LOGINLa pluie tambourinait contre les vitres de la salle de classe vide. Élise resta immobile devant le tableau, les yeux fixés sur la porte que Monsieur Deveraux venait de franchir. Son cœur battait encore la chamade, résonnant du compliment qu'il venait de lui faire sur sa dernière dissertation. "Vous avez un talent rare, Élise. Une sensibilité qui transcende les mots." Ces paroles tournaient en boucle dans son esprit. Elle avait dix-huit ans et se croyait préparée à tout. Mais pas à ça. Pas à ce regard qu'il avait posé sur elle, différent de celui qu'il réservait aux autres élèves. Un regard qui la voyait vraiment, au-delà de l'étudiante modèle qu'elle s'efforçait d'être. Elle ignorait encore que ce professeur d'histoire-géographie, respecté de tous, cachait un secret qui allait bouleverser sa vie : il était le père adoptif de Lucas, son meilleur ami d'enfance. Celui qu'elle n'avait pas revu depuis cinq ans, depuis que sa famille avait déménagé mystérieusement. Et elle ignorait surtout que dans quelques jours, lors d'un dîner de famille organisé par sa mère, veuve depuis deux ans et nouvellement amoureuse, elle allait découvrir que son nouveau beau-père n'était autre que... Monsieur Deveraux. L'amour peut-il vraiment conquérir tous les obstacles, même les plus moralement inacceptables ? Certaines histoires ne devraient jamais commencer. Celle-ci était l'une d'entre elles. Et pourtant...
View More*Paris, automne 2026*
La pluie tambourinait contre les vitres de la salle de classe vide. Élise resta immobile devant le tableau, les yeux fixés sur la porte que Monsieur Deveraux venait de franchir. Son cœur battait encore la chamade, résonnant du compliment qu'il venait de lui faire sur sa dernière dissertation. "Vous avez un talent rare, Élise. Une sensibilité qui transcende les mots." Ces paroles tournaient en boucle dans son esprit. Elle avait dix-huit ans et se croyait préparée à tout. Mais pas à ça. Pas à ce regard qu'il avait posé sur elle, différent de celui qu'il réservait aux autres élèves. Un regard qui la voyait vraiment, au-delà de l'étudiante modèle qu'elle s'efforçait d'être. Elle ignorait encore que ce professeur d'histoire-géographie, respecté de tous, cachait un secret qui allait bouleverser sa vie : il était le père adoptif de Lucas, son meilleur ami d'enfance. Celui qu'elle n'avait pas revu depuis cinq ans, depuis que sa famille avait déménagé mystérieusement. Et elle ignorait surtout que dans quelques jours, lors d'un dîner de famille organisé par sa mère, veuve depuis deux ans et nouvellement amoureuse, elle allait découvrir que son nouveau beau-père n'était autre que... Monsieur Deveraux. L'amour peut-il vraiment conquérir tous les obstacles, même les plus moralement inacceptables ? *Certaines histoires ne devraient jamais commencer. Celle-ci était l'une d'entre elles. Et pourtant...* ✿*:・゚ La rentrée universitaire avait le goût amer du café que je buvais chaque matin avant de rejoindre l'amphithéâtre. Septembre s'installait doucement sur Paris, chassant la torpeur de l'été avec ses premières pluies automnales. J'avais choisi la Sorbonne pour ses lettres classiques, pour me perdre dans les méandres de la littérature et oublier le deuil qui pesait encore sur notre famille. Papa nous avait quittés deux ans plus tôt, emportant avec lui une partie de la lumière de maman. Depuis, elle naviguait entre ses journées de travail à l'hôpital et nos soirées silencieuses à la maison. Ce matin-là, j'étais en avance. J'avais pris l'habitude de m'installer au premier rang, là où personne ne voulait jamais s'asseoir. Les autres étudiants préféraient se fondre dans la masse anonyme des derniers rangs, à moitié endormis ou distraits par leurs téléphones. — Mademoiselle Moreau, n'est-ce pas ? La voix me fit lever les yeux de mon carnet. Un homme se tenait devant moi, la quarantaine élégante, des cheveux grisonnants sur les tempes qui lui donnaient un air distingué. Ses yeux noisette pétillaient d'une intelligence vive. — Oui, monsieur. — Gabriel Deveraux. Je serai votre professeur d'histoire de la Renaissance cette année. Il me tendit la main. Sa poignée était ferme, chaleureuse. Quelque chose dans son sourire me troubla, une familiarité que je ne pouvais expliquer. — J'ai lu votre dossier d'inscription. Votre essai sur "Les femmes oubliées de la Renaissance" était remarquable. Vous avez une perspective... rafraîchissante. Je sentis mes joues s'empourprer. — Merci, professeur. C'est un sujet qui me passionne. — Cela se voit. J'espère que vous continuerez à nous surprendre cette année. Il s'éloigna vers son bureau tandis que l'amphithéâtre commençait à se remplir. Mon cœur battait un peu trop vite, et je ne comprenais pas pourquoi. Les semaines qui suivirent s'écoulèrent dans une routine studieuse. Mais quelque chose avait changé. Je me surprenais à soigner ma tenue les jours où j'avais cours avec le professeur Deveraux. À lever la main plus souvent. À rester après les cours pour discuter d'un point de détail sur les Médicis ou sur Machiavel. — Vous avez vraiment l'âme d'une chercheuse, Élise, me dit-il un soir alors que nous étions les derniers dans la salle. Avez-vous pensé à poursuivre en master ? — C'est mon rêve, mais... c'est compliqué. Il leva un sourcil interrogateur, et je me retrouvai à lui confier ce que je n'avais dit à personne : mes inquiétudes pour