mon bureau, traverse le couloir d'un pas rapide. Les murs défilent, mais je ne vois que son visage. Cette femme, Zéliane Morel, est un piège. Et je viens de m'y jeter.

Mais je ne tomberai pas. Pas cette fois.

Je le jure.

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