LOGINChapitre 5
Point de vue de Lucas
Je suis assis dans un taxi.
Un simple taxi.
Le genre de véhicule dans lequel je ne suis jamais monté… du moins, pas de cette manière. Habituellement, ce sont des voitures de luxe, des chauffeurs privés, des vitres teintées… un monde à part.
Mais aujourd’hui…
Je suis une personne banale.
Et étrangement… ça me plaît.
Je garde le dos droit, une main posée sur mon bâton, mes doigts serrés autour du manche comme si ma vie en dépendait. Mes lunettes noires couvrent mes yeux, me plongeant volontairement dans une obscurité simulée.
À côté de moi, Eliot est silencieux.
Mon meilleur ami.
Mon bras droit.
Celui qui connaît chacun de mes plans… même les plus fous.
Je sens son regard posé sur moi, comme s’il essayait encore de comprendre pourquoi j’ai décidé de faire tout ça.
Derrière nous, mes parents sont installés, inhabituellement silencieux.
Eux aussi jouent le jeu.
Eux aussi ont abandonné, pour aujourd’hui, leur statut.
Leurs vêtements sont simples. Trop simples.
Ma mère porte une robe modeste, presque effacée. Mon père… un pantalon usé et une chemise sans aucune élégance.
Si quelqu’un nous voyait maintenant…
Il ne verrait qu’une famille ordinaire.
Peut-être même pauvre.
Un léger sourire étire mes lèvres.
Et moi ?
Moi, un multimilliardaire…
Je ressemble à un gardien fatigué.
Un homme sans importance.
Un homme qu’on ne regarde même pas.
Et pourtant…
Je me sens étrangement à l’aise.
Comme si, pour la première fois depuis longtemps… je respirais différemment.
— Lucas… murmure ma mère derrière moi.
Je tourne légèrement la tête vers sa voix.
— Oui, maman ?
Sa voix tremble légèrement.
— Combien de temps allons-nous continuer ce… jeu ?
Je laisse un silence s’installer.
Ce n’est pas un jeu.
Pas pour moi.
— Ne t’inquiète pas, maman… dis-je calmement. C’est moi qui vais vivre cette vie. Pas vous.
Je resserre légèrement ma prise sur mon bâton.
— Vous… vous n’aurez qu’à jouer le rôle quand ce sera nécessaire.
Elle soupire doucement.
Je peux sentir son inquiétude.
Son malaise.
Mais elle ne comprend pas.
Pas encore.
Mon père, lui, ne dit rien.
Comme toujours.
Silencieux.
Observateur.
Froid.
Je lui ressemble beaucoup.
Et je le sais.
C’est un homme discret… puissant… mais invisible aux yeux du monde.
Peu de gens savent vraiment qui il est.
Et moi… j’ai appris de lui.
À rester dans l’ombre.
À observer.
À comprendre avant d’agir.
Le taxi ralentit.
Puis s’arrête.
— Nous sommes arrivés, annonce le chauffeur.
Le moteur s’éteint.
Le silence retombe.
C’est le moment.
Je prends une légère inspiration.
— Allons-y.
Eliot sort en premier, puis m’aide à descendre.
Je joue mon rôle immédiatement.
Mes gestes sont mesurés.
Précis.
Lents.
Je tape légèrement le sol avec mon bâton, comme un véritable aveugle.
Chaque pas est calculé.
Chaque mouvement… maîtrisé.
Ma mère paie le chauffeur pendant qu’Eliot guide mes pas.
— Attention… il y a une marche, murmure-t-il.
Je hoche légèrement la tête.
Nous avançons.
Je sens le gravier sous mes pieds.
Puis une surface plus lisse.
Nous sommes devant la villa.
Je n’ai pas besoin de voir pour le savoir.
Je le ressens.
Le luxe.
L’espace.
L’air même semble différent.
Ma mère s’avance et sonne.
Quelques secondes passent.
Puis la porte s’ouvre.
Une voix féminine.
— Oui ?
Ma mère prend la parole, douce, posée.
— Nous sommes ici pour mademoiselle Sophia.
Un léger silence.
Puis la servante répond :
— Entrez.
Nous pénétrons dans la maison.
L’odeur.
Le silence.
Les pas résonnent légèrement.
Tout indique un lieu riche.
Très riche.
Eliot me guide jusqu’au salon.
Et là…
Même sans voir, je sens leur présence.
Plusieurs personnes.
Assises.
Qui nous observent.
Qui nous jugent déjà.
Un léger sourire invisible apparaît sur mes lèvres.
