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CHAPITRE 5 PRELUDE AU COMBAT

ผู้เขียน: Edouard Peschard
last update วันที่เผยแพร่: 2021-11-22 16:05:49

CHAPITRE 5

PRELUDE AU COMBAT

Saint Rocher, royaume de Windbridge

Dariann, Alvina et Joachim parvinrent enfin aux faubourgs de Saint Rocher. Pas un bruit, pas un badaud dans les rues alors que ces quartiers étaient réputés pour ne jamais dormir, l’animation ne s’éteignant quasiment jamais. Même les maisons de passe étaient closes. Un chat miaula.

— Je ne sais pas ce qu’il se passe, dit Joachim mais je crains le pire. Ce silence n’est pas naturel.

Dariann acquiesça, bien conscient que tout cela n’était pas normal. La main d’Alvina se resserra sur celle de son compagnon.

— Allons chez mon oncle, proposa Joachim.

Le vieil homme ne dormait pas. Il s’inquiétait pour Joachim, la seule famille qui lui restait. Quand la porte s’ouvrit sur les trois jeunes gens, il fut soulagé. Il leur proposa une tisane dont il avait le secret.

— C’est la guerre, annonça-t-il avant même d’être assailli de questions.

Il laissa son auditoire coi.

— Avec qui sommes-nous en guerre ? demanda Dariann, toujours sous le choc.

— Avec les cités des Terres Extrêmes : Ludge, Narx et Brewan.

— Tu vas te battre ? demanda Joachim à son oncle, la seule famille qu’il lui restait.

— Dieu merci, non !

À Windbridge, selon la législation en vigueur, les jeunes hommes ne pouvaient s’enrôler avant d’avoir atteint l’âge de dix-huit ans, sauf s’ils obtenaient une dérogation royale ou comtale, ce qui n’était pas fréquent. Les hommes âgés de plus de cinquante ans n’étaient pas mobilisables, ce qui était le cas de Will.

Soulagé, Joachim serra son oncle contre lui. Dariann et Alvina prirent congé de leur ami pour se rendre au palais. Ce dernier était en effervescence et le jeune homme ne parvint pas à avoir une entrevue avec son père. Alors qu’il raccompagnait Alvina à ses appartements, une idée fixe s’insinua en lui. Cela ne plairait sans doute pas à sa petite amie et encore moins à sa mère, mais si un jour, il voulait succéder à son père, il lui faudrait prouver à tous ce dont il était capable. Et c’était plus fort que lui. Il avait beau se dire que c’était dangereux, son sang bouillonnait à l’idée de partir se battre. Maintenant qu’il y réfléchissait, ce n’était pas la première fois que cela se produisait. C’était décidé, dès le jour suivant, il convaincrait son père de le laisser l’accompagner.

***

Le port de Saint Rocher, la crique des Pirates, était très animé en cette fin de matinée. En général, une trentaine de bateaux balançaient leurs silhouettes élancées sur les eaux calmes. Aujourd’hui, une flotte se profilait à l’horizon et une foule hétéroclite s’était agglutinée sur la grève. De même, sur les vaisseaux amarrés aux pontons, des hommes s’affairaient. Les uns nettoyaient le pont, tandis que les autres vérifiaient la solidité des cordages. Tout devait être prêt pour le lendemain, jour du grand départ.

Il avait été entendu que les navires de Port de l’Eau n’accosteraient qu’en fin d’après-midi. Saint Rocher était donc en effervescence. Toutes les tavernes et les auberges de la région étaient réservées pour les soldats et les marins.

Les cités de Brewan, de Ludge et de Narx étaient situées sous des cieux cléments et avaient toujours plus ou moins dépendu du continent. Cependant, ces dernières apportaient à l’ensemble du royaume de la soie, mais aussi le blé, nécessaire en temps de pénurie, à la survie de Windbridge. Les relations avaient été jusqu’alors amicales, mais quelque chose avait dû se passer : un simple incident avait dégénéré, un simple incident commercial lorsqu’un marchand de Port de l’Eau avait critiqué la qualité douteuse d’un chargement de soie. Louan, le comte de Brewan, avait aussitôt relevé l’insulte et les espions de Troan avaient depuis lors remarqué une curieuse agitation sur le bout du royaume.

