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Chapitre 03: LA DISCUSSION QUE JE N'AI JAMAIS VOULU AVOIR

Author: Lucentia
last update Last Updated: 2025-11-27 19:08:28

Je ne sais pas ce qui a été le plus violent :

La présence de Jason dans mon salon.

Ou celle de Natalie… qui s'était avancé jusqu'à ses côtés.

Elle était là.

Devant moi.

Comme si elle avait le droit d’être ici.

Comme si elle avait quelque chose à m’expliquer.

Comme si elle n’était pas la raison pour laquelle mon cœur était en train de se briser encore plus, seconde après seconde.

Je crois que le silence a duré longtemps.

Ou peut-être que non.

Je ne sais plus.

Le temps n’avait plus de forme, plus de sens.

Tout était confus dans ma tête.

Jason la regarda avec un air que je n’avais jamais vu.

Un air que je n’avais jamais reçu de lui.

Un de ces regards qui disent tout sans rien dire.

Et tout en moi s’est effondré encore une fois.

Natalie inspira.

Ses yeux brillaient, mais pas de honte.

Je crois qu’elle avait peur.

Ou peut-être qu’elle jouait.

Je n’arrivais même pas à savoir.

— Claire… murmura-t-elle. Je… je voulais te parler avant. Je voulais t’expliquer.

J’ai ri. Pas un vrai rire.

Un rire qui vient d’un endroit cassé.

Un rire qui sonne faux.

Un rire qui dit : “J’ai trop mal pour être encore calme.”

— M’expliquer quoi ? soufflai-je. Que tu couches avec mon mari depuis près d'un an ? Ou que tu as signé un document qui détruit ma vie dans mon dos ?

Elle a serré sa sacoche comme si elle cherchait un refuge dedans.

— Ce n’est pas comme ça…

— Natalie, arrête, ai-je coupé d’une voix que moi-même je ne reconnaissais pas. Arrête. Juste… arrête.

Jason leva les yeux au ciel.

— Je t’ai dit qu’on pouvait régler ça calmement…

Je me suis retournée vers lui.

Et je crois que c’est là que quelque chose a changé en moi.

Un truc profond.

Un truc que même lui n’a pas compris.

— Jason… tu vas te taire.

Il ouvrit légèrement bouche, surpris. Les sourcils froncés.

Mais je ne l’ai pas laissé parler.

— Natalie et toi… vous avez déjà eu tous les mots du monde pour me mentir. Maintenant c’est à moi de parler.

Je me suis tournée vers mon amie.

Mon ancienne amie.

La seule personne à qui je me confiais.

La personne qui savait quand je pleurais sous la douche.

Celle qui savait quand j’avais mal.

Celle qui prétendait me défendre.

Celle qui me disait :

« Je serai toujours là. »

Je l’ai fixée longtemps.

Assez pour qu’elle baisse les yeux la première.

— Pourquoi ? demandai-je.

Elle a dégluti.

— Claire…

— Pourquoi ? répétai-je, plus fort.

Elle respira longuement, comme si elle devait se préparer.

— Je… je ne voulais pas que ça arrive comme ça. Je t’assure. Jason et toi… vous étiez déjà…

— Détruits ? finis-je à sa place.

Elle hocha la tête.

— Oui. Votre couple… il ne fonctionnait plus depuis longtemps. Et d'ailleurs, il n'a jamais fonctionné Claire.

Je me suis approchée d’elle.

Lentement.

Très lentement.

— Et c’est pour ça que tu m’as remplacé ? murmurai-je.

Elle leva la tête d’un coup.

— Non ! Je ne t’ai pas remplacée ! Claire, ce n’est pas comme ça que…

Je levai la main.

— Ne mens plus. S’il te plaît. Pas maintenant. Pas aujourd’hui. Pas après ce que je viens d’apprendre.

Elle resta immobile.

Jason aussi.

On aurait dit deux statues.

Deux statues coupables.

J’ai continué :

— Quand tu me disais de partir… c’était pour lui laisser la place, c’est ça ?

Elle ferma les yeux.

Jason regarda ailleurs.

— Et quand tu me disais que j’allais “retrouver le bonheur”… tu parlais de quoi ? De te voir prendre ma place dans ma propre vie ?

Elle vacilla.

— Claire… je t’aime. Tu es ma sœur. Je voulais ton bien.

Je me suis avancée encore.

A un centimètre d’elle.

— Si tu m’aimais… tu ne serais jamais tombée amoureuse de mon mari.

Elle ouvrit la bouche… mais aucun son ne sortit.

Son visage devint rouge.

Puis blanc.

Jason souffla, agacé.

— Claire, on va pas rester dix ans là-dessus, hein. C’est arrivé. On ne peut plus changer ça. Maintenant, il faut être adulte.

Je me suis tournée vers lui.

