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Chapitre 4

last update Tanggal publikasi: 2026-07-23 07:48:17

CHAPITRE 4 : LE PREMIER FACE-À-FACE

La chambre que la domestique lui montra était aussi froide et impersonnelle que le reste de la villa. Un lit immense, des draps blancs, des murs gris, une fenêtre qui donnait sur le lac. Pas de photos, pas de fleurs, pas de touches de couleur. C'était une cellule de luxe, un espace vide où une présence n'était pas souhaitée.

Lucie posa son sac sur le lit et s'assit, soudain épuisée. Elle avait traversé Paris, signé un contrat, rencontré un homme qui la terrifiait, et pourtant, elle n'avait pas pleuré. Pas encore. Elle se promit de le faire plus tard, quand elle serait seule, quand elle serait sûre que personne ne l'entendrait.

Les premiers jours furent étranges. Elle errait dans la villa comme une âme en peine, essayant de trouver ses repères, de comprendre les règles implicites de cette vie qu'on lui imposait. Thomas était rarement là. Il partait tôt le matin, rentrait tard le soir, et quand ils se croisaient dans les couloirs, il l'ignorait. Pas un regard, pas un mot. Comme si elle n'existait pas.

Mais elle l'observait. Elle ne pouvait pas s'en empêcher. Elle le regardait manger seul dans la grande salle à manger, le dos droit, le visage impassible. Elle l'observait dans son bureau, quand la porte était entrouverte, penché sur des dossiers, les doigts courant sur son ordinateur. Elle notait les tensions dans ses épaules, les cernes sous ses yeux, cette fatigue qu'il essayait de cacher derrière son masque de glace.

Un soir, elle osa l'approcher. C'était une imprudence, elle le savait, mais elle avait une question, une seule, qui la hantait depuis leur première rencontre.

Il était dans le salon, un verre de whisky à la main, regardant la nuit tomber sur le lac. Les lumières de la villa se reflétaient dans l'eau noire, dansant comme des lucioles. Lucie s'approcha, ses pas feutrés sur le marbre.

— Thomas ?

Il ne se retourna pas.

— Je vous ai dit de ne pas m'appeler par mon prénom.

— Je suis désolée. Monsieur Chevalier.

— Vous vouliez quoi ?

Elle hésita, sa main serrant le bord de sa robe.

— J'aimerais savoir quelque chose. Pourquoi m'avez-vous choisie ? Vous avez des millions, vous pouviez trouver n'importe quelle femme. Pourquoi une inconnue comme moi ?

Il prit une longue gorgée de whisky, puis reposa le verre sur la table basse. Quand il se retourna, son visage était un masque de marbre, mais ses yeux, ses yeux trahissaient une lueur de vulnérabilité.

— Parce que je déteste les femmes qui me courent après, Lucie. Parce que je ne supporte plus les sourires calculés, les regards qui pèsent sur ma fortune. Vous, vous n'en avez rien à faire de mon argent. Vous voulez juste sauver votre frère. C'est... rafraîchissant.

Elle ne répondit pas, trop surprise par cette franchise inattendue. Il la regarda longuement, comme s'il cherchait quelque chose derrière ses yeux.

— Et puis, ajouta-t-il, une lueur d'ironie dans la voix, vous êtes belle. Ça aide.

Lucie rougit. Elle ne s'y attendait pas, à ce compliment, à cette brèche dans sa cuirasse.

— Vous êtes la seule personne qui ne me regarde pas comme un portefeuille, continua-t-il. C'est précieux, Lucie. Plus que vous ne l'imaginez.

— Mais vous ne me connaissez pas, objecta-t-elle.

— Je sais ce que j'ai besoin de savoir. Vous êtes loyale, vous aimez votre frère, et vous avez un talent pour l'art. Maître Delacroix m'a tout dit.

Elle eut un sourire amer. "Tout dit". Il savait tout d'elle, mais elle ne savait rien de lui. Juste que cette villa, cette vie, cet homme étaient hantés par un passé qu'il refusait de partager.

— Et vous, Monsieur Chevalier ? demanda-t-elle doucement. Qu'est-ce qu'on sait de vous ?

