LOGINDebout devant le comptoir, un verre de vin à la main, comme s’il n’était jamais parti.
« Tu rentres tard », constata-t-il. « On a signé avec BlackCrown Industries », répondis-je en retirant mon manteau. « Je ne savais pas que tu serais là. » « J’ai écourté mon déplacement. Félicitations », dit-il en déposant un bref baiser sur mes lèvres. Je hochai simplement la tête, sans savoir quoi ajouter et un silence un peu maladroit s’installa entre nous. « Donc… les affaires marchent ? » demanda-t-il finalement. « Oui. On a plusieurs projets en cours. » Il acquiesça, comme s’il cochait une case invisible. « J’ai prévu de passer le week-end avec Liam », reprit-il. « Profiter un peu de lui. » « Très bien », répondis-je. « Ça lui fera plaisir. » Il me regarda quelques secondes de plus, puis ajouta, sur un ton faussement détaché : « Tu pourrais peut-être te libérer un peu aussi. » Je soutins son regard, sans me justifier. « Oui, ça devrait pouvoir se faire. J’ai engagé un assistant. » Il soupira doucement, sans insister davantage. « Tu lui manques, tu sais. Sa mère lui manque. » « Son père aussi, tu sais. » Pensait-il réellement que j’étais la seule fautive dans tout cela ? J’avais refusé le congé maternité, et Doug ne l’avait jamais compris. Depuis, nous nous étions quelque peu éloignés, et j’appréciais de plus en plus lorsqu’il était en déplacement. « Je te sers un verre ? » demanda-t-il. « Non. Je vais simplement aller me coucher. » « Bonne nuit, Kate. » Je montai les escaliers sans me retourner, consciente que demain, je ne serais rien de plus que « maman ». Je me réveillai plus tard que d’habitude, désorientée quelques secondes avant de me souvenir que nous étions samedi. La lumière du matin filtrait déjà à travers les rideaux, douce, presque trompeuse. Une de ces matinées qui donnent l’illusion que tout va bien. La maison n’était pas silencieuse. Des voix provenaient de la cuisine. Des rires, même. Je me levai et descendis lentement les escaliers. Doug était là, déjà habillé, occupé à retourner des pancakes, pendant que Liam était installé sur le plan de travail, les jambes battant l’air avec excitation. « Maman ! » s’écria-t-il en me voyant. Il sauta presque de son perchoir pour venir se jeter contre moi. Je le rattrapai de justesse, surprise par son énergie. « Doucement », murmurai-je en lui déposant un baiser sur les cheveux. Doug me lança un regard satisfait. « On s’est dit que ça te ferait plaisir de dormir un peu. » « Merci », répondis-je simplement. Je m’installai à table pendant qu’ils terminaient le petit-déjeuner. Liam parlait sans s’arrêter : le parc, le film prévu l’après-midi, la glace promise s’il était sage. Doug hochait la tête, participait, relançait la conversation. Je les observais et, vu d’ici, on avait presque l’air d’une famille parfaite. La matinée se déroula ainsi, rythmée par les activités prévues. Le parc, les rires, les courses maladroites de Liam. Je m’assis sur un banc pendant qu’ils jouaient au ballon, le regard perdu entre eux et les autres familles autour. Des mères attentives. Des pères investis. Un décor auquel j’appartenais sans jamais m’y fondre complètement. L’après-midi passa plus vite. Le cinéma, les pop-corns, la petite main de Liam cherchant parfois la mienne dans le noir. Ce geste, si simple, me réchauffait le cœur. Pourtant, j’étais incapable de lui rendre la pareille. Quand étais-je devenue aussi froide ? Le soir venu, la fatigue s’installa, lourde et persistante. Susan avait été libérée plus tôt, comme prévu. Doug s’occupa du coucher de Liam pendant que je restai dans le couloir, adossée au mur, écoutant sa voix lui lire une histoire. Mon téléphone vibra dans ma main. Connie. L’une des seules amies que j’avais gardées depuis l’université. Elle étudiait les chiffres et, contre toute attente, avait choisi de devenir mère au foyer et semblait y trouver son bonheur. Mais lorsqu’elle m’écrivait, c’était souvent pour