LOGINC'était toujours comme ça. Les meilleures recrues étaient celles qui avaient peur mais venaient quand même. Celles dont la vie ordinaire pesait si lourd que l'inconnu, même terrifiant, devenait une promesse. Celles qui avaient compris, sans pouvoir le formuler, que la vraie vie était ailleurs, et qu'il fallait parfois traverser l'enfer pour la trouver.
Je l'ai regardée s'arrêter devant la porte, lever la main vers le heurtoir de bron
ELSAJe me réveille dans notre lit.Mon corps est une seule douleur. Chaque cicatrice, chaque coupure, chaque bleu se réveille avec moi, me rappelle ce qui s'est passé. Les coupures sur mes seins, sur mes cuisses, là où le couteau est passé. Les zébrures du fouet sur mon dos, mes fesses, mes cuisses. Les marques des liens sur mes poignets, mes chevilles. Et au fond de moi, la présence de lui, encore, qui me remplit, qui me possède.Mais en dessous de la douleur, il y a autre chose.Une paix.Une plénitude.Le vide a disparu. Rempli. Pour de bon, cette fois. Je le sens dans mon ventre, dans ma poitrine, dans ma gorge. Comme une chaleur qui ne s'éteindra pas. Comme une présence qui ne me quittera plus.Adrien dort encore à côté de moi. Son visage est détendu, apaisé. Ses cicatrices brillent dans la lumi&egr
Elle n'achève pas. Elle n'a pas besoin.— Maintenant, dis-je, la dernière étape. Celle qui va tout fermer. Tout ouvrir. Tout remplir.Je défais ma toge. Mon sexe est dur, dressé vers elle. Elle me regarde, ses yeux brillants de sang, de larmes, de désir.— Je vais entrer en toi, dis-je. Avec le sang. Avec la douleur. Avec tout. Et quand je jouirai, tu jouiras. Et tu seras remplie. De moi. De nous. De ce que tu as toujours cherché.Je me place entre ses cuisses ouvertes. Le sang coule encore, chaud, glissant. Je sens le bout de mon sexe contre son entrée, contre elle, ouverte, humide, brûlante.— Regarde-moi, dis-je.Elle me regarde. Ses yeux plongent dans les miens. Je pousse.J'entre.ELSALa douleur est indescriptible.Pas celle du fouet, pas celle du couteau. Autre chose. Une douleur qui vient de l'intérieur, qu
ELSALa nuit de la pleine lune arrive plus vite que je ne l'aurais cru. Quinze jours à me préparer, à me souvenir, à avoir peur. Quinze jours à sentir la faim revenir, lentement, comme un animal qui se réveille après l'hiver.Ce soir, je suis nue sous une cape noire. Pieds nus. Pas de masque. Je descends l'escalier qui mène à la rotonde, et chaque marche résonne dans ma poitrine comme un battement de cœur.La rotonde est différente, ce soir. Pas de membres, pas de cercle. Seulement Adrien et Lena. Des bougies partout, comme la première fois. L'encens qui brûle, épais, enivrant. L'autel recouvert de noir, pas de rouge. Le noir de l'absence, de la mort, de la renaissance.— Viens, dit Adrien.Il est debout près de l'autel. Il porte une simple toge noire, ouverte sur son torse. Ses cicatrices brillent dans la lumière des bougies.
Le mot me frappe comme un coup de fouet.— Rien ? je répète.— Rien. Les cérémonies, les recrues, les nuits sur l'autel... c'est comme si je regardais de loin. Comme si ce n'était pas moi. Comme si j'étais revenue à ce que j'étais avant. Vide.— Ce n'est pas possible. Ce que tu as vécu, ce que tu es devenue... ça ne s'efface pas.— Ça ne s'efface pas, non. Mais ça peut s'éteindre. Comme une braise qui n'a plus de bois. Je ne sais pas comment le dire autrement.Je m'approche d'elle, je m'assois à ses pieds, je prends ses mains dans les miennes. Elles sont froides.— Qu'est-ce que tu veux ? je demande. Qu'est-ce que tu as besoin ?— Je ne sais pas. C'est ça le pire. Je ne sais pas.Elle pleure. Silencieusement, les larmes coulent sur ses joues sans qu'elle fasse un geste pour les essuyer. Je
Je pousse la porte. Elle grince, résiste, puis s'ouvre.Derrière, une petite pièce ronde, comme la rotonde mais en miniature. Au centre, un autel plus petit, plus ancien, fait d'une pierre noire polie par les ans. Sur l'autel, des objets. Une coupe de cristal, un couteau de silex, un masque de bois sculpté, si vieux que le bois est presque noir.— C'était l'autel de l'ancien, dis-je. Celui qui m'a initié. Avant de construire la rotonde, il officiait ici. Dans le secret, dans la peur. À une époque où le cercle était pourchassé, où nous pouvions finir en prison, à l'asile, au bûcher.Elle s'approche, touche les objets du bout des doigts. Je vois sur son visage le respect, la fascination, la peur.— Pourquoi tu m'emmènes ici ? demande-t-elle.— Parce que c'est ici que tout a commencé. Pour moi, pour lui, pour le cercle. Et p
ELSAAprès, il y a un banquet. Pas dans la rotonde, mais dans la grande salle au-dessus, celle qui sert pour les fêtes. Des tables chargées de nourriture, de vin, de fruits. Les membres enlèvent leurs masques, deviennent des hommes et des femmes ordinaires, avec des noms, des métiers, des vies que je connais maintenant. Le médecin, l'avocate, le libraire, l'étudiante. Des gens comme les autres, qui le soir, deviennent autre chose.Ils viennent me parler, un par un. Ils me félicitent, me serrent la main, m'embrassent. Certains me regardent avec une intensité particulière , ceux qui m'ont vue à l'œuvre pendant les cérémonies, ceux que j'ai guidés, ceux que j'ai touchés. Je sais ce qu'ils attendent. Ce qu'ils espèrent. Ce soir, peut-être. Ou un autre soir. Le désir n'est jamais pressé, ici.Lena est assise dans un co
CéliaIl avance lentement vers le centre de la pièce. Son regard parcourt le plateau à peine touché, puis revient se poser sur moi.— Tu as brisé notre accord. Il y a des conséquences.— Notre accord ?Le rire qui m’échappe est bref et amer.— Tu parles de ce marché sous la menace ? De ce choix ent
CéliaSa bouche sur la mienne est une reprise de possession, un rappel doux-amer de ce que nous venons de traverser. Mon goût y est encore, mêlé au sien. Une intimité violente, acquise. Mes membres sont lourds, mes pensées brouillées, mais la conscience de ce qui va suivre se fait jour, aiguë et gl
CéliaLa salle du petit-déjeuner est un long rectangle baigné d’une lumière froide et tamisée. Les murs sont de pierre nue, le plafond voûté. Une table en chêne massif, qui pourrait accueillir vingt personnes, n’en réunit que deux, aux extrémités opposées. Une mise en scène. Une démonstration de di
CéliaLa pensée me frappe, insidieuse. Je l’avais pressenti, dans sa monstruosité même. Cette surveillance obsessive, ce besoin de tout contrôler, de tout posséder… ce n’est pas le fait d’un homme qui acquiert un simple objet. C’est la fureur retenue de quelqu’un qui a attendu. Qui a manœuvré.Il a