Le silence s'étira, lourd et menaçant. Il la regarda, un éclair de colère dans ses yeux, puis il se tourna vers la fenêtre.

— Ce n'est pas dans le contrat. Allez vous coucher.

C'était un ordre, pas une demande. Lucie obéit, le cœur serré. Elle ne s'était pas attendue à une confession, mais elle n'avait pas prévu ce mur, cette barrière qu'il dressait entre eux.

Elle remonta dans sa chambre, s'assit sur le bord du lit, et regarda la pluie qui recommençait à tomber sur le lac. Il y avait quelque chose de tragique dans cet homme, une douleur qu'il portait comme un fardeau invisible. Elle le sentait, même s'il ne le disait pas. Elle le voyait dans ses yeux, dans ses silences, dans cette colère qu'il dirigeait contre elle sans raison.

Pendant les jours qui suivirent, elle comprit à quel point il la fuyait. Il évitait les repas qu'elle prenait seule dans la cuisine. Il sortait dès qu'elle entrait dans une pièce. Il lui parlait à peine, et quand il le faisait, c'était d'une voix froide, détachée, comme s'il s'adressait à une étrangère.

Un soir, elle le croisa dans le couloir. Il venait de la salle de bain, les cheveux encore humides, vêtu d'un simple peignoir blanc. Leurs regards se croisèrent, et pour un instant, elle vit autre chose dans ses yeux. Pas de la colère, pas de la méfiance. De la curiosité. Une lueur d'intérêt qui s'éteignit aussi vite qu'elle était apparue.

— Dégagez, murmura-t-il.

Lucie s'effaça contre le mur, le cœur battant. Elle sentit son parfum, le même que le premier jour, boisé et cuivré. Elle ferma les yeux, une seconde, et se souvint de la ligne du contrat : "Aucune relation amoureuse."

Mais les émotions ne suivaient pas les règles, et son cœur, ce traître, commençait à battre pour lui.

Elle sortit dans le jardin, la tête pleine de questions, le corps plein de tension. Le parc était silencieux, les arbres se découpant sur le ciel étoilé. Elle marcha jusqu'au lac, s'assit sur un banc, et regarda les cygnes glisser sur l'eau noire.

Elle pensa à Lucas, à son petit frère, à sa promesse. Elle pensa à Thomas, à cet homme brisé qui la détestait sans la connaître. Elle pensa à elle-même, à cette vie qu'elle s'était choisie, ou plutôt, qu'on lui avait choisie.

Deux ans. Deux ans à jouer la comédie.

Mais était-ce vraiment une comédie ? Ce sentiment qui grandissait en elle, cette attirance qu'elle essayait d'ignorer, ce n'était pas du jeu. C'était réel. Et ça la terrifiait.

Elle prit une pierre et la jeta dans l'eau. Les cercles s'élargirent, troublant le reflet des étoiles.

— Que fais-tu là ?

La voix derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna. Thomas était là, debout dans l'herbe, vêtu d'un costume sombre, les mains dans les poches.

— Je regarde les cygnes, répondit-elle.

— Vous ne devriez pas être dehors. Il fait froid.

— Je n'ai pas froid.

Il s'approcha, s'assit à côté d'elle sur le banc. Le geste était si inattendu qu'elle en resta muette. Il garda le silence, les yeux fixés sur l'eau.

— Pourquoi me fuyez-vous ? demanda-t-elle soudain.

Il ne répondit pas tout de suite.

— Parce que je n'aime pas les complications.

— Je suis une complication ?

— Vous êtes... différente.

Il se tourna vers elle, et dans la pénombre, ses yeux brillaient d'une intensité qui la saisit aux tripes.

— Je ne sais pas quoi faire de vous, Lucie. Vous n'êtes pas comme les autres.

— Peut-être que vous n'êtes pas comme les autres, répondit-elle.

Il rit, un rire bref, presque amer.

— Vous ne me connaissez pas.

— Vous ne me connaissez pas non plus.

Ils restèrent là, silencieux, à regarder les étoiles se refléter dans l'eau. Et pour la première fois, Lucie sentit que la distance entre eux se réduisait.

Mais elle savait que ce n'était qu'une illusion.

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