MasukMon cœur se serre douloureusement. Alex croise mon regard, puis se tourne vers Thomas avec une expression réfléchie.— C'est une réaction normale. La jalousie, la peur de perdre l'autre. Mais certains couples y arrivent. Ils disent que ça renforce leur relation, que ça les libère, que ça crée une complicité nouvelle.— Peut-être. Mais je ne sais pas si j'en serais capable. Je suis trop... possessif, peut-être. Trop traditionnel. Quand j'aime quelqu'un, je veux être tout pour elle. Je veux être son seul, son unique, celui qui comble tous ses désirs.Sa main se pose sur ma cuisse, un geste tendre et possessif à la fois. Je pose ma main sur la sienne, je la serre doucement.— Et si la personne que tu aimes avait besoin de plus ? je demande doucement, les mots franchissant mes lèvres avec difficulté. Pas pour te remplacer, pas pour t'effacer. Mais pour explorer d'autres facettes d'elle-même. D'autres d
Il sourit, un sourire presque tendre qui adoucit ses traits.— Non. On y va doucement. Par petites touches. Par étapes successives. On lui parle de libertinage, de relations ouvertes, de polyamour. On lui montre des articles, des témoignages de couples qui vivent ainsi. On le fait réfléchir, on élargit son horizon. On teste ses limites, on voit jusqu'où il peut aller.— Tu veux le manipuler.— Je veux lui donner une chance de comprendre. Une chance d'accepter. Une chance de faire partie de la solution plutôt que d'être la victime du problème. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la pédagogie.Je me lève, je vais vers la fenêtre. Le jardin est magnifique en cette fin de journée, les roses sont en pleine floraison, le tilleul projette son ombre fraîche sur la pelouse. Dans quelques heures, Thomas rentrera du travail. Il m'embrassera, me demandera comment s'est passée ma journée, me parlera de se
Je rouvre les yeux. Il est là, en face de moi, ses grands yeux sincères, sa chemise mal repassée, sa tartine beurrée qui refroidit dans son assiette. Il est prêt à tout entendre, prêt à tout accepter, prêt à tout essayer pour me faire plaisir. Et c'est précisément pour ça que je ne peux pas lui dire la vérité. Parce que la vérité le détruirait. La vérité, ce n'est pas que j'ai des fantasmes inavoués. La vérité, c'est que je les vis déjà. Avec un autre. Sous son toit. Depuis des mois. — Laisse tomber, dis-je en me levant brusquement. Ce n'est pas grave. Oublie ce que j'ai dit. — Luna, attends. Ne fuis pas. On peut en parler. Vraiment. Je ne te juge pas. Quoi que ce soit, je ne te jugerai pas. Je t'aime. Je le regarde, et je vois tout l'amour qu'il a pour moi dans ses yeux. Un amour pur, simple, total. Un amour qui ne mérite pas ce que je lui fais.
Je me retourne, je le regarde. Il est là, assis à ma table de cuisine, dans la lumière rose de l'aube, avec son survêtement froissé et ses cheveux en bataille. Il n'a rien du dominant sûr de lui qu'il est d'habitude. Il est juste un homme. Un homme amoureux. Un homme qui cherche une solution désespérée à une situation impossible.— Qu'est-ce que tu proposes exactement ? je demande.— Rien pour l'instant. Juste... réfléchis. Observe Thomas. Essaie de comprendre jusqu'où il pourrait aller, ce qu'il pourrait accepter. Teste ses limites, doucement. Et puis on verra. On construira pas à pas.— On verra, dis-je en écho.Il se lève, s'approche de moi, pose ses mains sur mes épaules. Ses yeux plongent dans les miens.— Je t'aime, Luna. Et je suis prêt à attendre. Aussi longtemps qu'il faudra. Mais je ne veux plus que tu te détruises à force de mensonges. Je ne veux plus voir cette ombre
LunaJe ne dors pas de la nuit.Allongée dans le lit de la tourelle, seule puisque Thomas est à Lyon, je regarde le plafond où les ombres de la pluie dansent à travers les fenêtres, projetées par les réverbères de la rue. Les heures passent, marquées par le carillon lointain de l'église du quartier. Minuit. Une heure. Deux heures. Trois heures. Chaque coup de cloche résonne dans ma poitrine comme un rappel du temps qui file, des décisions qui ne sont pas prises, des vérités qui ne sont pas dites.Mon esprit tourne en boucle comme un hamster dans sa roue, repassant sans cesse les mêmes pensées, les mêmes questions, les mêmes impossibilités. Je me retourne dans le lit, je repousse les couvertures, je les ramène sur moi, je fixe le plafond, je ferme les yeux, je les rouvre.J'aime Thomas. C'est une certitude, la seule peut-être dans ce chaos qu'est devenue ma vie. Je l'aime depuis le premier jour, depuis s
Il relève les yeux. Ils sont humides, brillants de larmes contenues. Alex, l'homme de marbre, l'homme qui ne montre jamais rien, qui contrôle chacune de ses expressions, est au bord des larmes dans sa cuisine, devant une cocotte de bœuf bourguignon.— Je sais que tu aimes Thomas. Je le sais depuis le début. Je sais que tu ne le quitteras pas pour moi. Je sais que je ne suis pas ton avenir, pas ton port d'attache, pas l'homme avec qui tu construiras une vie normale. Je sais tout ça. Et ça me déchire, Luna. Ça me déchire d'une manière que je ne peux même pas t'expliquer, une douleur sourde qui ne me quitte jamais. Mais je préfère t'avoir à moitié que pas du tout. Je préfère partager ton cœur avec lui que de ne pas y avoir de place du tout. Je préfère être le deuxième, l'ombre, le secret, plutôt que de ne plus te voir.Il se lève brusquement, comme s'il ne supportait plus d'être assis, va vers la cuisinière, éteint le feu sous la cocotte.