Masuk— OmbrettaNous sommes assis dans la cuisine, cette table entre nous, cette table qui a vu nos disputes, nos silences, nos larmes, et je le regarde, ce visage que je connais par cœur, ce visage qui a vieilli, ces traits qui se sont accusés, ces yeux qui ont vu des choses, et je me dis que c'est un étranger, que c'est un homme que je ne connais plus.— Voilà mes conditions, cette voix qui est posée, cette voix que j'ai préparée, tu viens quand je te le dis, pas quand tu veux, tu ne viens pas à l'improviste, tu ne débarques pas sans prévenir, tu respectes nos horaires, nos habitudes, notre vie.— D'accord.— Luna ne doit pas savoir que tu es son père, pas encore, elle est trop petite, elle ne comprendrait pas, elle a besoin de temps, elle a besoin d'apprendre à te connaître avant de comprendre qui tu es.— D'accord.— Tu ne parles pas de ta famille, tu ne parles pas de Vittoria, tu ne parles pas de cette chose que tu portes, tu ne lui dis rien tant qu
— OmbrettaLe téléphone sonne et je sursaute, cette sonnerie qui me fait peur, cette sonnerie qui m'annonce quelque chose, et je regarde l'écran, ce nom, Matteo, et je me dis que c'est le moment, que c'est maintenant, que les résultats sont là.Je décroche, cette main qui tremble, cette voix qui n'est pas la mienne.— Allô ?— Ombretta, c'est Matteo, les résultats sont arrivés.— Et alors ?Il y a un silence, ce silence qui dure, ce silence qui me tue, et je me dis que je vais mourir, que je ne vais pas pouvoir attendre, que je dois savoir.— Matteo, dis-moi.— Il est positif, cette voix qui est basse, cette voix qui est pleine d'émotion, je suis le père, je suis son père.Je m'assois, cette chaise qui m'attend, cette faiblesse dans mes jambes, et je me dis que je le savais, que je n'avais pas besoin d'un test pour le savoir, mais que c'est différent, que c'est officiel maintenant, que c'est réel, que c'est vrai.— Ombretta, tu es là
— MatteoLe cabinet de l'avocat est froid, ces murs blancs, ces meubles en verre, cette lumière trop vive, et je suis assis sur cette chaise inconfortable, les mains sur les genoux, à attendre, cette attente qui me ronge, cette attente qui me tue.L'avocat est un homme de mon âge, ce costume trop bien coupé, cette poignée de main trop ferme, et il m'explique les choses, ce processus, ces délais, ces résultats, et je hoche la tête, cette chose mécanique, cette chose qui ne pense pas, cette chose qui attend.— Les résultats seront prêts dans trois jours, cette voix qui est neutre, cette voix qui est professionnelle, nous avons fait une demande d'urgence, ce sera rapide.— Trois jours.— Oui, trois jours, c'est le délai minimum, nous avons de la chance, normalement c'est plus long.Je hoche la tête, je me lève, je sors, cette rue qui m'attend, cette ville qui ne me connaît pas, et je me dis que trois jours, c'est une éternité, trois jours, c'est trop,
— Ombretta Je regarde le téléphone posé sur la table, cet appareil noir, cette chose inerte, et je me dis que je n'ai qu'à appuyer sur un bouton, qu'à composer un numéro, qu'à dire oui, et pourtant mes doigts ne bougent pas, cette paralysie qui me tient, cette peur qui me ronge. Matteo est parti il y a une heure, il est allé chercher son avocat, il est allé organiser ce test, ce test que je ne veux pas, ce test que j'ai accepté, ce test qui va tout changer, et je me dis que je suis folle, que je n'aurais pas dû dire oui, que je n'aurais pas dû le laisser entrer dans nos vies. Dario. Ce nom qui me vient, cette bouée à laquelle je me raccroche, ce seul homme en qui j'ai confiance, ce seul homme qui connaît mon histoire, ce seul homme qui peut m'aider, et je prends le téléphone, et je compose son numéro, et j'attends, cette sonnerie qui dure, cette sonnerie qui me paraît une éternité. — Allô ? Sa voix est grave
Je ne réponds pas, je ne sais pas quoi dire, je ne sais pas comment expliquer que je l'ai cherchée, que je n'ai jamais cessé de penser à elle, que je l'aime, que je l'ai toujours aimée, que je veux juste une chance. Luna s'avance, elle sort de l'ombre d'Ombretta, cette petite main qui se lève, cette main qui se tend vers moi, et je la regarde, et je ne bouge pas, cette peur de faire un geste de travers, cette peur de la briser. — Tu veux voir mes dessins ? Sa voix est douce, cette voix qui ne sait pas, cette voix qui n'a pas peur, et je la regarde, et je hoche la tête, cette chose simple, cette chose qui me sauve. — Oui, je veux bien. Elle me prend la main, cette main petite dans la mienne, cette chaleur, cette vie, et elle me tire vers sa chambre, et je la suis, ce pas hésitant, ce pas qui me porte, et je sens le regard d'Ombretta dans mon dos, ce regard qui me dit de faire attention, ce regard qui me dit de ne pas la ble
— MatteoLa porte s'ouvre avant que je frappe, cette chose qui me prend au dépourvu, cette main d'Ombretta sur la poignée, ce visage qui se fige, et derrière elle, dans cet espace de quelques centimètres entre le battant et le chambranle, cette chose que je n'avais vue que de loin, cette chose qui me saute au visage, cette chose qui me coupe le souffle.Luna.Elle est là, à trois mètres de moi, cette petite fille avec ses cheveux bruns attachés en queue de cheval, cette mèche qui s'échappe et qui lui barre la joue, et je la vois vraiment pour la première fois, pas à travers une haie, pas de l'autre côté d'une rue, mais ici, dans cette lumière de fin de journée qui tombe de la fenêtre du couloir, et je sens mes genoux qui fléchissent, cette faiblesse qui me traverse, cette chose qui me dit que je ne rêve pas.Elle a mon front, ce front large et haut que ma mère m'a donné, ce front que je retrouve chez tous les Rinaldi, et elle a mes yeux, ces yeux sombres, c







