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Chapitre 2

Author: Annie Y
Il était déjà plus de neuf heures du soir lorsque Gabriel Fournier est rentré avec sa fille.

Chloé s'est accrochée au bas de son manteau, traînant des pieds pour descendre de la voiture.

Elle n'avait aucune envie de rentrer ce soir.

Maman était là… et elle ne voulait pas rester avec elle.

Mais Tata Léa lui avait dit que si elle et papa ne rentraient pas, maman serait triste, parce qu'elle était venue exprès pour les voir.

Papa, lui, avait ajouté que si maman ne les voyait pas ce soir, elle insisterait sûrement pour les suivre en mer demain.

Elle n'avait donc pas eu d'autre choix que d'accepter de rentrer.

Malgré tout, une inquiétude a subsisté.

D'une petite voix, elle a demandé :

« Papa, et si maman insistait vraiment pour venir avec nous demain ? »

« Elle ne le fera pas. »

Gabriel a répondu d'un ton catégorique.

Depuis des années, Élise Roche avait toujours cherché à se rapprocher de lui, à se faire une place dans sa vie.

Mais elle n'avait jamais osé franchir la ligne qu'il traçait entre eux.

Chloé aussi l'avait remarqué : maman écoutait toujours papa.

S'il disait que ça n'arriverait pas, alors elle pouvait être tranquille.

Rassurée, son humeur s'est éclaircie aussitôt. Elle est entrée dans la maison en sautillant et a annoncé joyeusement à Madame Lemoine qu'elle allait prendre son bain.

« D'accord, d'accord », a répondu la gouvernante avec un sourire.

Puis, se souvenant de la consigne d'Élise, elle a tendu une enveloppe à Gabriel.

« Monsieur, Madame m'a demandé de vous remettre ceci. »

Il l'a prise distraitement.

« Où est-elle ? » a-t-il demandé machinalement.

Madame Lemoine a hésité avant de répondre :

« Eh bien… Madame est repartie à midi. Vous n'étiez pas au courant ? »

Gabriel, qui s'apprêtait à monter les escaliers, s'est arrêté net. Il a tourné légèrement la tête.

« Elle est repartie ? »

« Oui. »

Pourquoi était-elle venue jusqu'ici ?

Il ne lui avait même pas laissé l'occasion d'en parler.

Et, pour être honnête, il ne s'en était pas soucié.

Apprendre qu'elle était partie ne lui a fait ni chaud ni froid.

Chloé, en revanche, a été surprise.

Un léger sentiment de vide s'est insinué en elle.

Elle s'était dit que, si maman ne les accompagnait pas en mer demain, au moins elle aurait pu passer la soirée avec elle.

Elle avait même prévu de lui demander de l'aider à polir des coquillages, parce que ça faisait mal aux doigts…

Madame Lemoine, quant à elle, a trouvé tout cela étrange.

Elle avait d'abord cru qu'Élise était repartie précipitamment à cause d'une urgence.

Mais en constatant que Gabriel n'était même pas au courant, elle a commencé à se poser des questions.

Elle a hésité un instant, puis s'est permis une remarque :

« Monsieur, Madame n'avait pas l'air bien en partant. Elle semblait… en colère. »

En colère ?

Élise ?

C'était bien la première fois qu'on lui disait ça.

À ses yeux, elle avait toujours été cette femme docile, patiente, toujours prête à faire un pas vers lui, à accepter ses humeurs.

Alors, elle aussi pouvait être en colère ?

Amusé par cette découverte, Gabriel a esquissé un sourire désinvolte.

« Vraiment ? » a-t-il répondu, indifférent, avant de monter à l'étage.

Dans sa chambre, il s'est apprêté à ouvrir l'enveloppe.

Mais son téléphone a sonné.

C'était Léa.

Il a décroché, a jeté machinalement l'enveloppe sur le lit et a quitté la pièce.

Un peu plus tard, l'enveloppe a glissé du lit et est tombée au sol.

Ce soir-là, Gabriel n'est pas rentré.

Le lendemain matin, Madame Lemoine est montée faire le ménage.

Apercevant l'enveloppe par terre, elle l'a ramassée et l'a rangée dans un tiroir, pensant que Gabriel l'avait déjà lue.

...

Élise est descendue de l'avion et, une fois rentrée chez elle, elle est montée directement à l'étage pour faire ses valises.

Après six ans, elle avait encore pas mal d'affaires dans la maison.

Mais elle n'a emporté que quelques vêtements, deux ensembles de produits de première nécessité et quelques-uns de ses livres professionnels.

Depuis leur mariage, Gabriel lui versait chaque mois une pension pour elle et leur fille.

Il l'envoyait sur deux cartes distinctes : l'une à son nom, l'autre au nom de Chloé.

Mais Élise avait toujours eu l'habitude d'utiliser sa propre carte pour ses dépenses.

Quant à celle de Chloé, elle ne l'avait jamais touchée.

