INICIAR SESIÓNLeoJ'ai vingt-cinq ans. Le monde m'appartient, et il l'ignore.Mon bureau n'est pas une pièce, mais un réseau. Un échafaudage de serveurs dispersés sur le globe, de sociétés-écrans imbriquées, de contacts qui ne connaissent que mon avatar numérique : « Janus ». Je suis le dieu à deux visages, regardant le passé et l'avenir, invisible au présent.La pièce dans laquelle je me trouve est un loft anonyme à Singapour. Une vue sur le port, des murs nus, aucun souvenir personnel. Le luxe est une faille. L'attachement, une faiblesse.Sur mon écran principal, une mosaïque de fenêtres. Cotations boursières en temps réel. Flux d'informations triés par un algorithme que j'ai conçu. Profils psychologiques de dix-sept personnalités influentes, avec leurs peurs, leurs désirs, leurs secrets. Mon jeu d'échecs.Ma mère, Chloé, vit dans une propriété discrète en Nouvelle-Zélande. Protégée. Isolée. Son rôle est terminé. Elle a été l'architecte, la gardienne. Moi, je suis l'opérateur. L'exécutant. Le roi
ChloéDix ans.La cabane est en rondins de cèdre, nichée au cœur des forêts de la Colombie-Britannique. L'air sent la résine et l'humidité. Un ruisseau proche murmure une mélodie constante. C'est un lieu sans nom, hors des cartes, acheté avec les derniers fonds intacts de la fondation, par l'intermédiaire d'un avocat corrompu qui ignore l'identité de ses clients.Leo a quinze ans. Il est grand, mince, ses yeux gris ont hérité de l'intensité perçante de son père. Il ne va pas à l'école. Je suis son unique enseignante. Son curriculum est… particulier.Ce matin, nous sommes assis à la table en bois brut. Devant nous, un ordinateur portable durci, connecté au réseau satellite le plus crypté que l'argent puisse acheter.— Montre-moi, dis-je.Ses doigts volent sur le clavier. Des fenêtres s'ouvrent, affichant des flux de données, des nouvelles, des portraits.— Le sénateur Miller, annonce-t-il, sa voix a mué, elle est grave et calme. Il a voté contre le projet de loi sur la régulation des t
Liam—La pièce est petite, blanchie à la chaux. Une table en métal, deux chaises. L'odeur du désinfectant ne parvient pas à masquer celle de la peur et de la sueur. Ils m'ont laissé ma chemise, mais elle est déchirée et tachée du sang de Markus. Son regard vitreux me hante. Il est mort en me couvrant, une balle perdue dans le chaos de l'assaut.La porte s'ouvre. Un homme entre. Costume sombre, visage impassible. Pas un policier grec. Quelqu'un de plus haut placé. Interpol, sans doute. Ou un service plus discret.— Liam Sorel, dit-il en s'asseyant en face de moi. Ou devrais-je dire… le docteur Liam Sorel ? Votre dossier médical de l'hôpital psychiatrique de Ravensbrück est très instructif.Je ne réponds pas. Je fixe le miroir sans tain. Je sais qu'ils sont nombreux derrière, à observer le monstre.— Où est Chloé Valois ? Où est l'enfant ?Je garde le silence. Chaque minute de retard que je leur offre est une chance pour eux de s'échapper.— Nous avons tout, Sorel. Les comptes. Les enr
ChloéLa communication de Liam a été brusquement coupée. Un dernier mot, étouffé : « Piège ». Puis plus rien. Le silence. L'horloge du bureau semble battre au ralenti, chaque tic-tac un coup de marteau dans le crâne.Leo joue par terre, assemblant des pièces de puzzle complexes. Il lève les yeux vers moi.—Papa est en danger ?Sa voix est étrangement calme. Trop calme.— Non, mon lion. Juste… retardé.Je tente de joindre Markus. Rien. Elara. Rien. Croft. Sa ligne privée est hors service. Le réseau se dérobe. Comme si un virus se propageait, coupant un à un les fils de notre toile.C'est alors que l'alerte arrive. Non pas par nos canaux sécurisés, mais par les médias grand public. Une notification sur mon téléphone, que j'utilise pour surveiller l'actualité.« ALLERTE - INTERPOL : Fuite massive de documents. Implication de personnalités de haut niveau. Affaire dite "de l'Ombre". »Mon sang se glace. J'ouvre le lien. C'est un portail, une page blanche avec un compte à rebours géant : 42
LiamLe repaire d'Anna Petrov est un appartement modeste au quatrième étage d'un immeuble décrépit du quartier de Exarcheia, à Athènes. Un choix judicieux. Un endroit bruyant, anarchiste, où personne ne pose de questions. Markus l'a localisée grâce à une carte SIM piégée insérée dans le téléphone d'un de ses contacts.Je monte les escaliers seul. L'ascenseur est en panne, bien sûr. L'odeur d'urine et de vieux plâtre envahit mes narines. Chaque pas est calculé, silencieux. Markus et ses hommes encerclent le bâtiment. Aucune issue de secours.Je frappe à la porte. Un code convenu : trois coups brefs, une pause, deux coups.La porte s'ouvre sur une chaîne. Un œil, vert et intelligent, me scrute à travers l'entrebâillement.— Vous êtes seul ? demande la voix d'Anna Petrov.— Comme convenu.Elle déverrouille la chaîne et m'invite à entrer. L'appartement est un capharnaüm de dossiers, d'écrans d'ordinateurs, de livres empilés jusqu'au plafond. Mais c'est un désert organisé. Chaque pile a sa
ChloéLa prophétie d'Elara devient une obsession. Ses messages deviennent de plus en plus incohérents, détaillant des visions de sang et de chute. Elle mentionne toujours "l'enfant aux yeux de glace", et maintenant, elle parle d'une "lame qui cherche un cœur". Leo. Elle fixe son nom comme une incantation maléfique.Nous n'avons pas le choix. Liam a raison. Elle est devenue un risque inacceptable. Un risque pour notre œuvre, mais surtout, un risque pour Leo.Markus est chargé de la "convaincre" de prendre une retraite spirituelle. Dans un monastère isolé en Bulgarie, que nous contrôlons grâce à l'un de nos disciples. Elle y sera confinée, coupée du monde. Silenciée.Mais Elara, dans sa folie, a développé une ruse d'animal traqué. Elle sent venir la menace. Elle disparaît d'Istanbul avant que les hommes de Markus n'arrivent. Elle laisse derrière elle un mot, griffonné à la hâte sur un morceau de papier.« Je ne laisserai pas l'Ombre prendre l'Enfant. Je vais chercher la Lumière. »La Lu