s’évader, le temps d’une soirée. Je soupirai en voyant son nom s’afficher à l’écran. Est-ce que moi aussi, j’avais envie de m’évader ? Connie : Ne te défile pas ce soir. Chris garde les enfants, j’ai besoin de sortir ! Je fermai les yeux un instant. Je suis épuisée, tapai-je. Et mariée. En quelque sorte. Connie : Justement. Ce soir, tu n’es ni PDG, ni épouse, ni mère. Juste une femme qui a besoin de respirer. Je laissai mon regard dériver vers Doug, installé au comptoir de la cuisine avec son ordinateur, déjà absorbé par autre chose. « Je vais retrouver Connie », dis-je en passant près de lui. « D’accord », répondit-il sans lever les yeux. « Amuse-toi. » Aucune question. Aucune inquiétude. Je rejoignis Connie devant chez elle.Les chaises raclèrent doucement le sol. Les membres du comité se levèrent les uns après les autres, échangeant quelques mots à voix basse ainsi que quelques poignées de main affirmées, comme si rien d’extraordinaire ne venait de se produire. Edward, lui, resta assis. Il continuait d’observer la pièce avec ce calme imperturbable qui lui était propre, puis posa finalement son regard sur Calvin.« Monsieur Hayas », dit-il. Calvin releva la tête.« Je vous suggère de vider votre bureau et de rejoindre directement votre nouvel étage. »Sa voix resta posée et bienveillante, mais il n’y avait rien de négociable dans le ton.« Votre nouveau contrat vous attendra dans votre boîte mail. »Un léger silence passa avant qu’Edward ne tourne la tête vers moi.« Kate. Faites passer l’annonce interne immédiatement. » Il marqua une courte pause.« Et maintenez la presse à distance autant que possible. » Ses doigts tapotèrent une fois la table.« J’aimerais lire votre communiqué avant sa publication. »
Le silence s’installa dans la pièce comme une chape de plomb. Edward ne me quittait pas des yeux. Harris attendait, les mains toujours croisées devant lui. James, lui, fixait sa tablette, prêt à noter la moindre décision. Et à l’autre bout de la table, Calvin ne bougeait pas. Mais j’étais sûre d’une chose : il ne perdrait pas son poste, du moins pas comme il pouvait l’imaginer.« Très bien. Monsieur Hayas ne restera pas mon assistant. »La phrase tomba dans la pièce comme un coup de massue et tous les regards se tournèrent vers Calvin, qui me regardait avec une expression que je ne parvins pas à déchiffrer. Je poursuivis avant que quelqu’un ne parle.« À partir d’aujourd’hui, Monsieur Hayas ne fera plus partie de mon équipe exécutive. »Je continuai en croisant les doigts devant moi, reprenant exactement la posture qu’avait eue Edward quelques minutes plus tôt.« Je propose sa candidature au poste de directeur stratégique, où ses compétences seront mises en valeur. »Cette fois, le si
Je reposai le téléphone. Et je m’affalai une seconde fois dans mon fauteuil. Ils voulaient un scandale ?Ils allaient avoir une réponse.***J’ai passé la matinée à revoir les communiqués et aucun des deux ne me semble approprié depuis, et pourtant je vais devoir faire une annonce d’ici peu, quand le conseil aura pris sa décision.Neuf heures cinquante. L’heure de la confrontation a sonné.En sortant de mon bureau, le couloir me sembla plus long que d’habitude, ou alors était-ce moi qui marchais plus lentement. Les regards se levaient furtivement à mon passage, puis replongeaient aussitôt sur leur tâche en cours. Personne ne disait rien, en tout cas personne n’osait.Les portes vitrées des salles de réunion reflétaient ma silhouette au fur et à mesure que j’avançais, dans un tailleur aussi noir que les gros titres du jour.Tout ce que j’avais passé ma vie à tenir sous contrôle venait d’exploser. Si vous m’aviez dit cela il y a un mois, je ne l’aurais pas cru.Au bout du couloir, les
