LOGINLes portes de LUXEN CORE s’ouvrirent, et une foule de personnel se rua aussitôt sur moi. Les informations fusaient déjà dans tous les sens.
« Bonjour, Madame Burrows, voici votre latte. » « Votre premier rendez-vous vous attend déjà dans la salle de conférence. » « Voici son CV. » « Vous avez une réunion à dix heures avec le PDG de BLACKCROWN INDUSTRIES pour la sortie de leur nouvelle marque de montres. » « J’ai également réservé une table chez Rodrigo, au cas où. » Je remerciai rapidement Sheila en buvant une gorgée de mon latte, avant de monter dans l’ascenseur pour rejoindre mon bureau. Mon premier rendez-vous de la matinée était un énième candidat au poste d’assistant personnel. J’avais un peu perdu espoir : tous les profils rencontrés ces dernières semaines s’étaient révélés décevants. La plupart étaient des femmes avec des enfants, rarement disponibles. Or, ce poste exigeait une présence constante. Je m’assis derrière mon bureau et jetai un rapide coup d’œil au CV. Un homme. Intéressant. J’appuyai sur le petit bouton posé sur mon bureau. « Sheila, faites-le entrer. » Trois coups à la porte retentirent, puis Sheila apparut, accompagnée de mon premier rendez-vous de la matinée. « Madame Burrows. » Elle se décala pour le laisser entrer avant de refermer la porte derrière elle. Je levai les yeux de l’écran de mon ordinateur. Il était… exactement à l’opposé de ce à quoi je m’attendais. Brun, les cheveux légèrement en bataille, une paire de lunettes aux montures noires posée sur le nez. Chemise blanche impeccablement repassée, manches boutonnées jusqu’aux poignets. Rien de tape-à-l’œil. Rien d’arrogant. Il avait l’air presque… banal. Et pourtant, quelque chose accrocha immédiatement mon regard. « Asseyez-vous », dis-je en désignant le fauteuil face à mon bureau. Il s’exécuta sans un mot, le dos droit, les mains posées calmement sur ses cuisses. Je pris son CV, même si je l’avais déjà parcouru quelques minutes plus tôt. « Calvin… », commençai-je en lisant. Je relevai les yeux vers lui. « Vous avez une expérience assez variée. » « Oui, Madame », répondit-il d’une voix posée. « J’ai travaillé dans plusieurs environnements exigeants. » Madame. La plupart tentaient le Kate beaucoup trop vite. « Ce poste demande une disponibilité quasi totale », repris-je. « Horaires tardifs, déplacements fréquents, imprévus constants. » « Je suis au courant. » Aucune hésitation ni aucune justification inutile. « Vous n’avez pas d’enfants ? » « Non. » « Des contraintes personnelles ? » « Aucune qui interfère avec mon travail. » Je notai mentalement ses réponses, elles étaient précises et maîtrisées. « Pourquoi ce poste ? » demandai-je finalement. « Avec votre profil, vous pourriez prétendre à autre chose. » Il marqua un court silence, suffisamment long pour paraître réfléchi, mais pas gêné pour autant. « J’aime être efficace », répondit-il. « Et j’aime travailler pour des personnes qui savent ce qu’elles veulent. » Je croisai lentement les bras, il avait du cran. « Et si je vous disais que je suis exigeante, peu patiente, et que je n’apprécie pas les erreurs ? » Un léger sourire effleura ses lèvres. Presque imperceptible. « Alors je vous dirais que c’est exactement pour ça que je suis là. » Je le fixai quelques secondes de plus que nécessaire. Intéressant, en effet. Je reposai son CV sur le bureau et croisai les mains devant moi. « Le poste est à pourvoir immédiatement », dis-je. « Je n’aime pas perdre de temps, ni en faire perdre. » Calvin acquiesça, toujours aussi calme. « Si je vous engage, vous commencerez dès lundi. Vous serez en charge de mon agenda, de mes déplacements, de mes rendez-vous personnels et professionnels. Vous serez également mon principal intermédiaire avec mes équipes. » Je marquai une pause, le fixant droit dans les yeux. « Cela implique de la discrétion absolue. » « Vous pouvez compter sur moi », répondit-il sans la moindre hésitation. Aucune fierté déplacée ni aucune promesse excessive. « Je teste toujours mes assistants pendant un mois », poursuivis-je. « À la moindre erreur, le contrat prend fin. » « C’est entendu. » Je pris alors une décision qui, à ma grande surprise, me sembla parfaitement évidente. « Très bien. Le poste est à vous. » Ses sourcils se haussèrent à peine sans sourire triomphant et aucun soulagement visible de sa