Elle aimait Gabriel. À chaque fois qu'elle faisait les boutiques et qu'elle tombait sur des vêtements, des chaussures, des boutons de manchette ou des cravates qui lui conviendraient, elle ne pouvait s'empêcher de les acheter pour lui.

Elle-même, en revanche, dépensait peu. Son travail ne nécessitait pas de grandes dépenses, et son cœur ne battait que pour son mari et sa fille. Elle voulait toujours leur offrir le meilleur.

Ainsi, la majeure partie de l'argent que Gabriel lui donnait finissait par être dépensée pour eux.

Dans ces conditions, son compte aurait dû être presque vide.

Mais cette dernière année, Chloé avait vécu principalement avec Gabriel à l'étranger, et elle avait eu moins d'occasions de leur acheter des choses.

Finalement, il lui restait encore plus de trois millions sur son compte.

Ce n'était rien aux yeux de Gabriel, mais pour elle, c'était une somme importante.

Puisqu'il s'agissait de son propre argent, elle ne s'est pas embarrassée de scrupules et l'a transféré.

Elle a laissé les deux cartes sur place, puis, sans un regard en arrière, elle a tiré sa valise et est sortie.

Elle possédait un appartement non loin de son lieu de travail.

Il n'était pas grand, un peu plus de cent mètres carrés.

Elle l'avait acheté quatre ans plus tôt, à l'époque où une amie en pleine crise cherchait à booster ses ventes immobilières.

Jusqu'à présent, elle ne l'avait jamais occupé.

Aujourd'hui, il allait enfin lui servir.

Elle avait engagé quelqu'un pour en assurer l'entretien régulier, donc l'endroit n'était pas sale. Un simple coup de ménage a suffi pour qu'il soit habitable.

Après une journée épuisante, vers dix heures du soir, Élise a pris une douche, puis est allée se coucher.

« Bip, bip, bip, bip... »

Le bruit strident du réveil l'a brutalement arrachée à son sommeil.

Encore engourdie, elle est restée un instant dans le flou.

Puis, en retrouvant ses esprits, elle s'est rappelée : il était une heure du matin ici, ce qui correspondait à huit heures du matin là-bas, en Pays A, l'heure à laquelle Gabriel et Chloé prenaient leur petit-déjeuner.

Depuis que sa fille vivait avec Gabriel, Élise s'était habituée à lui passer un appel à cette heure-là.

Elle avait un rythme de travail intense et se couchait toujours tôt. Pour ne pas manquer cet appel, elle avait mis une alarme.

Au début, Chloé avait eu du mal à s'adapter et voulait lui parler tout le temps.

Mais au fil des mois, son ton au téléphone était passé de l'attachement et de la nostalgie à l'indifférence, voire à l'agacement.

En réalité, ce réveil n'avait plus lieu d'être depuis longtemps.

C'était elle qui s'accrochait encore.

Un sourire amer a effleuré ses lèvres.

Après une brève hésitation, elle a supprimé l'alarme, puis a éteint son téléphone avant de se rendormir.

De l'autre côté, Gabriel et Chloé venaient de terminer leur petit-déjeuner.

Gabriel savait qu'Élise appelait généralement à cette heure-là, mais comme il n'était pas toujours présent, il n'y prêtait pas grande attention.

Ce matin-là, elle n'avait pas appelé.

Il l'a remarqué, mais ça ne l'a pas inquiété.

Il a simplement terminé son café, puis est monté se changer.

Chloé, de son côté, trouvait que sa mère devenait de plus en plus bavarde et que leurs conversations tournaient souvent en rond.

Elle n'aimait plus trop lui parler au téléphone.

Voyant que sa mère n'avait toujours pas appelé, elle s'est dit qu'elle était peut-être occupée.

Ses yeux sombres ont brillé d'une lueur malicieuse. Elle a attrapé son cartable et s'est précipitée dehors.

« Mademoiselle, attendez ! » a protesté Madame Lemoine en se dépêchant de la suivre. « Il est encore tôt, vous pouvez partir un peu plus tard ! »

Mais Chloé ne s'est pas arrêtée et s'est engouffrée dans la voiture avec entrain.

Une occasion pareille, ça ne se ratait pas !

Si elle restait trop longtemps à la maison, sa mère finirait par appeler… et elle serait obligée de lui parler !

...

Après son mariage, Élise avait rejoint le groupe Fournier.

Elle l'avait fait pour Gabriel.

Mais maintenant qu'elle allait divorcer, elle n'avait plus aucune raison d'y rester.

Le lendemain matin, en arrivant au bureau, elle a tendu sa lettre de démission à Paul Jourdain.
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Comments (7)
goodnovel comment avatar
joyce
Il en a tellement rien à faire d’elle. Elise n’a rien perdu
goodnovel comment avatar
sukamibetty
Je vraiment aimé j’aimerais connaître la suite merci
goodnovel comment avatar
عبدو عبدو
السلام عليكم ض
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