On reconnaissait la provenance de la flotte au pavillon. Mandrace et Zwen étaient sur le quai. Ce dernier souriait fièrement à son fils qui se tenait à la proue. Le navire de tête accosta. La passerelle fut mise en place. Florian descendit. C’était un jeune homme grand, élancé, âgé d’un peu plus de dix-neuf ans à la longue tignasse blonde. Il serra la main de Mandrace.

— Je vois que vos vaisseaux sont également prêts, dit-il à son hôte.

— Effectivement. Mais allons discuter au palais, nous y serons plus à l’aise.

Père et fils acquiescèrent et suivirent le maître des lieux. Ils montèrent à cheval et se dirigèrent vers la demeure comtale.

***

Mandrace et ses hôtes devisaient stratégie quand on frappa à la porte.

— Entrez, dit Mandrace d’une voix forte.

Marn se tenait sur le pas de la porte.

— Père, je voudrais vous accompagner, demanda-t-il d’emblée. Je sais me battre et…

— Non, mon fils ! Bien que cet acte de bravoure honore mon image de père, et que je ressente beaucoup de fierté, je ne peux t’autoriser à m’accompagner. Tu es bien trop jeune et inexpérimenté. Tu dois rester à Saint Rocher et veiller sur ta mère et ton frère.

Marn fit la moue, ce qui amusa Florian, car il se souvenait qu’à seize ans, lui également avait voulu partir se battre, mais l’occasion lui avait fait défaut, et avec le temps, il avait remercié les dieux de l’avoir habitué à la paix. À présent, il était plongé dans la tourmente d’un conflit qui voyait s’opposer les hommes d’un même royaume. Une lutte fratricide !

Marn se retira la mine basse. Les trois hommes se replongèrent dans leur conversation, et la journée s’écoula lentement.

En fin d’après-midi, des trompettes retentirent, annonçant l’arrivée d’un grand personnage. Mandrace vint accueillir le Premier Rent. Environ une heure auparavant, les quarante trières de Port de l’Eau avaient accosté à la crique des Pirates, et John, comte de Port de l’Eau, se tenait auprès de Mandrace, de Zwen et de Florian. Edmond, un homme massif et d’aspect austère, vint saluer les quatre hommes. Il les suivit et ils s’enfermèrent dans le bureau de Mandrace.

— Alors, comment se déroulent les préparatifs ? questionna-t-il.

— Bien, annonça Mandrace.

— Le roi et moi-même tenons à vous remercier de votre collaboration à tous, dans de si brèves échéances et en de si tragiques circonstances. Les comtes de Lewan et Fulwan fournissent un contingent d’hommes qui devraient arriver d’ici à demain à l’aube. Je sais que nous exigeons beaucoup de vous, c’est pour cela que je tenais ainsi à vous féliciter en personne.

— Comme nous n’avions pas le temps nécessaire pour rassembler une flotte plus nombreuse, j’ai de mon côté pris une initiative, annonça Mandrace.

— Laquelle ? demanda une voix puissante derrière le comte.

Mandrace se retourna brusquement. Hector III se tenait là. Âgé d’environ quarante-cinq ans, sa longue chevelure noire commençait à se parer de fils argentés et encadrait un visage pâle. Un faible sourire éclaira cependant son visage, quand Mandrace et ses confrères s’agenouillèrent.

— Relevez-vous, mes amis, dit-il. Nous devons discuter, et j’ai hâte de savoir quelle est cette idée que vous alliez nous exposer, Mandrace. 

Le comte sourit.

— Vous nous avez demandé de lever plus d’hommes, c’est ce que j’ai fait, dit-il avec un sourire énigmatique, avant d’exposer en détails son plan.

Hector, satisfait, gratifia son vassal d’un sourire, émotion dont il était avare ces derniers temps.

— Je ne comprends réellement pas ce que veulent nos compatriotes, lança John.

— À vrai dire, nous l’ignorons tous. Nos espions disent qu’ils possèdent une arme secrète, mais ils ne parviennent pas à percer ce mystère.

— Peut-être sont-ils entrés en contact avec Denys de Sarrat ? avança Mandrace.

— Nous y avons également pensé, annonça Hector. C’est une éventualité. Chacun sait que New Bay est le port le plus puissant du monde. Malgré tout, j’ai du mal à croire que ce dernier soit ainsi prêt à rompre les fragiles relations diplomatiques que nous avons tissées. Cependant, c’est pour cette raison que nous avons voulu ainsi gonfler nos effectifs. Votre idée, Mandrace, si elle fonctionne, peut nous sauver la vie.

