Mag-log inPOV : Alima
Les résultats du contrôle de cardiologie tombent un mardi matin, affichés sur le portail étudiant entre deux cours, et je reste un instant plantée devant l'écran de mon téléphone, incrédule devant le chiffre qui s'affiche. Dix-huit sur vingt. La meilleure note de toute la promotion, d'après le classement qui s'affiche juste
POV AlimaLe salon du pavillon de chasse est une pièce basse, lambrissée de pin, éclairée par une cheminée où brûlent trois bûches de bouleau. Des têtes de cerfs empaillées pendent aux murs, leurs yeux de verre luisant dans la lueur des flammes. Au milieu, sur un canapé de cuir fendillé, un vieillard est renversé en arrière, la bouche ouverte, les mains crispées sur son plaid. Fiodor Bariatinski.Je reconnais le tableau avant d'avoir franchi le seuil, avec cette lucidité glacée qui me prend aux urgences. Cyanose des lèvres et des ongles. Tirage sus-sternal, creux du cou qui se creuse à chaque inspiration. Sueurs. Un râle humide, bruyant, qui s'entend de la porte, comme un bruit de bulles dans une casserole. Du coin de
POV AlimaIl y a une odeur de laine mouillée dans le sac qu'on m'a mis sur la tête.Je la reconnais avant toute autre chose : suint, neige fondue, tabac froid. Le tissu est épais, rugueux, collé à mes lèvres par mon propre souffle. Mes poignets sont liés devant moi par un lien de plastique qui me mord la peau. Je suis assise sur une banquette de cuir, entre deux corps durs, dont l'un sent l'huile à fusil. La voiture roule vite, sur une route qui monte, descend, tourne. Je ne vois rien. J'entends tout.Compte.C'est le dernier mot que j'ai dit à mon père, et je me l'applique à moi-même. Je compte mon pouls, d'abord. Quatre-vingt-seize. Trop vite. Je ralentis ma respiration, comme on le fait avant de piquer une veine difficile : inspirer sur quatre temps, retenir deux, expirer sur six. Quatre-vingt-dix. Quatre-vingt-cinq. Je compte les minutes ensuite, en m'appuyant sur ce battement régulier qui devient mon horloge. À chaque virage à gauche, un doigt levé. À chaque virage à droite, un a
POV NikolaiLe noir tombe dans mon casque comme une dalle.Un claquement sec, très net. Puis rien. Plus de souffle, plus de grésillement, plus de voix, plus de cloche. Seulement, au fond de l'oreille, ce bourdonnement de mer qu'on entend après le silence d'un orage. Je tire le casque de mes cheveux, je le jette sur la caisse. Ma main tremble. Je ne m'en suis pas aperçu.— Vadim, dis-je dans le micro. Vadim.Rien.Pacha s'est dressé comme un ressort. Grigori a pris le volant, sans un mot, la clef de contact déjà dans la main. Vania, voûté sur son ordinateur, fixe un écran qui ne montre plus qu'une ligne droite, d'un vert laiteux. Dans la for&ec
POV AlimaIls avancent sans hâte.Trente hommes en noir se détachent des rayonnages, un à un, en demi-cercle, avec la lenteur calculée de ceux qui savent que la peur est plus efficace que la course. Leurs bottes claquent sur le parquet, dans le silence de la salle des Clefs. Je vois les chefs de famille se rejeter en arrière dans leurs fauteuils. Une femme porte la main à sa bouche. Tatiana Golitsyne serre le pommeau de sa canne comme une épée. Au fond, derrière un rideau de bougies, Andreï se redresse, très blanc, les doigts crispés sur le rebord de la table.Je ne bouge pas. J'ai la clef dans ma main droite, la chaîne enroulée autour de mon poignet. Dans ma poche, la montre de Nikolai bat son petit cœur de
POV AlimaJe compte jusqu'à dix, et c'est Kirill qui cède le premier.Il se tient debout au milieu du fer à cheval, les mains jointes devant lui, au milieu des éclats de porcelaine et des flaques de thé. Derrière lui, alignés le long des rayonnages de chêne noirci, une trentaine d'hommes en uniforme sombre, immobiles, les bras le long du corps, des armes pendues à la ceinture. Dans l'air flotte l'odeur lourde du thé répandu, mêlée à celle de la cire des bougies et de la peur, cette odeur aigre que je reconnaîtrais entre mille dans les couloirs des urgences.— Vous avez raison, madame, dit-il enfin, d'une voix très douce. Personne ne sort sans avoir voté.
POV NikolaiCinq cents mètres, c'est la distance exacte entre un homme et le reste de sa vie.Je les ai mesurés moi-même, ce matin, avec la montre de mon père, en suivant du regard le chemin de neige qui monte de la route de Peredelkino à une crête boisée. De l'autre côté de cette crête, derrière un rideau de bouleaux nus, le toit noir de la dacha dépasse à peine, comme le dos d'un animal accroupi. Nous sommes quatre dans le fourgon de livraison qui nous sert de poste de commandement. Grigori, assis à l'avant, jumelles sur les genoux. Pacha, à l'arrière, un fusil de chasse entre les jambes, dont il lisse le canon du pouce comme on caresse un chat. Vania, voûté sur un ordinateur portable, enveloppé dans une couverture. Et moi,







