MasukChapitre 6
Point de vue de Lucas
Derrière mes lunettes noires… je vois tout.
Absolument tout.
Salutations.
Les expressions.
Les vérités que les mots tentent de cacher.
Et en cet instant précis… je vois **elle**.
Sophia.
La femme avec qui j'échange depuis des semaines.
La femme que j'avais… peut-être… espéré différente.
Mais là…
Debout face à moi…
Je ne vois qu'une chose.
Du mépris.
Pur.
Brutal.
Sans filtre.
Ses yeux me traversent comme si je n'étais rien.
Comme si j'étais… inférieur.
Je reste immobile, mon bâton ancré au sol, mon corps droit, calme en apparence.
Mais à l'intérieur…
Je comprends.
Encore une fois.
Toujours la même chose.
Toujours le même scénario.
Elle est exactement comme je l'avais imaginée.
Belle, oui…
Mais vide.
Terriblement vide.
Je vois ses doigts trembler légèrement lorsqu'elle attrape son téléphone. Elle vérifie quelque chose… sûrement ma photo… mes anciens messages…
Puis lentement…
Je retire mes lunettes.
Le silence tombe.
Ses yeux s'écarquillent.
— Lucas… ?
Sa voix tremble.
— Mais… qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Je la fixe droit dans les yeux.
Froidement.
Sans détour.
— J'ai fait faillite.
Le mot tombe.
Seconde.
Brutal.
Je laisse un silence pesant s'installer avant de continuer.
— J'ai perdu tous mes biens.
Je marque une pause.
— Et la semaine dernière… j'ai eu un accident.
Ma voix devient plus basse.
Plus la tombe.
— Qui m'a coûté la vue.
Un souffle traverse la pièce.
Sa mère porte une main à sa bouche.
— Mon Dieu…
Sophia, elle…
Elle devient livide.
Son visage perd toute couleur.
Ses lèvres s'entrouvre.
Puis soudain…
Elle explose.
— Attends… attends… tu veux dire que—
Elle me pointe du doigt, hystérique.
— Tu es maintenant… aveugle ?
Je hoche lentement la tête.
— Oui.
— Et pauvre ?
— Oui.
Le silence dure une seconde.
Une seule.
Puis tout bascule.
— MAIS QU'EST-CE QUE TU FAIS ICI ?!
Sa voix claque dans la pièce.
Violente.
Agressif.
Je reste immobile.
Calme.
Elle recule d'un pas, comme si j'étais devenu… répugnant.
— Je n'ai pas besoin d'un homme comme toi dans ma vie !
Ses mots me frappent.
Mais je ne réagis pas.
Je les laisse tomber.
Un à un.
Comme des preuves.
— Un pauvre… et en plus aveugle ?!
Elle rit nerveusement.
— Non… non… ce n'est pas possible…
Son père intervient.
— Sophia, ça suffit. Ne parle pas comme ça.
Mais elle ne l'écoute pas.
Pas du tout.
Elle continue.
Bis.
Toujours plus loin.
— Regarde-toi ! Tu ne peux même pas subvenir à tes besoins !
Sa voix dégouline de mépris.
— Et tu penses que je vais rester avec toi ?!
Je sens mes doigts se resserrer légèrement sur mon bâton.
Mais je garde le contrôle.
Toujours.
Parce que je veux voir jusqu'où elle ira.
J'inspire lentement.
Puis je parle.
— Je pensais que tu m'aimais…
Ma voix est calme.
Posée.
— Je pensais que… peu importait ce qui arriverait… tu resterais.
Je marque une pause.
— On peut s'en sortir, Sophia.
Je fais un léger pas vers elle.
— Si tu restes à mes côtés… notre situation peut s'améliorer.
Elle me regarde.
Puis lentement…
Un sourire apparaît sur ses lèvres.
Froid.
Glacial.
Elle s'approche.
Je peux sentir son parfum.
Son soufflé.
Sa présence.
— Tu es sérieux… ?
Sa voix est basse.
Moqueuse.
Je la regarde.
Elle est belle.
Indétermination.
Mais son regard…
Son regard est vide.
— Je suis une princesse.
Ses mots sont tranchants.
— La fille d'une famille immensément riche.
Elle me contourne légèrement.
— Et toi… tu n'es plus rien.
Chaque mot est un coup.
— Je ne vais jamais… vivre avec un pauvre aveugle.
Silence.
Un silence lourd.
Brutal.
Définitif.
Derrière moi, ma mère murmure doucement :
— Lucas… vient. De la partie.
Mais Sophia ne s'arrête pas.
Non.
Elle continue.
Encore plus longe.
— Regardez-les…
Elle se tourne vers sa mère.
— Ils sont venus salir notre maison.
Ses mots résonnent.
— Des déchets comme ça…
Quelqu'un a choisi en moi se brise.
Carême.
Divertissement dangereux.
Ma mâchoire se contracte.
Ma respiration devient plus lourde.
Elle est allée trop loin.
Beaucoup trop loin.
Sa mère intervient immédiatement.
— Faites-les sortir.
Sa voix est froide.
Autoritaire.
— Immédiatement.
Les gardes s'avancent.