Que les bonnes choses commencent…
---
## Point de vue de Sophie
Je suis assise au salon.
Droite.
Impeccable.
Parfaite.
Ma robe épouse parfaitement mes formes, audacieuse juste ce qu’il faut. Élégante… mais provocante.
Irrésistible.
Je sais exactement l’effet que je fais.
Et aujourd’hui… je veux être inoubliable.
Je croise les jambes lentement, essayant de calmer l’impatience qui me gagne.
Je jette un regard à l’horloge.
Encore.
Et encore.
— Il devrait déjà être là… murmuré-je.
Ma mère me regarde, assise à côté de moi.
— Calme-toi, Sophia. Il viendra.
Mon père, lui, est un peu plus loin, occupé au téléphone.
Je soupire légèrement.
Depuis que Lucas et moi avons commencé à échanger sur les réseaux…
Je n’ai pensé qu’à ce moment.
Le voir.
Enfin.
En vrai.
Mon cœur accélère rien qu’à cette idée.
Mon jackpot.
Oui.
Mon jackpot.
Je suis sur le point de prendre mon téléphone pour lui écrire…
Quand la servante apparaît.
— Mademoiselle… les invités sont arrivés.
Mon cœur s’emballe immédiatement.
Je me lève d’un bond.
— Enfin…
Je passe rapidement une main sur ma robe.
Parfaite.
Je souris.
— Allons-y.
Je me dirige vers le grand salon, suivie de mes parents.
Chaque pas est calculé.
Assuré.
Je suis prête.
Plus que prête.
Mais…
Dès que j’entre…
Je me fige.
Mon sourire disparaît.
Mon regard se pose sur…
Eux.
Quatre personnes.
Mal habillées.
Simples.
Trop simples.
Je les observe de haut en bas.
Mon expression change.
Du choc…
Au mépris.
— C’est quoi ça… ?
Ma voix est froide.
Tranchante.
Je m’avance légèrement.
— Qui êtes-vous ?
Silence.
Je les dévisage.
Encore.
Puis mon regard devient dur.
— Et surtout… qu’est-ce que vous faites dans ma maison ?
Ma mère se lève doucement.
Elle aussi semble confuse.
— Sophia… ce sont peut-être…
Elle hésite.
— La famille de Lucas ?
Et là…
Je ris.
Un rire froid.
Méchamment amusé.
— Eux ?
Je secoue la tête.
— Non, maman.
Je les pointe légèrement du regard.
— Lucas Silva est un multimilliardaire.
Ma voix devient plus dure.
— Il n’est certainement pas comme ces… mendiants.
Le mot claque dans l’air.
Je les regarde avec dédain.
Un mélange de colère et de dégoût monte en moi.
— Vous vous êtes trompés d’adresse.
Je fais un geste vers la porte.
— Sortez.
Mon cœur bat vite.
Mais pas de stress.
De colère.
— Sérieusement… qui laisse entrer ce genre de personnes ici ?
Je me tourne vers la servante, furieuse.
Je suis à deux doigts de les faire expulser…
Quand une voix grave résonne.
Calme.
Maîtrisée.
— C’est moi.
Je me fige.
Mon cœur s’arrête.
— Lucas Silva.
Le silence devient lourd.
Je tourne lentement la tête vers lui.
Vers cet homme…
Avec son bâton.
Ses lunettes.
Ses vêtements simples.
Mon souffle se coupe.
— Mon… homme.
Mes yeux s’ouvrent lentement.
Très lentement.
L’incompréhension m’envahit.
Non.
C’est impossible.
Impossible.
Je recule d’un pas.
Mon regard se fixe sur lui.
Encore.
Et encore.
Cherchant une erreur.
Une blague.
Quelque chose.
Mais rien.
Rien ne change.
— Non…
Ma voix est presque inaudible.
— Ce n’est pas possible…
Mon cœur bat violemment dans ma poitrine.
Tout ce que je pensais…
Tout ce que j’imaginais…
Tout s’effondre.
Et je reste là…
Figée.
Complètement abasourdie.