— Je n’aime pas les jeux de hasard, surtout quand des vies d’hommes sont en jeu, mais je suis prêt à confier mon existence et celle de mes hommes à Yuan.

Hector acquiesça.

— Une seconde hypothèse nous est parvenue par l’intermédiaire des espions : certains nous ont rapporté que l’agitation était antérieure à l’affaire de la soie. Cela ne peut signifier qu’une chose : cette révolte n’est pas due à l’incident diplomatique. C’est une révolte mûrement réfléchie, mise en place dans le seul but de nuire au royaume. Je vous demanderai donc d’être sans pitié avec nos adversaires. En ce moment, ils doivent être au courant de nos préparatifs. Si Denys est de leur côté, j’imagine que notre rapidité d’intervention le laissera sur la touche.

— Et si nous nous trompions ? proposa John. Si leur arme n’était pas une alliance, mais une machine de mort, utilisant la magie ou encore…

— Géron ait notre âme en ce cas, annonça Hector d’un ton morne. Mais nos espions sont formels sur au moins un point : l’instigateur de la révolte, dit-il se tournant vers Mandrace, c’est Louan. Je suis désolé. Je sais à quel point cela va être dur pour vous-même et votre épouse, mais je tenais à vous le dire.

— Je vous remercie, Votre Majesté, pour toute la délicatesse dont vous faites preuve à mon égard. Connaissant parfaitement Louan, dit-il se tournant vers les autres comtes, le combat sera serré.

Mandrace et Louan se connaissaient depuis leur plus tendre enfance. Louan était le fils du défunt Drew et le frère de Lénia. À la mort de leur père, Louan qui tenait le comté de Brewan de son vieil oncle, avait prétendu à la succession de Fulwan. Mais c’est Shaw, un homme qui avait épousé une bâtarde de Drew, qui obtint le comté, coiffant Louan au poteau. En effet, Louan étant déjà titulaire d’un comté n’était plus prioritaire selon les lois successorales en vigueur à Windbridge, et Drew sur son lit de mort avait reconnu cette seconde fille. Aussi pensait-il par ce geste salutaire que la porte du grand Azu s’ouvrirait plus facilement. Louan s’était fâché avec Lénia qui selon lui ne l’avait pas assez soutenu, mais était resté fidèle cependant à Hector.

— Attendons-nous à passer des moments difficiles, conclut le comte Mandrace après avoir expliqué à ses compatriotes les différentes techniques de combat utilisées par Louan.

Edmond et Hector acquiescèrent. Ils se levèrent. 

— Reposons-nous, car dans les prochains jours se jouera le sort du royaume.

Les hommes sortirent de la pièce selon le protocole en vigueur à Windbridge : d’abord venait le Roi, suivi de près par son premier Rent. À leur suite, John, Zw en, Florian. Mandrace, comte de Saint Rocher et hôte, fermait la marche.

***

Mandrace, soucieux, regardait le ciel. Dans deux jours, peut-être, serait-il mort ? Aussi aurait-il voulu revoir son meilleur ami une dernière fois et en d’autres circonstances. Sa femme s’approcha de lui et l’embrassa.

— À quoi penses-tu ? demanda-t-elle.

— Au banquet que nous donnons dans une demi-heure.

— Je ne te crois pas, tu pensais à cette bataille que vous allez livrer. Dis-moi quel est le rôle de mon frère dans celle-ci ?

— Il en est l’instigateur.

Lénia le regarda d’un air grave. Il la serra contre lui.

— Tu ne peux savoir à quel point cela me navre. Je suis désolé pour toi, je suis désolé pour notre amitié.

Elle se jeta dans les bras de son époux où elle pleura.

***

Dariann n’était pas sorti de ses appartements de la journée, trop occupé à essayer de comprendre ces étranges émotions qui étaient nées en lui après avoir appris que la guerre menaçait. Si un instant, il était resté coi, rapidement, il avait compris qu’il ne désirait qu’une chose : se battre pour le royaume. Il le savait : il n’avait pas encore dix-huit ans et par conséquent, il lui fallait une dérogation royale ou comtale. Toute la nuit et une bonne partie de la journée, il avait échaffaudé mille arguments, tous trop facilement démontables. Après tout qu’avait-il à perdre ? Il devait voir son père avant le repas. Il enfila sa tunique. Alors qu’il mettait son pantalon, il constata que sa cheville ne le faisait plus souffrir et même mieux que cela, toute trace des dents du piège, imprimées encore hier soir dans sa chair, avaient disparu. Quel était ce maléfice ? Il aurait tout loisir de comprendre ce qu’il en était plus tard. Après avoir vérifié que sa tenue de cérémonie était impeccable, il prit son courage à deux mains et se rendit jusqu’aux appartements de ses parents. Il frappa à la porte. Mandrace ouvrit et le garçon entra. Il se tint face à son père, tandis que Lénia était assise sur le lit.

