登入Arya Les semaines qui suivent sont les plus paisibles de mon existence. Jamais je n'aurais imaginé pouvoir vivre ainsi. Sans corvées, sans coups, sans humiliations quotidiennes. Sans craindre chaque ombre, chaque bruit, chaque regard. Sans avoir faim, sans avoir froid, sans avoir peur. Soren prend soin de moi comme un père prend soin de sa fille retrouvée après une longue absence. Il prépare mes repas avec des plantes et des gibiers qu'il chasse dans la forêt. Il change mes pansements, nettoie mes blessures, veille sur mon sommeil. Il me raconte des histoires du temps passé, de ses années d'Alpha, de mes parents quand ils étaient jeunes et amoureux. — Ta mère avait un rire magnifique, me dit-il un soir, alors que nous sommes assis près du feu. Un rire qui résonnait dans toute la maison, qui faisait tourner les têtes, qui rendait les gens heureux rien qu'à l'entendre. Et ton père... ton pè
Mes doigts tremblent en soulevant le couvercle. À l'intérieur, sur un lit de velours usé par le temps, repose une pierre. Une pierre veinée d'argent, lisse et froide, qui émet une lueur pâle dans la pénombre. Exactement comme la mienne. Exactement comme celle que ma mère m'a glissée dans la main avant de mourir. — La Pierre de Lune, dit Soren. Une relique sacrée, transmise dans ta famille depuis des générations. Ta mère m'a confié celle-ci avant d'être arrêtée. Elle savait qu'elle allait mourir, et elle voulait que la pierre soit en sécurité jusqu'à ce que sa fille vienne la chercher. Je sors ma propre pierre de ma poche, celle qui ne m'a jamais quittée depuis dix ans. Je la compare à celle du coffret. Elles sont identiques. Mêmes veines argentées, même lueur intérieure, même chaleur au creux de la main. Deux sœurs de pierre, réunies après une décennie de séparation. — Il y en a deux ? —
Il s'interrompt, cherchant ses mots. Ses yeux dorés brillent d'une émotion qu'il ne cherche pas à cacher. — Tu es la personne que j'attendais depuis vingt-cinq ans, reprend-il. Sans le savoir, sans le comprendre. La fille de mon amie la plus chère. La preuve que tout n'est pas perdu. Il se lève brusquement, comme s'il en avait trop dit, et va chercher une écuelle en bois près du feu. Il revient avec un bouillon fumant, odorant, qui me fait saliver rien qu'à le sentir. Des herbes flottent à la surface, des morceaux de viande tendre, des légumes racines qui ont mijoté pendant des heures. — Bois, dit-il en m'aidant à me redresser, calant des fourrures derrière mon dos pour me soutenir. C'est un bouillon de lièvre et d'herbes médicinales. Cela te redonnera des forces, et cela ne risque pas de te rendre malade après un si long jeûne. Je bois à petites gorgées, savourant chaque goutte de ce nectar. C'est la première nourriture digne de ce nom que j'avale depuis des semaines. La chaleur
Arya La chaleur. C'est la première chose que je sens. Une chaleur qui n'a rien à voir avec la fièvre ou la brûlure, rien à voir avec le feu ou le soleil. C'est une chaleur douce, enveloppante, apaisante. Une chaleur de fourrures épaisses empilées sur mon corps, de flammes qui crépitent doucement dans un âtre invisible, d'eau chaude qui coule quelque part dans la pénombre. Cela fait si longtemps que je n'ai pas eu chaud. Des semaines, peut-être des mois. Une éternité, en tout cas. J'ouvre les yeux avec difficulté. Mes paupières sont lourdes, collées par le sommeil et la fatigue. La lumière est tamisée, filtrée par des peaux tendues sur les parois d'une grotte. Elle danse, mouvante, projetant des ombres mouvantes sur la roche. Le plafond est bas, à peine à deux mètres au-dessus de ma tête, et des stalactites minuscules pendent comme des doigts de pierre. Où suis-je ? Comment suis-je arrivée ici ? Ma mémoire est un brouillard épais, un marécage de souvenirs confus et d'images
Sans réfléchir, je reprends ma forme humaine. Mes vieux os craquent, mes muscles se réorganisent, ma colonne vertébrale se redresse. La transformation est douloureuse à mon âge, chaque changement de forme est une épreuve pour ce corps qui a trop vécu. Mais je n'y pense même pas. Seule compte cette jeune femme, cette inconnue qui ressemble tant à mon amie disparue.Je me retrouve agenouillé dans la neige, nu comme au premier jour, à côté de cette jeune femme mourante. Le froid mord ma peau, mais je n'y prête aucune attention. Mes doigts tremblants écartent doucement les cheveux de son visage, repoussent les mèches collées par la sueur et la neige fondue.Et là, mon cœur s'arrête pour la deuxième fois.Elara. C'est le visage d'Elara, trait pour trait, à vingt ans près. Les mêmes yeux gris-argent, fermés pour l'instant mais dont je devine la forme exacte. La même bouche fine, les mêmes pommettes hautes, le même menton volontaire. C'est elle, c'est s
La frontière. La fin de mon monde. Le début d'un autre. — Nous y sommes, dit ma louve, et sa voix est empreinte d'une solennité qui me serre le cœur. De l'autre côté, c'est l'inconnu. Le territoire des meutes libres, des solitaires, des bannis. Aucune protection, aucune allégeance. Mais aussi aucune menace directe de la part de Kalkin. Ici, tu n'es plus une Omega de la meute du Nord. Tu n'es plus rien. — Rien, murmuré-je. C'est tout ce que j'ai toujours été. — Non. Tu es Arya. Tu es la fille d'Elara et Fenris. Tu es la mère des Trois Flambeaux. Tu es la Lycan Suprême. Mais ici, dans ce monde nouveau, tu peux choisir qui tu veux être. Personne ne te dictera ta place. Personne ne te réduira à un rang, à une fonction, à une étiquette. Je franchis la ligne invisible sans hésiter. Un pas, un seul, et tout change. L'air est différent. Plus léger, plus pur, comme si un poids invisible venait de s'enl