maman, qui travaillait trop depuis la mort de papa. Ma culpabilité de vouloir continuer mes études alors qu'elle avait besoin de soutien. — La culpabilité est une prison que nous nous construisons nous-mêmes, dit-il doucement. Votre père aurait voulu que vous viviez pleinement, non ? Ses mots touchèrent quelque chose de profond en moi. Des larmes me montèrent aux yeux, que j'essuyais rapidement, embarrassée. — Pardon, je ne devrais pas... — Ne vous excusez jamais de ressentir, Élise. C'est ce qui fait de vous une personne extraordinaire. Le silence s'étira entre nous, chargé d'une émotion que je n'osais nommer. Ses yeux plongèrent dans les miens, et pendant un instant, je ne fus plus son étudiante. J'étais simplement une femme face à un homme qui semblait me voir comme personne ne m'avait jamais vue. — Je ferais mieux d'y aller, murmurai-je en rassemblant mes affaires. — Élise ? Je me retournai sur le seuil de la porte. — Merci de votre confiance. En rentrant chez moi ce soir-là, je trouvai maman dans la cuisine, le téléphone à l'oreille, un sourire que je ne lui avais pas vu depuis des années illuminant son visage. — Élise, ma chérie ! J'ai une merveilleuse nouvelle. J'aimerais te parler de quelqu'un... quelqu'un d'important. Mon cœur se serra. Maman... amoureuse ? Après tout ce temps ? — Il s'appelle Gabriel. Et j'aimerais beaucoup que tu le rencontres ce samedi. J'organise un dîner. Le prénom résonna dans ma tête comme un gong. Gabriel. Ça ne pouvait pas être... Non, c'était impossible. Paris comptait des milliers de Gabriel. Mais alors, pourquoi cette sourde angoisse venait-elle de s'installer au creux de mon ventre ?Avril arriva avec une douceur trompeuse. Iris avait maintenant treize mois et testait constamment ses limites escaladant tout, refusant de manger autre chose que des pâtes, ayant des crises de colère spectaculaires quand on lui disait non.— C'est normal, me rassura maman. Tu étais exactement pareille à cet âge. Têtue comme une mule.— Génial. Elle a hérité de mes pires traits.— Et de ta force aussi. Ne l'oublie pas.Mais ce n'était pas le comportement d'Iris qui me préoccupait ce mois-là. C'était quelque chose d'autre. Quelque chose que j'avais enfoui profondément et qui refaisait surface de manière inattendue.Ça commença par un cauchemar. Je rêvais de ce premier jour à l'université, entrant dans l'amphithéâre de Gabriel. Mais dans le rêve, tout le monde me pointait du doigt, chuchotant. Et quand je regardais vers Gabriel, il se détournait, honteux.Je me réveillai en sueur, le cœur battant.— Qu'est-ce qui ne va pas
Novembre arriva avec ses pluies froides et un moment que j'avais redouté : le deuxième anniversaire de la publication de "Renaissance". Notre éditeur voulait organiser un événement spécial une table ronde sur "Où sont-ils maintenant ?", avec Gabriel et moi discutant de comment nos vies avaient évolué depuis le livre.— Je ne suis pas sûre, dis-je à Gabriel un soir pendant qu'Iris jouait à nos pieds. C'est remuer le passé. Tout le monde a avancé.— Pas tout le monde. Nous recevons encore des messages de lecteurs. Des gens qui vivent des situations similaires. Qui ont besoin de savoir comment nous avons survécu.— Mais Iris. Les gens vont parler d'elle. La pointer du doigt comme le "bébé du scandale".— Elle a neuf mois. Elle ne comprend pas. Et dans quelques années, quand elle comprendra, nous lui aurons déjà expliqué notre histoire.Il marqua une pause.— Mais c'est votre décision. Si vous pensez que c'est trop, on refuse.
Mars arriva avec ses promesses de printemps, et Iris avait cinq mois. Elle était devenue un bébé joyeux et curieux, riant aux éclats pour les choses les plus simples le visage de Gabriel, les chatouilles de Lucas, les chansons que maman lui chantait.Mais avec sa croissance venaient aussi les questions. Les gens que nous croisions dans la rue, les autres parents aux groupes de bébés, les médecins aux rendez-vous.— Alors, c'est votre premier ? demanda une mère au parc, regardant Iris avec admiration.— Oui, répondis-je.— Et papa est où ? Au travail ?— Il est là, dis-je en pointant Gabriel qui poussait Iris sur la balançoire pour bébés.La femme suivit mon regard, et je vis le calcul se faire dans ses yeux. L'âge de Gabriel. Mon âge. La différence évidente.— Oh. C'est... votre père aussi ?— Mon mari, corrigeai-je fermement. Le père d'Iris.— Oh. Je vois. C'est... moderne.Elle s'éloigna rapi
Décembre arriva avec son manteau de froid et la magie des fêtes. Ce serait le premier Noël d'Iris, même si à deux mois, elle ne comprendrait rien. Mais pour nous, c'était monumental notre première grande fête en tant que famille de trois. Maman insista pour que nous célébrions tous ensemble elle et Jean, Gabriel et moi avec Iris, et Lucas. Notre famille recomposée bizarre dans toute sa gloire compliquée. — On fait ça chez nous, dit-elle. Nous avons plus d'espace. Et puis, je veux qu'Iris ait ses premiers souvenirs de Noël dans une vraie maison familiale. Gabriel et moi étions réticents. Passer Noël dans l'appartement où lui et maman avaient vécu ensemble semblait étrange. Mais elle insista. — C'est un nouveau chapitre. Nous tous ensemble, célébrant la nouvelle génération. Il faut arrêter de laisser le passé dicter le présent. Elle avait raison, comme toujours. ✿*:・゚ Les jours pré












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