— Père, je dois te parler. Maman, tu es également concernée.

La femme leva ses yeux embués de larmes vers son fils, s’attendant sans doute à une autre mauvaise nouvelle.

— Je t’écoute, lui dit Mandrace en lui posant une main sur l’épaule.

— Je veux vous accompagner demain. Je veux me battre à tes côtés et à ceux de notre roi. Je vais avoir bientôt dix-huit ans et…

— Je sais ce que tu ressens. Moi-même à ton âge, je réagissais ainsi, puis j’ai découvert ce qu’était la guerre. Vois-tu ce conflit risque de faire de nombreux morts. Ce combat naval…

— Père ! Vous avez besoin de combattants. J’ai suivi les leçons de grands maitres guerriers sur tes ordres. Je suis prêt.

Mandrace observa son fils. Il avait le regard fier et conquérant, celui qu’il avait à son âge avant de découvrir l’amère réalité. Il devrait en faire l’expérience lui aussi pour mieux comprendre et protéger la paix, une fois que lui-même serait comte.

— J’y consens, finit-il par dire.

Dariann le remercia et sortit. Le regard de Mandrace se perdit dans le vague.

— Qu’as-tu fait ? Tu n’aurais jamais dû accepter, l’accabla Lénia qui avait préféré ne pas intervenir dans cette discussion entre un père et un fils, entre un seigneur et un seigneur en devenir. Et s’il meurt au combat ?

— Je veillerai sur lui. J’avais son âge quand j’ai combattu pour la première fois, et malgré cela, je suis encore en vie ! Dans six mois, nous ne nous serions même pas posé la question car cela aurait été son devoir de participer à la guerre. De plus, tu as vu ce regard qu’il avait. C’est celui d’un guerrier, d’un combattant. Je n’avais jamais remarqué à quel point notre fils avait grandi. Je suis fier de lui.

Lénia semblait exaspérée.

— Cette bataille sera terrible, je le sens. Déjà tu t’y exposes, maintenant notre fils. 

Elle se jeta dans les bras de son époux, et lui la rassura du mieux qu’il put.

Alvina ne comprenait pas la raison pour laquelle elle n’avait pu voir Dariann. Elle s’était rendue à plusieurs reprises aux appartements du jeune homme et personne ne lui avait ouvert. Où était son petit ami ? Ne l’aimait-il déjà plus ? Non, la veille, ils s’étaient ouvert leur cœur comme jamais ! Alors quoi ? Elle faisait les cent pas dans sa chambre quand on lui annonça que le repas était servi. C’était pour elle l’ultime chance de voir son compagnon.

***

À la grande table, outre Mandrace et sa famille, il y avait le comte de Port de Sin et son fils ainsi que John, comte de Port de l’Eau. Hector siégeait en bout de table. À ses côtés se trouvait son plus proche conseiller : Edmond. Dans la salle, elle aperçut Dariann, mais déjà, un valet lui présentait son siège. Elle n’eut donc pas le loisir d’aller vers l’élu de son cœur mais ce dernier la gratifia d’un sourire. Il pensait donc encore à elle. Le cœur plus léger, elle prit place à côté de Florian. Durant le dîner, Mandrace se leva et annonça :

— Demain, mon fils Dariann nous accompagnera à la guerre, vous le savez tous, le jour où je m’en irai rejoindre les dieux, il me succédera alors je suis fier de le compter dans nos rangs et je lève également mon verre à tous les braves marins et soldats qui vont risquer leur vie dans cette guerre fratricide.