Je les comprends.
Leurs pas lourds.
Leur présence menaçante.
Sophia reprend.
Bis.
Toujours.
— Et ne reviens plus jamais me voir !
Sa est pleine voix de dégoût.
— Quelle horreur…
Les gardes s'approchent de nous.
Prêts à nous expulser.
Comme des intrus.
Comme des moins que rien.
Et au moment où tout semble basculer…
Une voix s'élève.
Forte.
Clair.
Déterminée.
— Arrêtez ça tout de suite !
Je me fige.
Cette voix…
Elle est différente.
---
## Point de vue d'Isabelle
Je suis resté debout.
Juste derrière la porte du grand salon.
Immobile.
Silencieuse.
Mais j'ai tout entendu.
Chaque mot.
Chaque humiliation.
Chaque blessure.
Et mon cœur…
Se serrer.
Alors comme ça…
L'homme que ma sœur appelait fièrement **multimilliardaire**…
Il est devenu pauvre.
Et aveugle.
Je ferme les yeux un instant.
Ce n'est pas juste.
Personne ne mérite ça.
Perdre tout… du jour au lendemain…
C'est une chute brutale.
Douloureuse.
Et pourtant…
Ce qui me choque le plus…
Ce n'est pas sa situation.
C'est la réaction de ma sœur.
Je serre légèrement les poings.
— Elle ne devrait pas réagir comme ça…
Je murmure pour moi-même.
Puis…
Je prends une décision.
J'entre.
— Arrêtez ça tout de suite !
Ma voix résonne dans toute la pièce.
Tout le monde se tourne vers moi.
Y comprend lui.
Et là…
Le temps s'arrête.
Mon regard croise le sien.
Et mon soufflé se coupe.
Mon Dieu…
Il est…
Magnifique.
Non.
C'est plus que ça.
Il est…
Intense.
Profond.
Puissant.
On dirait…
Un dieu grec.
Je sens mes joues chauffer immédiatement.
Je détourne légèrement le regard, troublé.
Je n'arrive même pas à expliquer ce que je sens.
Ses vêtements ?
Je ne les vois même pas.
Son handicap ?
Je l'oublie déjà.
Je ne vois que lui.
Et quelque chose en moi…
Changement.
Brusquement.
Une envie étrange naît dans ma poitrine.
Une envie de…
L'aider.
Oui.
De l'aider à se relever.
De le protéger.
Je cligne des yeux, troublé.
— Mais qu'est-ce qui m'arrive… ?
Je reviens à la réalité quand ma sœur me secoue.
— Qu'est-ce que tu fais là ?!
Sa voix est agacée.
— Et pourquoi tu arrêtes les gardes ?!
Je me dégage doucement.
— Tu ne devrais pas parler comme ça.
Je la regarde droit dans les yeux.
— Ce sont des êtres humains… comme nous.
Elle éclate de rire.
— Comme nous ?!
Elle me regarde avec mépris.
— Ils ne sont pas de notre classe sociale !
Ses mots me choquent.
— Ils n'ont rien à faire ici !
Je la fixe, stupéfaite.
— Mais… c'est ton petit ami, non ?
Silence.
Puis elle ricane.
— Lui ?
Elle secoue la tête.
— Je ne peux jamais aimer un aveugle… et un pauvre.
Ses mots sont tranchants.
— Je regrette d'avoir cru en lui.
Je sens quelque chose se briser en moi.
— Tu es sérieux… ?
Elle ne répond pas.
Mais son regard dit tout.
Je secoue lentement la tête.
— Tu es incroyable…
Je me tourne vers lui.
Vers sa famille.
Et mon cœur se serre.
Ils ne méritent pas ça.
Pas du tout.
Je m'approche lentement.
Chaque pas est hésitant.
Mon cœur bat fort.
Très fort.
Puis…
Je suis devant lui.
Tout près.
— Je suis désolée…
Ma voix tremble légèrement.
— Excusez ma sœur…
Je prends une petite inspiration.
—Je m'appelle Isabelle Vasconcelos.
Je tends légèrement la main.
Hésitante.
Il avance la sienne.
Comme un aveugle.
Je le laisse faire.
Ses doigts frôlent les miens.
Puis moi.
Un frisson me traverse.
Je ravie difficilement ma salive.
Je suis à deux doigts de pleurer.
— Je… je peux faire quelque chose pour vous ?
Je le regarde.
Intensification.
— Pour vous aider… ?
Un silence s'installe.
Ma sœur parle derrière moi.
Elle m'insulte presque.
Mais je n'écoute pas.
Je ne vois que lui.
Il serre légèrement ma main.
Puis murmure :
— Merci…
Sa voix est basse.
Profond.
Puis…
Il ajoute :
— Je peux te demander quelque chose ?
Je hoche légèrement la tête.
— Oui…
Mon cœur bat encore plus vite.
— Quoi ?
Il me regarde droit dans les yeux.
Et là…
Le monde s'arrête.
— Épouse-moi.
Le silence tombe.
Fort.
Glacial.
Irréel.