part. « Merci, Madame Burrows, je ne vous décevrai pas. » Je me levai, lui indiquant la fin de l’entretien. « Sheila vous expliquera le fonctionnement interne et vous transmettra mon planning. » Il se leva à son tour, lissa machinalement sa chemise et hocha la tête. « Bonne journée, Madame. » « Bonne journée, Calvin. » Lorsqu’il quitta mon bureau, je retournai immédiatement à mon écran, déjà absorbée par la suite de ma journée. Un assistant compétent. J’espérai qu’il serait aussi efficace que pendant l’entretien. Parce que c’est exactement ce dont j’avais besoin. Rien de plus. La journée s’enchaîna sans que je ne voie réellement le temps passer. Réunions, appels, signatures. Les mêmes visages, les mêmes discussions, les mêmes décisions à prendre. Je fonctionnai en pilote automatique, passant d’un dossier à l’autre sans lever la tête. À vingt-deux heures passées, je quittai enfin mon bureau, l’esprit encore saturé de chiffres et d’échéances. Dans la voiture, je consultai mes mails une dernière fois, puis laissai retomber ma tête contre l’appui-tête. Nous avions signé avec BlackCrown Industries, et c’était une opportunité en or. Mais comme souvent, je rentrais tard et en franchissant la porte de la maison, je m’attendais à trouver Susan dans la cuisine. Liam serait déjà couché, comme presque tous les soirs. « Bonsoir, Susan. » Aucune réponse. Je posai mon sac sur le plan de travail et restai figée un instant. « Je suis rentré plus tôt. J’ai libéré Susan pour la soirée. » Doug était là.Point de vue de Calvin Sheila avait débarqué dans mon bureau sans frapper, presque essoufflée. Je m’étais redressé d’un coup et j’avais comme un mauvais pressentiment.Quand elle m’expliqua, je n’avais pas hésité une seconde. Elle n’avait même pas fini sa phrase que je me levais déjà.« L’adresse est dans votre mail, Monsieur Hayas. Daryl vous attend en bas. »Évidemment qu’il m’attendait.Je récupérai ma veste, mon téléphone, et traversai l’open space sous quelques regards curieux. Je les ignorais.Kate pouvait me mettre en colère. Elle pouvait me laisser seul sous des flashs. Mais son fils n’y était pour rien. En bas, la voiture noire était déjà là. Daryl descendit immédiatement pour m’ouvrir la portière arrière.« Monsieur Hayas. »Sa voix était calme, respectueuse. Aucune trace de curiosité dans le regard. Je hochai la tête. « Merci. »La voiture démarra dans un silence feutré. Je regardais la ville défiler derrière la vitre teintée.Elle m’avait laissé sur ce trottoir. Et pourt
Point de vue de Kate Je n’avais pratiquement pas fermé l’œil de la nuit. Pas seulement à cause de la presse ou du comité, mais à cause de lui. Il n’avait jamais été aussi distant.Un rapide coup d’œil à mon réveil. Bien trop tôt pour se lever. Mais je n’arriverai pas à me rendormir. Je m’assis au bord du lit. Tant pis. J’irai plus tôt au bureau. En bas, Susan était déjà dans la cuisine. Elle fut surprise de me voir.« Bonjour Madame Burrows, vous êtes bien matinale. Le petit-déjeuner sera prêt dans vingt minutes. »« Insomnie. Ne vous inquiétez pas, faites comme d’habitude. Je vais prendre une douche. »Sous l’eau, les pensées partaient dans tous les sens. Peut-être que nous pourrons parler ce soir. Liam ne rentre que samedi de chez son père, ce qui me laisse une soirée avec Calvin. Il pourrait peut-être venir ici. Pour changer.Aujourd’hui, j’avais décidé de porter la robe que je portais la première fois où on s’est vus au club. À l’époque où il enfilait le costume de Dean. Et mes L
Point de vue de CalvinQuand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le hall de LUXEN CORE, j’avais l’impression que ma cravate m’empêchait de respirer.Je traversai le hall à grandes enjambées. L’air frais me gifla presque immédiatement. Je desserrai ma cravate et marchai quelques minutes avant de rejoindre ma voiture. En m’installant au volant, tout me retomba dessus.« Putain. »Je frappai le volant du plat de la main.Elle m’a laissé planté sur le trottoir comme un con. Juste après qu’on se soit dit qu’on gérerait ça ensemble. Juste après qu’on ait décidé qu’on ne fuirait pas. Et elle avait fui.Je restai immobile quelques secondes, les mains crispées sur le cuir. À quoi je pensais en m’engageant là-dedans ?Ce poste, c’était une stratégie. Une sortie. Une façon d’assurer à ma mère un peu de stabilité. Et j’étais en train de tout risquer, pour quoi ?Pour finir seul sous des flashs pendant qu’elle disparaît dans une voiture avec chauffeur.Cette femme peut avoir n’importe qui. P