Chapitre 124RodrigoLa neige commence à tomber, fine et silencieuse, enveloppant la montagne d'un linceul blanc. Je suis debout sur le perron de la vieille ferme, les mains enfoncées dans les poches de ma veste, et je regarde les flocons tourbillonner dans la lumière grise du matin. Mes hommes sont à l'intérieur, en train de charger les armes, de préparer les sacs, de se préparer à la traque insensée que Sophia a ordonnée.Sophia. Cette femme est en train de perdre la raison. Elle l'a peut-être déjà perdue, depuis longtemps, et je n'ai rien vu, aveuglé par ma propre cupidité, par mon désir de revanche contre Lucas Silva. J'ai cru que je pourrais la contrôler, l'utiliser à mes fins, récupérer mon empire grâce à son obsession. Je me suis trompé. Lourdement.&n
Chapitre 123SophiaIls se sont enfuis. Ils se sont enfuis, et c'est de ma faute. Je les ai sous-estimés, et maintenant ils courent dans la montagne, libres, vivants, ensemble. Cette pensée est un acide qui ronge mon cerveau, une brûlure qui ne s'apaise pas.Je suis debout dans le salon de la vieille ferme, les mains crispées sur le dossier d'une chaise, le regard fixé sur la porte ouverte par laquelle ils ont disparu. Le vent glacé s'engouffre dans la pièce, fait voltiger les rideaux en lambeaux, éteint les bougies. Rodrigo est derrière moi, silencieux, ses hommes dispersés dans la maison. Je sens leur regard sur moi, empli de reproche, de mépris, de peur. Ils me jugent. Ils me condamnent. Mais aucun n'ose parler.— Sophia, dit enfin Rodrigo, la voix prudente. Il faut partir. Maintenant. La police va arriver. Ils vont
Chapitre 122LucasLa lueur grise du petit matin filtre à travers le soupirail, dessinant un rectangle pâle sur le sol de terre battue. Je suis éveillé depuis des heures, allongé sur le matelas crasseux, les membres engourdis par les liens qui me retiennent prisonnier. Isabelle dort encore, recroquevillée contre moi, sa respiration légère effleurant mon cou. Elle a réussi, cette nuit. Elle a réussi à libérer l'une de ses mains avec cette lame rouillée qu'elle a trouvée dans la pierre. Elle ne me l'a pas dit — elle n'a pas eu besoin de parler. J'ai vu ses doigts bouger, libres, caresser ma joue avant qu'elle ne cache à nouveau la lame sous sa robe, attendant le moment propice.Ce moment, je vais le créer.J'entends des pas au-dessus de nos têtes, des voix étou
Chapitre 121IsabelleLa lame est toujours là, cachée dans ma paume, minuscule et rouillée. Je l'ai gardée toute la nuit, serrée contre ma peau, et elle est devenue mon trésor le plus précieux. Cette petite lame, ce fragment de métal oublié par un précédent prisonnier, est notre seule chance de liberté.Lucas s'est rendormi, épuisé par la tension et le manque de nourriture. Son souffle est régulier, son front plissé, même dans le sommeil. Je le regarde un long moment, le cœur serré, puis je me remets au travail.Mes doigts sont engourdis, mes poignets à vif, mais je ne sens plus la douleur. Il n'y a plus que cette corde, ce chanvre rugueux qui me retient prisonnière, et cette lame qui grignote, fibre après fibre, avec une lenteur exaspérante.
Chapitre 120LucasLe bâillon m'étouffe, m'empêche de parler, mais il ne m'empêche pas de regarder. Et ce que je vois me déchire le cœur. Isabelle est allongée contre moi, sa tête posée sur mon épaule, ses cheveux bruns répandus sur ma poitrine comme un voile de soie. Sa joue est enflée, marquée par la gifle de Sophia, et du sang a coulé de sa lèvre fendue, formant une croûte sombre au coin de sa bouche. Mais elle ne pleure pas. Elle ne se plaint pas. Elle est là, silencieuse, forte, obstinée.Mon amour. Ma femme. Ma vie.Si seulement je pouvais parler, je lui dirais tout ce que mon cœur enferme. Je lui dirais à quel point je l'aime, à quel point je suis fier d'elle, à quel point je regrette de ne pas avoir su la protéger. Je lui dirais que nous all
Chapitre 119Isabelle— Non.Le mot est sorti de ma bouche avant même que j'aie pu le retenir. Un seul mot, tremblant mais ferme, qui claque dans l'air glacé de la cave comme un coup de fouet.Sophia s'arrête au milieu d'un geste, la feuille de papier encore tendue vers moi. Son sourire se fige, vacille, puis se transforme lentement en un masque de rage froide. Ses yeux noirs, brillants de l'éclat fiévreux de la folie, se plissent dangereusement.— Qu'est-ce que tu as dit ?— J'ai dit non. Je n'écrirai pas cette lettre. Je ne signerai pas ce mensonge. Lucas m'aime, et je l'aime. Rien de ce que tu pourras faire ne changera cela.Le silence qui suit est terrible. Lourd, épais, chargé d'une tension électrique qui crépite dans l'air humide de la cave. Rodrig
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