Lentement.

Très lentement.

Comme si mon corps menaçait d’exploser.

— “Adulte” ? répétai-je doucement.

Il haussa les épaules.

— Oui. T’es dramatique. Comme d’habitude.

Je n’ai pas crié.

Je n’ai pas pleuré.

Je n’ai pas tremblé.

Non.

J’ai juste souri.

Un petit sourire.

Un sourire fatigué.

Un sourire déchiré.

— Jason… tu sais ce qui est drôle ?

Il fronça les sourcils.

— C’est que tu viens de me libérer. Sans même t’en rendre compte.

Il haussa les épaules comme si ça ne changeait rien pour lui.

Mais moi, au fond…

je venais de comprendre quelque chose.

J’avais mal.

Très mal.

Une douleur que je n’avais jamais ressentie.

Mais sous la douleur…

sous les larmes…

il y avait une autre sensation.

Comme une porte qui s'ouvre.

Une sensation que je n’avais jamais connue dans ma vie.

Un début de force.

Natalie me regardait, perdue.

— Claire… je veux juste te parler. Je veux t’expliquer comment c’est arrivé. Ce n’était pas prévu… Jason et moi… on a juste… on a juste…

— Assez, ai-je coupé.

Je serrai la feuille du divorce dans ma main.

— Je ne veux pas de tes explications. Je ne veux plus de tes justifications. Et je ne veux plus de toi dans ma vie.

Elle recula d’un pas.

Comme si mes mots venaient de la gifler.

Jason soupira.

— Bon. Alors c’est clair. On divorce. Ça nous arrangera tous les trois.

Je me tournai vers lui.

Et je crois qu’à ce moment-là, mon cœur a cessé de saigner pour la première fois de la journée.

— Non, Jason. Ça t’arrangera toi et elle. Pas moi.

Je repris mon souffle.

— Mais tu sais quoi ? Je vais signer. Je vais signer parce que je n’ai plus envie d’être l’ombre de ma propre vie. Je vais signer parce que j’en ai assez de pleurer pour quelqu’un qui n’a jamais su m’aimer. Je vais signer parce que j’en ai marre de t’attendre, de te pardonner, de te protéger. Je vais signer parce que je vaux plus que ça.

Natalie porta la main à sa bouche.

Jason resta de marbre.

Il ne comprenait pas.

Je posai le document sur la table.

— Mais je signerai quand je serai prête. Pas quand tu le veux. Pas quand elle le veut.

Natalie pleurait maintenant.

De vraies larmes.

Ou peut-être des larmes calculées.

Je ne savais plus la différence avec elle.

— Claire… s’il te plaît…

Je fis un geste pour qu’elle se taise.

— Sors de chez moi.

Elle cligna des yeux, surprise.

— Claire…

— Sors. Maintenant.

Elle se tourna vers Jason comme si elle cherchait du soutien.

Mais Jason ne bougea pas.

Ou peut-être qu’il s’en moquait.

Il était toujours bon pour abandonner au mauvais moment.

Finalement, Natalie murmura :

— Je suis désolée…

Je secouai la tête.

— Non. Tu ne l’es pas.

Elle baissa les yeux.

Puis elle sortit.

La porte se referma.

Et quand elle claqua… c’est comme si quelque chose claquait aussi en moi.

Jason resta planté là, au milieu du salon.

— Bon. Je vais y aller aussi, dit-il d’une voix neutre. On reparlera de tout ça demain.

Je ne répondis pas.

Il sortit à son tour.

Quand la maison redevint silencieuse,

j’ai senti mes jambes se dérober.

Je suis tombée sur le canapé.

Je n’ai pas pleuré.

Pas cette fois.

Je suis juste restée là…

à respirer comme quelqu’un qui revient d’un accident.

Puis, j’ai senti quelque chose.

Un sentiment étrange.

Un sentiment que je n’avais jamais vraiment eu.

Pas encore de la force.

Mais… un début.

Un tout petit début.

J’ai levé les yeux vers le plafond.

Et c’est à cet instant précis que mon téléphone a vibré.

Je l’ai pris.

Mes mains tremblaient encore.

Un numéro inconnu.

Un message court.

Juste quelques mots.

« Je suis devant ta maison. J’ai quelque chose d’important à te dire. — Ayman »

Je suis restée figée.

Ayman.

L’ami d’enfance de Jason.

Le seul du groupe qui m’avait toujours regardée avec gentillesse.

Le seul qui m’avait parlé comme si j’existais vraiment.

Le seul qui posait des questions quand il voyait que je n’allais pas bien.

Le seul…

qui avait disparu de nos vies depuis quelques mois, sans donner d’explications.

Pourquoi maintenant ?

Pourquoi lui ?

Pourquoi ce message ?

Et que voulait-il me dire…

à cet instant précis ?

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