ログインLes cuisines sont déjà éveillées. De la fumée s'échappe de la cheminée, et l'odeur du pain frais emplit l'air glacé. Mon estomac se tord de faim. Je n'ai rien mangé depuis la veille de la cérémonie, et encore, c'était un quignon de pain rassis et un fond de soupe froide.Je pousse la porte des cuisines, et la chaleur du fournil me frappe au visage comme une gifle. Elle est presque douloureuse, cette chaleur soudaine après une nuit dans le froid. Mes doigts gourds picotent, mes joues brûlent, des larmes involontaires montent à mes yeux.L'odeur est un supplice. Le pain chaud, le bouillon qui mijote, les herbes aromatiques suspendues aux poutres. Mon estomac se contracte violemment, et je dois me retenir pour ne pas me jeter sur les miches qui refroidissent sur la table.Markus, le chef des cuisines, est le premier à me voir. Son visage rougi par la chaleur des fourneaux se ferme instantanément, comme une porte qui claque. Il pose la louche qu'il t
Je ne sais pas comment. Mes jambes ne me portent plus, mon corps est une ruine, mon âme est un champ de cendres. Mais je me relève quand même. Parce que c'est ce que j'ai toujours fait. Parce que je suis une Omega, et que les Omegas n'ont pas le droit de rester à terre. Parce que si je ne me relève pas, personne ne le fera pour moi. Parce que si je ne me relève pas, les vies dans mon ventre s'éteindront avec moi.Alors je me relève. Et je marche.Je traverse la place déserte en titubant, une main sur ma poitrine à l'endroit où le lien brisé continue de brûler, l'autre main sur mon ventre, là où la vie pulse faiblement. Mes pieds nus laissent des traces sanglantes sur la terre gelée, un chemin de douleur qui traverse le village endormi.Derrière moi, la meute dort. Les fenêtres sont éteintes, les portes closes. Ils ont célébré, ils ont bu, ils ont dansé, et maintenant ils reposent, repus et satisfaits. Pour eux, cette nuit est une victoire. L'ordre a é
Elle hurle sa douleur, sa confusion, sa rage impuissante. Elle hurle pour l'âme sœur qui nous a rejetées, pour les petits qui ne connaîtront jamais leur père, pour la vie qui aurait dû être et qui ne sera jamais. Son hurlement se mêle au mien, ce cri silencieux qui ne passe pas mes lèvres, et nous ne faisons plus qu'une dans cette agonie. La louve blanche et l'Omega. Deux faces d'une même pièce, brisées ensemble, écrasées ensemble, anéanties ensemble.La foule commence à se disperser. J'entends les pas qui s'éloignent, les voix qui s'estompent, le bruit sourd des bottes sur le bois de l'estrade. Des éclats de rire, des murmures satisfaits, des commentaires lancés à la cantonade.— Regardez-la, dit une voix au-dessus de moi. Kira. Sa voix est pleine d'une satisfaction si pure, si totale, qu'elle en est presque obscène. Elle ne s'est même pas relevée. Pathétique. Je te l'avais dit, Dorian. Cette chose n'était pas faite pour toi.J'entends la réponse de Doria
AryaLes mots de Dorian flottent encore dans l'air quand la douleur commence.— Tu n'es pas digne de moi.La phrase résonne, se répercute contre les murs de mon crâne, et pendant une fraction de seconde, il ne se passe rien. Une fraction de seconde où tout est suspendu, où le monde retient son souffle, où je suis encore entière. Je vois le visage de Dorian, ce masque de glace qu'il porte comme un bouclier. Je vois la foule, ce mur de visages hostiles ou indifférents. Je vois Kira, son sourire triomphant qui s'élargit déjà. Je vois Kalkin, ses yeux gris qui brillent d'une satisfaction malsaine.Et puis le lien se brise.Je ne peux pas le voir, mais je le sens. Ce lien d'âme que la Lune a tissé entre nous, ce fil d'argent sacré qui unissait ma poitrine à la sienne, se rompt avec une violence qui dépasse tout ce que j'aurais pu imaginer. Ce n'est pas une coupure nette, une rupture franche et définitive. Non, c'est un déchirement, u
DorianLes mots tombent de mes lèvres comme des pierres dans l'eau.Je les entends résonner sur la place, je les sens se répandre dans la foule, et pourtant, j'ai l'impression que c'est un autre qui les prononce. Un autre qui se tient là, sur cette estrade, face à cette fille à genoux. Un autre qui vient de briser le lien sacré de la Lune.Mais c'est bien moi. Moi, Dorian Vale, Alpha de la Meute du Nord. Moi qui viens de condamner mon âme sœur au néant.Le silence est assourdissant. Personne ne bouge, personne ne parle. Toute la meute est pétrifiée, les yeux fixés sur nous, sur elle. Sur l'Omega agenouillée dans la poussière de l'estrade.Je la regarde. Je ne peux pas m'en empêcher. Ses cheveux noirs sont emmêlés, pleins de brindilles et de feuilles de la forêt. Son visage est tuméfié, couvert de bleus que je ne lui ai pas faits. Ses yeux gris-argent, ces yeux qui m'ont regardé avec tant d'espoir dans la clairière, sont maintenant remplis d'une souffrance que je ne peux pas décrire. U
AryaLa place est noire de monde.Je le vois depuis la lisière de la forêt, cachée derrière un tronc, tremblante de froid et de peur. Toute la meute est rassemblée. Les bannières claquent au vent, les torches jettent des lueurs dansantes sur les visages, et au centre de tout, dominant la foule, se dresse l'estrade de bois où les destins se scellent.La cérémonie de la Lune.Je devrais être là-bas, moi aussi. J'ai dix-huit ans aujourd'hui. Je suis majeure. La Déesse devrait me convoquer, comme elle convoque tous les loups de mon âge. Mais je sais que personne ne m'appellera. Les Omegas n'ont pas leur place dans les cérémonies. Les Omegas restent dans l'ombre, à nettoyer les tables et à vider les pots de chambre.Alors pourquoi suis-je là ?Je ne devrais pas être revenue. J'aurais dû fuir, m'enfoncer plus loin dans la forêt, disparaître à jamais. Mais quelque chose m'a ramenée. Une force que je ne comprends pas, un instinct plus fort que ma raison. La pierre de ma mère, peut-être, qui v







