LOGINLes larmes coulent maintenant sur mes joues, libres, abondantes, et je ne fais rien pour les arrêter parce que je sais qu'elles sont la seule réponse possible à ce qu'il vient de me dire, à ce cadeau immense qu'il vient de me faire en m'ouvrant enfin la porte de ce jardin secret où ilcache depuis si longtemps ses peurs et ses doutes et ses espoirs inavoués.— Tu n'as jamais été un monstre, dis-je en posant ma main sur sa joue, en sentant la fraîcheur de sa peau contre ma paume brûlante. Tu as été un survivant. Tu as fait ce que tu devais faire pour continuer à exister dans un monde qui voulait ta mort. Mais ce n'est pas ce que tu as fait qui te définit. C'est ce que tu choisis de faire maintenant. C
Son visage est fermé, mais pas de cette fermeture hostile qu'il arbore quand il est en colère ou contrarié, non, c'est une fermeture différente, une fermeture qui ressemble à celle d'un homme qui lutte de toutes ses forces pour ne pas laisser paraître une émotion trop forte, trop violente, trop incontrôlable pour être montrée au grand jour sans risquer de perdre la face devant ceux qui le regardent et qui attendent de lui qu'il reste à jamais ce seigneur vampire impassible que rien ne peut atteindre ni émouvoir.— Madame Rosenthal, dit-il enfin d'une voix étranglée qui ne ressemble pas du tout à sa voix habituelle, à cette voix de commandement qui fait trembler les serviteurs et pâlir les ennemis, laissez-nous, s'il vous plaît.
MiaLa robe est enfin prête après des jours et des nuits de travail acharné pendant lesquels Madame Rosenthal et ses petites mains n'ont pratiquement pas dormi, leurs doigts agiles courant sur les étoffes précieuses comme des araignées tissant la toile la plus somptueuse que le monde ait jamais vue, et quand je la vois exposée sur son mannequin dans la lumière dorée du salon d'essayage, tous les mots que je connais, toutes les phrases que j'ai apprises, toutes les déclarations que j'ai préparées se révèlent soudainement insuffisants, dérisoires, pathétiquement inadaptés pour décrire la splendeur de ce qui se dresse devant moi comme un monument élevé à la gloire de l'amour et de la beauté et de tout ce qui
La réconciliation est passionnée, comme toujours entre nous, comme si chaque dispute était le prélude à une étreinte plus intense encore que les précédentes, comme si la colère et la frustration accumulées pendant nos affrontements verbaux ne pouvaient trouver d'exutoire que dans cette fusion des corps qui efface tout, qui répare tout, qui nous rappelle à chaque fois pourquoi nous nous battons, pourquoi nous nous accrochons l'un à l'autre malgré toutes les difficultés, malgré tous les obstacles, malgré tous ceux qui voudraient nous voir séparés et qui ne comprennent pas que notre amour se nourrit de ces épreuves, qu'il en sort plus fort, plus solide, plus indestructible à chaque fois.Quand nous nous sépa
Le silence qui suit mes mots est tellement dense, tellement épais, tellement palpable que j'ai l'impression de pouvoir le toucher, de pouvoir le saisir à pleines mains pour le déchirer comme on déchire un voile trop lourd qui empêche de respirer et de voir clair.Il me regarde, et dans ses yeux gris je vois passer une succession d'émotions si rapide que je n'ai pas le temps de toutes les identifier, mais je reconnais la surprise, l'incompréhension, la colère naissante, et puis quelque chose d'autre, quelque chose de plus profond, de plus ancien, de plus douloureux qui ressemble à s'y méprendre à de la peur, cette peur primale que tous les êtres vivants ressentent quand ils prennent conscience qu'ils sont sur le point de perdre ce qu'ils ont de plus précieux au monde.
MiaIl veut tout contrôler, absolument tout, comme si j'étais incapable de la moindre décision par moi-même, comme si les vingt-cinq années que j'ai passées sur cette terre avant de le rencontrer ne comptaient pour rien, comme si mon existence entière se résumait à cette parenthèse ouverte le jour où nos regards se sont croisés dans la pénombre du manoir et qui menace maintenant de se refermer sur moi comme un piège doré dont je ne pourrai plus jamais m'échapper parce que j'aurai trop peur de perdre tout ce que j'ai gagné en acceptant de devenir sienne.Le pire, c'est que je sais qu'il ne fait pas exprès, qu'il ne se rend même pas compte de ce qu'il est en train de faire, que cette manie de tout décider, de tout o
MiaDorian revient ce soir-là.Mais il n'est pas seul.Je suis dans la bibliothèque quand j'entends des voix dans le hall. Des voix que je ne connais pas. L'une d'elles, féminine, grave et mélodieuse.Je pose mon livre. Je sors
La chambre à côté est presque aussi grande que celle de Dorian. Un lit immense. Des fenêtres qui donnent sur les jardins. Une cheminée.— Reposez-vous, dit l'homme. Je m'appelle Gregor. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, demandez-m
Mia— Mia... Mia...Sa voix m'appelle à travers le brouillard.Je suis perdue quelque part entre le présent et le passé, entre ce lit blanc et une chambre inconnue pleine de bougies et de soie. Les images défilent sans que je pu
Une ligne grise à l'horizon. Puis rose. Puis dorée.La lumière touche son visage. Il est pâle. Trop pâle. Même pour un vampire. Ses lèvres sont décolorées, ses cernes violets.— Non, je souffle. Non, non, non.Je colle mon oreille contre sa poitrine. Je retiens mon souffle. J'écoute.Thump.Un batt







