Mag-log inLorsque Victor a reçu l’appel de Nino, son premier réflexe a été de se méfier.Aussi, quand celui-ci lui a proposé de se rencontrer, il a refusé sans même y réfléchir à deux fois, prétextant un emploi du temps chargé au bureau.Nino n’a pas insisté.Victor venait à peine de relâcher la pression que son téléphone a sonné de nouveau. Cette fois, c’était Juliette.« On dirait qu’il faut que je m’en charge personnellement », a-t-elle lancé d’un ton léger, presque moqueur, « vous vous faites désirer, hein ? »Ce ton hautain a donné envie à Victor de raccrocher sur-le-champ. Mais elle a rapidement changé d’approche : elle parlait d’excuses, d’un malentendu à éclaircir, d’une discussion en tête-à-tête pour apaiser les choses. Elle a ajouté que Léo refusait de la voir et qu’elle était obligée de lui demander son aide.Ces mots ont fait hésiter Victor.Au travail, lui et Léo formaient un front uni. Mais dans la sphère privée, ils respectaient leur autonomie. Il a fini par accepter le ren
« Tu veux quoi ? » La voix de Léo était glaciale. L’agacement, mêlé à une aversion à peine dissimulée, transparaissait sans détour.Victor venait justement de lui apporter quelque chose à manger. Il observait alors la scène avec inquiétude.Ce que Juliette leur avait fait subir avait été un coup dur. Si elle n’avait pas fini par freiner elle-même l’escalade, les conséquences auraient pu être bien plus graves.Désormais, Victor redoutait réellement cette femme. Il la détestait, mais surtout, il comprenait qu’ils n’étaient pas de taille.Il comprenait aussi la réaction de Léo. Son ami n’avait jamais été du genre à flatter ou à composer. Après ce qu’elle avait fait, sa froideur restait presque mesurée.Victor ne comptait pas intervenir. Il espérait seulement que l’appel se terminerait vite. Moins ils parleraient, moins il y aurait de risques de dérapage.La voix de Juliette a résonné à travers le haut-parleur : « Rien de spécial. Je voulais juste prendre de tes nouvelles. J’espère q
Ce genre de trouble adolescent, cette sensation acide d’un amour contrarié, elle ne l’avait jamais connue. Qu’on la dise insensible ou simplement détachée, peu importait : jamais elle n’avait suffoqué à cause de quelqu’un.Ce premier goût amer l’a poursuivie toute la nuit. Elle a même eu la certitude qu’elle ne dormirait presque pas.Le lendemain matin, son téléphone a sonné. C’était un appel de Léa.La voix claire de cette jeune femme a traversé l’écouteur : « Il s’est passé quelque chose entre toi et Léo ? »Juliette venait à peine de s’endormir depuis moins d’une heure. Malgré la migraine qui lui serrait le crâne, elle s’est redressée aussitôt : « Rien de grave. On a parlé. C’est réglé. »La veille, Victor avait appelé Léa. Il était resté vague, évoquant seulement une dispute sérieuse.Les détails ? Il avait expliqué qu’il gérait des affaires urgentes pour l’entreprise et qu’il n’avait pas tout vu.Léa s’était donc tournée vers son propre frère.Mais Léo avait simplement par
En voyant l’inquiétude fugace traverser le visage de Juliette, Léo a esquissé un sourire : « Tu crois vraiment que je vais t’obéir ? »Si Léa ne comptait pas pour elle, elle aurait déjà ordonné à ses gardes de le rouer de coups jusqu’à l’écraser. Elle ne serait pas là, à négocier.L’admiration de Juliette pour Léa n’avait jamais été un secret. Mais qu’elle soit prête à aller aussi loin pour préserver cette image… même lui ne l’avait pas anticipé.En théorie, cette affection aurait pu servir de terrain d’entente entre eux.Si elle avait su se comporter, il n’aurait peut-être pas gardé ce masque glacial en permanence.Mais elle ? Elle avait choisi l’excès. Au point d’employer des méthodes aussi sordides pour le contraindre.Sa voix est restée calme, mais sa patience était à bout : « Alors… tu comptes t’arrêter, maintenant ? »Sous ses mots, la menace était claire : encore un pas, et Léa saurait tout.Juliette a serré les dents. Elle pouvait se moquer du monde entier, mais elle ne
Ses dents se sont enfoncées brutalement dans la chair, et Juliette a poussé un cri étranglé presque au même instant.La douleur était vive comme une déchirure nette. Son épaule donnait l’impression qu’on venait d’y arracher un morceau de peau. L’odeur métallique du sang s’est répandue aussitôt.Les gardes du corps ont enfin réagi. Ils ont arraché Léo à elle et l’ont violemment projeté au sol.Mais la marque était là.Juliette a porté la main à son épaule, le souffle court, le corps tremblant. À quelques mètres de là, Léo a essuyé le sang au coin de sa bouche d’un revers de main et lui a adressé un sourire froid.Cette provocation lui a donné la chair de poule.Cette bête déjà à terre osait encore mordre ? Et avec une telle violence ?Emma et Nino ont accouru pour la soutenir. À travers ses larmes brouillées, Juliette a baissé les yeux vers l’empreinte nette laissée sur sa peau : la chair ouverte, retournée, hideuse comme une empreinte.Merde ! C’était la première fois qu’on lui
Léo était à terre, le souffle lourd.Il est resté quelques secondes immobile, le temps de reprendre un peu d’air, puis a pris appui sur le sol pour se relever lentement.Même face au regard dévorant de Juliette, il n’a pas cédé. Il a levé la tête vers elle, sans chercher à dissimuler l’aversion nue dans ses yeux.Ce regard, Juliette le connaissait bien. C’était celui qu’elle posait habituellement sur les autres.Mais lorsqu’il s’est posé sur elle, son cœur s’est contracté malgré elle. Ses doigts se sont inconsciemment refermés en poings.Merde ! Depuis quand l’opinion des autres l’atteignait-elle ?Des gens qui la détestaient, il y en avait toujours eu. Elle ne leur accordait aucune importance. Pourquoi, avec Léo, cela devenait-il insupportable ?La réponse était simple : parce qu’il était différent.Les autres calculaient. Ils pesaient le pour et le contre et savaient céder.Lui ? Non !Il était fier, direct, incapable de masquer ce qu’il pensait.Le mépris qu’il lui vouait