_____________________LUXEN CORE : ROMANCE AU SOMMET DE L’EMPIRE BURROWS…La jeune milliardaire et PDG de LUXEN CORE, Kate Burrows, ne se serait visiblement pas laissé abattre bien longtemps après son divorce très médiatisé avec Doug Thomson, fondateur de l’agence Bold Horizon.Selon plusieurs sources internes et des clichés récents obtenus par notre rédaction, la dirigeante new-yorkaise entretiendrait une relation particulièrement proche avec l’un de ses collaborateurs directs : Calvin Hayas, actuellement assistant personnel et stratégique au siège de l’entreprise.Photographiés à plusieurs reprises lors d’événements publics ces dernières semaines, les deux intéressés ont également été aperçus partageant un dîner en tête-à-tête dans un restaurant de Manhattan.Simple relation professionnelle tardive ou proximité plus personnelle ?La question commence à circuler dans les couloirs feutrés de la haute finance new-yorkaise.Car si la vie privée des dirigeants ne concerne en principe que
Le dimanche s’était dissous sans bruit, une journée de calme et de détente avant de se faire dévorer toute crue.Lundi, avant les premières lueurs du soleil, je remuais déjà dans le lit. Ça faisait une heure que je tournais et virais, impossible de me rendormir.Je pris le temps de me préparer avant de descendre. Ce matin, j’avais opté pour un tailleur noir de chez Cavalli. Le noir semblait être la couleur qui correspondrait à cette journée. L’angoisse montait en flèche.Susan était de retour. La maison avait repris son rythme. Miranda pourrait souffler un peu, elle avait été irréprochable, comme toujours.Liam dormait encore, les bras en croix au milieu de son lit. Je restai une seconde dans l’encadrement de la porte à le regarder respirer.Dans la cuisine, l’odeur du petit déjeuner flottait déjà dans l’air.« Bonjour Madame Burrows », dit Susan avec ce sourire un peu fragile des convalescences récentes.Je la détaillai du regard. « Comment allez-vous, Susan ? »« Parfaitement bien.
« Château Margaux 1989 », dis-je avec un sourire.« Le préféré de ton père, si je ne m’abuse. »Je hochai la tête. Il resta silencieux un moment puis sortit deux verres.« Donne, je vais la déboucher. »Le bruit du bouchon résonna doucement dans la pièce, puis il versa le vin avec précaution.Il prit les verres, moi la bouteille, et nous nous dirigeâmes dans le salon. Doug fit tourner le liquide dans son verre avant de lever les yeux vers moi.« Comment tu vas, Kate ? »« Depuis le divorce, tu veux dire ? »Il hocha la tête.« Je crois que je m’en sors bien. »Du moins à la maison, j’avais le sentiment que ça allait, que j’avais repris mes marques. Au travail, c’était autre chose cependant.« Liam m’a beaucoup parlé de Calvin. »Je me raidis un instant. « Ah bon ? »« Il l’aime bien. Est-ce que tous les deux vous… »Il laissa sa phrase en suspens, ne sachant pas trop s’il pouvait se permettre une question aussi intime après sa liaison avec Christine.« Oui. Ça risque de sortir dans la
Sa main glissa le long de ma cuisse, pour les écarter davantage. « Tu sais exactement ce que tu fais. »Je souris. « Oui. »D’un geste moins retenu, il envoya le peu de tissu qu’il nous restait rejoindre sa chemise au sol.Ses doigts s’entremêlèrent aux miens, les guidant au-dessus de ma tête, tan
Point de vue de Calvin Les bureaux se vidaient lentement et à dix-neuf heures passées, l’étage était presque silencieux. Les néons des open spaces s’éteignaient les uns après les autres et les lumières de la nuit se reflétaient dans les vitres.Je savais pourtant qu’elle était encore là.Quand je
Je restai debout quelques secondes après son départ.Le silence dans mon bureau était devenu presque trop net. Comme si rien d’étrange ne venait de se produire.Je retournai derrière mon bureau, m’assis, posai les mains à plat sur le bois.Respire, Kate.Mon regard tomba sur ma main gauche. Mon all
Le silence retomba progressivement dans l’habitacle tandis que l’on reprenait notre souffle.Je me redressai la première.Je remis ma robe en place, lissai le tissu sur mes cuisses, récupérai mon contrôle. Il m’observait sans parler tandis que je me tournais lui demandant de fermer ma robe. Il n’







