تسجيل الدخولIl s'accoude à la table, son menton posé sur ses poings, son regard intense fixé sur moi. La bougie qui brûle entre nous vacille, projetant son ombre sur son visage, creusant ses pommettes, assombrissant le creux de ses yeux.— Dis-moi ce qui ne va pas, Luna. Je sens que tu es ailleurs, depuis des semaines. Peut-être depuis des mois. Je ne suis pas aveugle. Je te vois flotter, je te vois t'éloigner, même quand tu es dans mes bras. Tu es là, ton corps, ta chaleur, ta respiration… mais ton esprit est ailleurs, parti vers des contrées que je ne connais pas.— Je suis ici, Thomas.— Non. Ton corps est ici, mais toi, tu n'es pas là. Où vas-tu, Luna ? Qu'est-ce qui te tire hors de notre lit, hors de notre vie ?Je ne réponds pas tout de suite. Je laisse la question flotter entre nous, s'installer, s'alourdir comme un voile humide. Je regarde mes doigts qui tournent autour du pied de mon verre, des mouvements circulaires, presque obsessionnels, comme si je cherchais à modeler le destin avec
LunaLes jours suivent les jours, et l'idée germe en moi comme une plante dont on ne voit pas encore les racines mais qui pousse déjà en secret sous la terre, invisible, insidieuse, dévorant peu à peu le terreau de mes certitudes. Alex a planté la graine un soir, dans une confidence murmurée au coin du feu, le visage éclairé par les flammes vacillantes. Le film que nous avons regardé ensemble , cette comédie romantique où le couple s'ouvrait à de nouvelles expériences , en a été l'arrosage, l'eau tiède qui fait gonfler la terre et éclater les coques. Maintenant, il faut que la lumière vienne, que la pousse perce le sol et s'élève vers le ciel, fragile mais déterminée.Thomas est différent depuis cette soirée où nous avons échangé ces mots interdits dans la pénombre de la cuisine. Je le sens plus attentif, plus présent, plus… curieux. Comme s'il avait ouvert une fenêtre en lui dont il ne soupçonnait pas l'existence, et qu'il regardait maintenant le paysage avec des yeux nouveaux, émerv
Mon cœur se serre douloureusement. Alex croise mon regard, puis se tourne vers Thomas avec une expression réfléchie.— C'est une réaction normale. La jalousie, la peur de perdre l'autre. Mais certains couples y arrivent. Ils disent que ça renforce leur relation, que ça les libère, que ça crée une complicité nouvelle.— Peut-être. Mais je ne sais pas si j'en serais capable. Je suis trop... possessif, peut-être. Trop traditionnel. Quand j'aime quelqu'un, je veux être tout pour elle. Je veux être son seul, son unique, celui qui comble tous ses désirs.Sa main se pose sur ma cuisse, un geste tendre et possessif à la fois. Je pose ma main sur la sienne, je la serre doucement.— Et si la personne que tu aimes avait besoin de plus ? je demande doucement, les mots franchissant mes lèvres avec difficulté. Pas pour te remplacer, pas pour t'effacer. Mais pour explorer d'autres facettes d'elle-même. D'autres d
Il sourit, un sourire presque tendre qui adoucit ses traits.— Non. On y va doucement. Par petites touches. Par étapes successives. On lui parle de libertinage, de relations ouvertes, de polyamour. On lui montre des articles, des témoignages de couples qui vivent ainsi. On le fait réfléchir, on élargit son horizon. On teste ses limites, on voit jusqu'où il peut aller.— Tu veux le manipuler.— Je veux lui donner une chance de comprendre. Une chance d'accepter. Une chance de faire partie de la solution plutôt que d'être la victime du problème. Ce n'est pas de la manipulation, c'est de la pédagogie.Je me lève, je vais vers la fenêtre. Le jardin est magnifique en cette fin de journée, les roses sont en pleine floraison, le tilleul projette son ombre fraîche sur la pelouse. Dans quelques heures, Thomas rentrera du travail. Il m'embrassera, me demandera comment s'est passée ma journée, me parlera de se
Je rouvre les yeux. Il est là, en face de moi, ses grands yeux sincères, sa chemise mal repassée, sa tartine beurrée qui refroidit dans son assiette. Il est prêt à tout entendre, prêt à tout accepter, prêt à tout essayer pour me faire plaisir. Et c'est précisément pour ça que je ne peux pas lui dire la vérité. Parce que la vérité le détruirait. La vérité, ce n'est pas que j'ai des fantasmes inavoués. La vérité, c'est que je les vis déjà. Avec un autre. Sous son toit. Depuis des mois. — Laisse tomber, dis-je en me levant brusquement. Ce n'est pas grave. Oublie ce que j'ai dit. — Luna, attends. Ne fuis pas. On peut en parler. Vraiment. Je ne te juge pas. Quoi que ce soit, je ne te jugerai pas. Je t'aime. Je le regarde, et je vois tout l'amour qu'il a pour moi dans ses yeux. Un amour pur, simple, total. Un amour qui ne mérite pas ce que je lui fais.
Je me retourne, je le regarde. Il est là, assis à ma table de cuisine, dans la lumière rose de l'aube, avec son survêtement froissé et ses cheveux en bataille. Il n'a rien du dominant sûr de lui qu'il est d'habitude. Il est juste un homme. Un homme amoureux. Un homme qui cherche une solution désespérée à une situation impossible.— Qu'est-ce que tu proposes exactement ? je demande.— Rien pour l'instant. Juste... réfléchis. Observe Thomas. Essaie de comprendre jusqu'où il pourrait aller, ce qu'il pourrait accepter. Teste ses limites, doucement. Et puis on verra. On construira pas à pas.— On verra, dis-je en écho.Il se lève, s'approche de moi, pose ses mains sur mes épaules. Ses yeux plongent dans les miens.— Je t'aime, Luna. Et je suis prêt à attendre. Aussi longtemps qu'il faudra. Mais je ne veux plus que tu te détruises à force de mensonges. Je ne veux plus voir cette ombre