Alvina blêmit et regarda Dariann. Ce dernier souriait, trinquant avec d’autres seigneurs. Il avait donc décidé de partir combattre. Après réflexion, elle n’en fut pas surprise. A l’annonce du conflit la veille, son comportement avait changé. Il l’avait raccompagnée à sa chambre sans même lui faire un baiser et lui souhaiter bonne nuit. Si elle avait trouvé son comportement un peu cavalier, elle lui avait alors trouvé mille excuses : la fatigue, sa blessure… Vexée qu’il ne lui ait rien dit, qu’il n’ait à aucun moment pris la peine de lui en parler, à elle qui lui avait fait part de ses pensées les plus intimes et secrètes, elle se leva et sortit sans même prendre la peine de lui jeter un regard. Ce départ précipité fut à peine remarqué, sauf par le principal responsable qui s’empressa de suivre la jeune fille.

***

Les renforts de Lewan et de Fulwan arrivèrent en milieu de repas, juste après le départ d’Alvina et de Dariann. Shaw, le comte de Fulwan, était à la tête de son armée, tout comme le comte Boris. Ils s’assirent à la table de Mandrace, tandis que les troupes se répartissaient dans les différentes auberges de la ville.

***

Dariann cherchait désespérément Alvina. Où avait-elle pu disparaître ? Après avoir erré dans les couloirs déserts du palais, il se rendit à la chambre de la jeune fille. Il toqua plusieurs fois à la porte, posant son oreille sur cette dernière pour s’assurer de son absence. Un bruissement de soie lui indiqua une présence. Il tambourina alors davantage lui criant :

— Je sais que tu es là, alors ouvre. Laisse-moi te parler. J’ai plein de choses à te dire.

— Tu n’es même pas venu me voir aujourd’hui et tu m’as ignorée. Ton comportement a changé depuis hier soir, depuis cette annonce que t’a faite l’oncle de Joachim. J’étais prêt à tout te pardonner, lui dit-elle à travers la porte, mais tu ne m’as même pas parlé de ton fou projet, cela montre bien toute la considération que tu as à mon égard. Pour toi, je ne suis qu’un trophée.

— Tu te trompes ! Je t’aime.

A ces trois petits mots, la porte s’ouvrit sur une Alvina en larmes.

— Tu peux répéter ? demanda-t-elle.

— Je t’aime, dit Dariann. Je ne peux t’expliquer mon comportement car je ne le comprends pas moi-même. J’avais besoin de réfléchir. Je m’excuse si je t’ai vexée, mais ma décision de partir n’a rien à voir avec toi. C’est au fond de moi que ça se joue.

Elle lui prit la main et plongea son regard empli de larmes dans le sien.

— Jure-moi juste que tu vas revenir.

— Je le jure, dit-il dans un souffle, avant d’embrasser la jeune femme.

***

Le comte Shaw s’était retiré dans ses appartements : une chambre spacieuse, bien meublée avec de grandes tentures sur les murs. Shaw était un gaillard bien charpenté. Il avait tenu à faire partie de l’expédition et prendrait place sur le vaisseau royal, en tant que second Rent du Roi, c’est à dire second d’Edmond. Tous deux feraient partie de la garde rapprochée d’Hector. Shaw régnait, depuis cinq ans, sur son comté. La succession de Drew ne s’était pas faite sans mal. Shaw avait dû user de stratagèmes. Il s’était marié à une bâtarde de Drew qu’il avait fait reconnaître nul ne sait comment, devenant ainsi le comte légitime. Son épouse, un peu folle bien avant leur rencontre, était morte des suites d’une maladie foudroyante un mois après leur union. Brun, les cheveux longs ondulés, une peau blanche comme la neige et de grands yeux en amande le rendaient irrésistible aux yeux des femmes et lui, sans l’ombre d’un regret, les collectionnait, au mépris souvent de leurs sentiments.

— Bientôt va débuter le premier d’une longue liste de conflits, se dit-il pour lui-même. J’ai moins d’un an avant que les forces n’émergent.

Il sortit un grimoire de sa malle et posa sur le sol quelques bougies. Le livre poussiéreux semblait être ancien. Il s’assit en tailleur, ôta sa tunique laissant apparaître un torse musclé recouvert de cicatrices plus ou moins profondes. Il feuilleta quelques pages, alluma les bougies, et se mit à lire une sorte de prière : 

« Par le sang versé sur la terre, par l’eau glacée déchirant les entrailles de l’homme, je vous supplie, esprits, ramenez parmi nous ceux qui nous ont été retirés par la magie, il y a bien longtemps. »

La fenêtre s’ouvrit brusquement et un vent glacé entra dans la pièce soufflant instantanément les bougies. Shaw se dressa alors.

— Le processus est maintenant en marche.

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