MasukMaman rentra une heure plus tard, rayonnante, les bras chargés de croissants et de jus d'orange frais. Elle nous trouva dans le salon, Gabriel lisant le journal, moi feignant de réviser, chacun à l'opposé de la pièce, maintenus à distance par un invisible fil de culpabilité.
— Mes amours ! s'exclama-t-elle en entrant comme un tourbillon de joie. Vous m'avez tellement manqué !Elle embrassa Gabriel d'abord, un long baiser tendre qui me força à détourner les yeux. Puis elle vint vers moi, m'enlaçant avec cette affection maternelle qui me déchira le cœur.— Tu as l'air fatiguée, ma chérie. Tu as bien dormi ?— Oui, maman. Juste beaucoup de travail.Si elle savait. Si elle savait que sa fille avait passé la nuit dans les bras de l'homme qu'elle aimait. Que ces draps qu'elle touchait en passant portaient encore l'odeur de sa trahison.Le brunch fut une performance digne d'un Oscar. Nous jouâmes nos rôles à la perfection : la mère combLes jours qui suivirent furent flous, comme vécus dans un brouillard de culpabilité et de douleur. Je m'installai chez Amélie, qui posa peu de questions, sentant que j'étais au bord de l'effondrement. Gabriel resta à son hôtel, nous envoyant des messages sporadiques, des fragments de désespoir partagé.Nous ne nous revîmes pas. Par une sorte d'accord tacite, nous savions que nous voir maintenant serait comme jeter de l'huile sur le feu de notre culpabilité.L'université devint un cauchemar. Gabriel avait pris un congé sabbatique d'urgence, officiellement pour "raisons personnelles". Les rumeurs circulaient. Personne ne connaissait les détails, mais tout le monde sentait qu'un scandale couvait.Lucas ne répondait à aucun de mes messages. J'essayais tous les jours, pathétiquement."Lucas, s'il te plaît. Parle-moi. Je sais que tu me détestes, mais laisse-moi au moins t'expliquer.""Je t'en supplie. Tu es mon meilleur ami. Ne me laisse pas co
L'aube se leva sur un appartement silencieux, lourd d'une atmosphère funèbre. Je n'avais pas dormi, restant assise sur mon lit toute la nuit, fixant le plafond, rejouant en boucle la scène de l'explosion.Le visage de maman. Sa douleur. Sa trahison.Et Gabriel, parti dans la nuit, emportant avec lui les derniers fragments de normalité qui nous restaient.Vers huit heures, j'entendis la porte de la chambre de maman s'ouvrir. Des pas dans le couloir. Puis le bruit de la cafetière. Des gestes mécaniques, automatiques.Je me forçai à sortir de ma chambre. Il fallait affronter les conséquences. Affronter ce que j'avais fait.Maman était dans la cuisine, dos à moi, préparant du café. Elle portait encore sa robe de la veille. Elle n'avait visiblement pas dormi non plus.— Maman...— Ne m'appelle pas comme ça.Sa voix était glaciale, méconnaissable.— Je ne sais même pas qui tu es en ce moment. La fille que j'a
La fête battait son plein. Lucas, entouré de ses amis, soufflait ses bougies sous les applaudissements. Maman, radieuse, filmait le moment avec son téléphone. Gabriel, à ses côtés, lui enlaçait tendrement la taille.L'image parfaite de la famille recomposée harmonieuse.Et moi, j'observais cette scène depuis le seuil du salon, le cœur serré dans un étau. Comment en étions-nous arrivés là ? Comment une situation déjà impossible était-elle devenue encore plus intenable ?Thomas s'approcha de moi avec deux nouveaux verres.— Tiens. Tu as l'air d'en avoir besoin.— C'est si évident que ça ?— Disons que tu regardes cette scène comme si c'était une tragédie grecque plutôt qu'un anniversaire.Je ris malgré moi. Il était perspicace.— Désolée. Je ne suis pas de très bonne compagnie ce soir.— Au contraire. Tu es mystérieuse. C'est intriguant.Il trinqua avec moi, et je bus, espérant que l'alcool émou
Les jours qui suivirent nos aveux furent les plus sombres de ma vie. Nous avions franchi le point de non-retour, mis des mots sur ce qui aurait dû rester innommé. Et maintenant, ces mots flottaient entre nous comme des spectres, impossibles à ignorer.À l'extérieur, rien n'avait changé. Gabriel et moi continuions notre ballet d'évitement soigneusement chorégraphié. Mais quelque chose avait basculé. Une tension nouvelle, électrique, dangereuse, vibrait dans l'air chaque fois que nous nous trouvions dans la même pièce.C'était dans la façon dont son regard s'attardait sur moi une seconde de trop au petit-déjeuner. Dans la manière dont ma respiration s'accélérait quand il passait près de moi dans le couloir. Dans les silences chargés qui remplaçaient désormais nos conversations polies.Nous étions deux bombes à retardement attendant l'étincelle qui nous ferait exploser.✿*:・゚Ce fut Lucas qui, ironiquement, déclencha l'inévitable.—
Janvier arriva avec son cortège de résolutions brisées et de promesses impossibles à tenir. Les partiels m'offraient une excuse parfaite pour m'enfermer dans ma chambre, pour éviter les dîners de famille, pour ne pas avoir à faire semblant.Mais l'université, elle, n'offrait aucun refuge. J'avais beau avoir changé de section pour les cours de Gabriel, nos chemins se croisaient inévitablement dans les couloirs, à la bibliothèque, à la cafétéria.Chaque fois que je le voyais de loin, mon cœur se serrait. Et chaque fois qu'il me voyait, je lisais la même douleur dans ses yeux.Ce fut Amélie qui remarqua en premier que quelque chose n'allait pas.— Tu as maigri, me dit-elle un jeudi midi, alors que nous déjeunions ensemble. Et ces cernes... Tu dors au moins ?— Les révisions. Tu sais ce que c'est.— C'est plus que ça. Tu as l'air... éteinte. Comme si quelque chose t'avait vidée de l'intérieur.Elle se pencha vers moi, baissa
Décembre s'installa avec ses guirlandes lumineuses et ses promesses de fêtes en famille. Des promesses qui me remplissaient d'une angoisse croissante. Noël approchait, et avec lui, l'obligation de jouer la comédie de l'harmonie familiale pendant des journées entières.Après le baiser dans la cuisine, Gabriel et moi avions instauré une distance encore plus radicale. Nous ne nous adressions plus la parole directement, communiquant uniquement à travers maman ou Lucas. À l'université, je m'étais arrangée pour changer de section, prétextant un conflit d'horaire. Voir son nom sur mon emploi du temps était devenu insupportable.Mais l'évitement avait ses limites dans un appartement de cent mètres carrés.✿*:・゚Ce fut un samedi matin, deux semaines avant Noël, que tout explosa.Maman avait pris un service de nuit de dernière minute. Lucas était parti skier avec des amis pour le week-end. Gabriel et moi nous retrouvions à nouveau seuls.J