Chapitre 94IsabelleLes jours ont passé, lents, incertains, marqués par le rythme monotone des visites médicales, des séances de kinésithérapie, des repas pris sans faim, des nuits peuplées de cauchemars. Le soleil a brillé, la pluie est tombée, le vent a secoué les arbres du jardin. Des routines. Des habitudes. Du vide. Je vis, je respire, je mange, je dors, mal. Je me réveille parfois en sursaut, le cœur battant, les draps trempés de sueur. Je rêve d'elle. De Sophia. De son rire, de ses yeux fous, de son arme pointée sur moi.Lucas est là, chaque fois. Il me serre dans ses bras, il me dit que tout va bien, que ce n'était qu'un rêve. Puis il retourne à son ordinateur, à ses dossiers, à la fondation. La fondation Luce. Pour notre fils. Pour Lucien. Pour que sa lumière ne
Chapitre 93LucasLa villa est silencieuse. Trop silencieuse. Les volets sont clos, les rideaux tirés, les lumières éteintes. Seule la lueur blafarde de la lune, lorsqu'elle parvient à percer les nuages, dessine des ombres mouvantes sur les murs du salon, sur les meubles en acajou, sur les visages fatigués de ceux qui veillent. L'odeur du café froid flotte, mêlée à celle, plus âcre, de la peur.Isabelle est à côté de moi, blottie contre mon épaule, ses doigts crispés sur ma manche. Son corps tremble par intermittences. Elle n'a pas pleuré. Pas encore. Ses yeux sont secs, grands ouverts, fixant l'obscurité comme si elle pouvait y lire les intentions de ceux qui rôdent dehors.Les armes sont posées sur la table basse, son pistolet à elle, le mien, le fusi
Chapitre 92EliotL'entrepôt est une carcasse de béton et de tôle rouillée, perdue au milieu de la zone industrielle désaffectée de la périphérie nord de Naples. Les immeubles alentour, aux vitres brisées en mille éclats, aux murs couverts de tags aux couleurs délavées, semblent abandonnés depuis des décennies, fantômes d'une époque où l'industrie faisait vivre ce quartier. Le bitume, fissuré, parsemé de flaques d'eau saumâtre, laisse pousser des herbes folles et des buissons de ronces qui griffent les chevilles. L'odeur âcre du gasoil, des déchets en décomposition, du moisi et de la rouille flotte dans l'air glacé du petit matin, une odeur de mort et d'abandon qui prend à la gorge.Je suis posté derrière un conteneur rouill&e
Chapitre 91LucasLe téléphone vibre sur la table de chevet à trois heures du matin. Un bruit strident, sec, qui déchire la nuit comme un coup de feu. Je suis réveillé en sursaut, le cœur battant, la main tendue vers l'appareil avant même d'avoir ouvert les yeux. À côté de moi, Isabelle grogne, se tourne, mais ne se réveille pas. Ses cheveux bruns s'étalent sur l'oreiller, ses cils sombres frémissent à peine. La lueur bleutée de l'écran éclaire son visage paisible, un visage qui, pour la première fois depuis des semaines, a retrouvé des couleurs.L'écran affiche le nom d'Eliot. Mon sang se glace. Eliot n'appelle jamais à cette heure-ci pour une bonne nouvelle. Jamais.— Lucas. Sa voix est tendue, haletante.&mda
Chapitre 90IsabelleLa cuisine baigne dans la lumière douce du matin. Les rayons du soleil traversent la fenêtre au-dessus de l'évier, éclaboussant le carrelage en terre cuite de reflets orangés. L'odeur du café flotte dans l'air, mêlée à celle, plus sucrée, des brioches que Victoria a fait livrer de la pâtisserie du village. La pièce est silencieuse, habitée seulement par le ronronnement du réfrigérateur et le tic-tac de l'horloge murale. Je suis seule.Lucas est sorti tôt ce matin pour un rendez-vous avec Eliot. Victoria et Georges sont chez eux. Les domestiques s'affairent discrètement dans l'aile opposée. La villa tout entière semble retenir son souffle.Je tiens ma tasse de thé entre mes mains, les doigts enroulés autour de la porcelaine chaude. Le liquide ambré fume légèrement. Je n'ai pas faim. Je n'ai plus faim depuis longtemps. Mais je bois, machinalement, par habitude.Mon regard glisse vers la fenêtre, attiré par un mouvement furtif. Une ombre, au fond du jardin. Près du m
Chapitre 89GeorgesLe fumoir de la villa est une petite pièce que je connais bien, nichée entre la bibliothèque et l'office, à peine éclairée par une lampe en verre ambré posée sur une console en acajou. Les murs, tapissés de bois sombre aux reflets mordorés, suintent l'odeur du cuir vieilli, du tabac froid, de la cire d'abeille, un parfum d'enfance, de secrets longtemps gardés. Les fauteuils en cuir havane, fatigués mais confortables, portent les marques de nos longues conversations avec Lucas, une tache de vin ici, une égratignure là, témoins silencieux des heures passées à parler, à se taire, à vieillir ensemble. Une étagère, dans l'angle, rassemble de vieux livres de pêche et de chasse, des reliures fatiguées aux pages jaunies, des souvenirs de l'homme que j'é