Le lendemain, en montant dans la voiture, j’avais la boule au ventre. Le silence médiatique était presque plus inquiétant que les flashs de la veille mais je savais que ce n’était qu’une question de temps. Comme une vague retenue trop longtemps, prête à rompre sans prévenir.Daryl déclara en me jetant un regard compatissant dans le rétroviseur.« J’ai appelé mon contact dans la presse. Il va bloquer les articles le temps que vous trouviez une solution. Rien ne devrait filtrer pour le moment. »Je le remerciai d’un signe de tête et d’un sourire qui n’arriva pas jusqu’à mes yeux. Putain de paparazzi, putain de comité. Putain de timing surtout.À LUXEN CORE, l’air semblait plus léger. Ou peut-être étais-je simplement plus lourde. Comme si chaque regard pouvait devenir une question silencieuse. Calvin était déjà arrivé quand je franchis les portes vitrées. Il discutait avec Sheila, dossier sous le bras, posture impeccable. Il s’interrompit à peine quand je passai à leur hauteur.« Madame
Je soupirai doucement. Sa question me prit de court. Nous n’avions jamais parlé de ce que nous étions l’un pour l’autre. Jamais vraiment.« C’est une très bonne question », répondis-je en faisant tourner mon verre entre mes doigts.« Puisque nous n’avons jamais abordé le sujet. »Il pencha la tête, presque amusé.« Le sujet ? »Je le fixai sans sourire. « Tu vois exactement où je veux en venir, Calvin. Cesse de faire l’idiot. » Un sourire passa sur ses lèvres.« L’idiot ? » Il se pencha légèrement vers moi « J’aimerais que tu précises. » Je croisai les bras, plus par réflexe que par froideur, il évitait la question.« Qu’est-ce qu’on est exactement ? »Le serveur déposa les assiettes. Nous nous écartâmes légèrement pour lui laisser de l’espace. Dès qu’il s’éloigna, le silence revint, plus dense cette fois.« Tu veux une définition ? » demanda-t-il.« Peut-être que j’aimerais savoir ce que je risque. »Il me regarda longtemps, sans détourner les yeux.« Tu me risques, moi, pour commenc
____________________Mail interne – Service IT.Audit trimestriel des correspondances – procédure standard de conformité.____________________Standard mon cul, ouais !Je relus le message une seconde fois. Puis une troisième. L’audit nous permettra d’y voir plus clair.Je pris mon téléphone.« Mark ? »Sa voix fatiguée répondit après deux sonneries.« Madame Burrows. »« Les audits trimestriels des correspondances… sont déclenchés comment ? » Il y eut un court silence au bout du fil.« En théorie, aléatoires. Pourquoi ? »« En théorie ? » Il hésita un instant avant de reprendre : « Ils peuvent être initiés à la demande du comité en cas de… vigilance accrue. »Je souris légèrement. Quels bande de vautours.« Merci, Mark. » Je raccrochai sans ajouter un mot.Très bien. Ils cherchaient. J’avais raison.Je restai quelques secondes immobile dans mon fauteuil, puis j’appuyai sur l’interphone.« Monsieur Hayas, pourriez-vous passer à mon bureau, s’il vous plaît ? » Sa réponse fut immédiate.
Point de vue de Kate Ses mains. Sa bouche. Je pouvais le sentir. Mon cœur battait fort dans ma poitrine. Mes doigts fermement accrochés à la couverture, je ne voyais que les petites vagues du tissu onduler. Dean.Sa bouche sur mon ventre. Quelle sensation exquise. Ma peau me brûlait, j’en voulais
Point de vue de Calvin Je refermai la porte du bureau de Kate avec la même précision que d’habitude. Je gardai la même démarche, la même posture et je canalisai chaque respiration pour paraître détendu.Je regagnai mon bureau et m’assis calmement. J’ouvris mon carnet à la page encore fraîche d’enc
Le vendredi matin avait cette odeur particulière de fin de semaine. Un mélange de tension résiduelle et de relâchement anticipé.Le seul jour de la semaine où je déjeunais avec mon fils. Et cette fois, j’ai pris le temps. On a pu discuter. Il m’a parlé de l’école et de ses amies, de son enseignant
Le silence retomba progressivement dans l’habitacle tandis que l’on reprenait notre souffle.Je me redressai la première.Je remis ma robe en place, lissai le tissu sur mes cuisses, récupérai mon contrôle. Il m’observait sans parler tandis que je me tournais lui demandant de fermer ma robe. Il n’







