SPICY HOT 3

SPICY HOT 3

last updateLast Updated : 2026-06-07
By:  DéesseCompleted
Language: French
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Le jour où Sofia pousse la porte du bar délabré de ce village qu’elle a fui dix ans plus tôt, elle ne cherche pas les ennuis. Elle veut simplement boire un verre, retrouver un peu de réconfort et éviter les souvenirs qu’elle a tant essayé d’oublier. Mais le passé finit toujours par refaire surface. Mathéo est adossé au comptoir, une bouteille de whisky à la main, le regard aussi dur que les cicatrices qui marquent ses jointures. Mauvais garçon, homme brutal au cœur endurci : voilà ce que les habitants racontent sur lui. Lorsqu’il aperçoit Sofia, il reconnaît immédiatement celle qui est partie sans un mot, le laissant seul face à une existence dont il n’a jamais réussi à s’échapper.

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Chapter 1

CHAPITRE 1 : LA RUELLE

Sofia

L'établissement exhale des effluves de bière éventée et de transpiration masculine, cette odeur particulière aux hommes qui n'ont d'autre occupation que de consumer leurs soirées dans l'alcool. Je reconnaîtrais cette fragrance entre mille , je l'ai respirée pendant dix ans dans trop de cités différentes. Pourtant, ici, elle revêt une dimension plus oppressante. Chaque note porte un nom, un visage, un souvenir que j'ai passé une décennie à tenter d'ensevelir.

Le battant de bois gémissait déjà lorsque j'étais enfant. Il geint toujours. Personne n'a entrepris la moindre réparation dans cette localité. Personne n'a jamais rien restauré nulle part, ici.

Je progresse vers le comptoir, mes talons résonnant sur le plancher imprégné de crasse. Quelques visages se tournent. Des regards qui m'effleurent, me jugent, m'évaluent. Je les ignore. J'ai acquis une maîtrise consommée dans l'art de faire fi des regards.

— Un whisky. Sec.

Le tavernier, un individu que je ne connais pas, me sert sans proférer une parole. Je porte le verre à mes lèvres. Le feu liquide descend le long de mon œsophage. Mes phalanges tremblent imperceptiblement autour du récipient. La fatigue du voyage, me dis-je. Rien d'autre.

Puis l'atmosphère se modifie.

Je serais bien en peine d'expliquer ce phénomène. Comme si la pression barométrique chutait brusquement. Ainsi qu'avant l'orage. Les pilotités de mes avant-bras se hérissent. Une chaleur soudaine envahit mon dos, glisse entre mes omoplates, descend le long de ma colonne vertébrale.

Je sais que c'est lui avant même d'effectuer ma rotation.

Mathéo.

Il est adossé au zinc, à l'extrémité opposée, une bouteille de whisky pendant au bout de ses doigts comme une excroissance naturelle de son être. La lumière sordide du bar creuse ses traits, exacerbe les cicatrices ornant ses jointures, fait étinceler ses prunelles telles des fragments de verre brisé.

Il me contemple.

Non. Il me dévore. Il me dépèce. Il me réduit en cendres sans esquisser le moindre mouvement.

Dix années.

Dix années que j'ai fui cette bourgade pourrie. Dix années que j'ai abandonné derrière moi ma génitrice, mes réminiscences, et lui. Lui qui n'était alors qu'un adolescent maladroit, avec des yeux trop vastes et des poings trop pesants. Lui qui me suivait partout tel un canidé égaré. Lui à qui j'avais promis, un soir d'été, que je ne m'en irais jamais.

J'ai menti.

Son regard m'apprend qu'il n'a pas oublié. Qu'il n'a rien oublié. Que chaque journée de ces dix années est gravée quelque part dans sa poitrine, et que je vais devoir expier.

Je soutiens son regard. Je ne suis plus l'adolescente qui prenait la fuite. J'ai appris à me défendre, moi aussi.

Il dépose sa bouteille. Le bruit du verre heurtant le bois résonne dans le silence qui s'est abattu sur l'assemblée. Chacun a saisi. Chacun retient son souffle.

Il traverse la salle.

Chaque enjambée est mesurée, précise, inexorable. Ses épaules larges fendent la foule qui s'écarte instinctivement. Ses mains pendent le long de son corps, mais j'observe les muscles de ses avant-bras saillir, prêts à frapper. Une cicatrice barre son sourcil senestre. Une autre, plus récente, court le long de sa mandibule.

Il s'immobilise devant moi. Je perçois son odeur. Cuir, tabac froid, sueur, et cette essence plus sauvage, plus animale. Une fragrance d'homme, simplement. Une senteur qui bouleverse mes entrailles d'une manière qui m'inspire à la fois dégoût et excitation.

— Sofia.

Sa voix. Grave. Rauque. Usée par l'alcool et les nuits d'insomnie. Une voix qui a appris à infliger la douleur.

— Mathéo.

Mon prénom dans sa bouche me traverse telle une décharge électrique. Je hais la manière dont il sonne. Je hais la façon dont mon organisme répond.

Ses doigts s'enroulent autour de mon biceps. Sa prise est ferme, presque douloureuse. Il me soulève de mon tabouret comme si j'étais dépourvue de poids.

— Nous allons dehors.

Ce n'est point une interrogation. C'est un ordre. Et la pire part de moi-même, celle que je croyais avoir anéantie en milieu urbain, éprouve le désir d'obtempérer.

Il me tracte à travers la salle. Mes talons raclent le plancher. Je pourrais me débattre, je pourrais hurler, je pourrais enfoncer mes ongles dans ses globes oculaires. Je ne fais rien. Je le suis.

Le battant claque derrière nous. L'air glacial de la nuit me fouette le visage. La ruelle est exiguë, médiocrement éclairée par un unique réverbère qui crépite. Des conteneurs à ordures alignés contre la paroi. L'odeur de l'urine et de la terre humide.

Il me plaque contre la pierre.

Mon dos heurte le mur avec un bruit sourd. L'air est expulsé de mes poumons. Ses mains emprisonnent mes épaules, ses doigts s'enfoncent dans ma chair. Il est trop proche. Son visage à quelques centimètres du mien. Son souffle tiède sur mes lèvres.

— Tu possèdes un certain culot de revenir.

Sa voix vibre d'une rage contenue. J'observe les muscles de sa mâchoire saillir sous l'épiderme.

— J'en avais le droit.

— Le droit ? crache-t-il. Le droit ?

Il me secoue. Mon crâne heurte la pierre. La douleur explose dans mon cerveau, mais c'est une souffrance nette, une souffrance qui me ranime, qui me remémore que j'existe encore.

— Tu disparais sans un mot. Dix ans. Dix putains d'années sans donner le moindre signe de vie. Et tu réapparais comme si de rien n'était, avec tes bottines citadines et ton air de tout connaître ?

— Je ne te dois rien.

— Rien ?

Il émet un rire. Un ricanement dépourvu de joie, un rire brisé, qui évoque davantage un sanglot.

— Tu me dois tout, Sofia. Tout.

Sa main libère mon épaule. Elle s'élève, s'enfonce dans ma chevelure, l'agrippe à la racine. Il tire ma tête en arrière, contraignant mon visage à se rapprocher du sien. La douleur est cuisante. Je sens les larmes affluer, je les refoule.

— J'ai décompté les jours, murmure-t-il. Les heures. Les minutes. Chaque putain de seconde où tu n'étais pas là.

Son regard plonge dans le mien. Il y a tant de choses dans ses prunelles. De la rage, assurément. Mais également de la souffrance. Une douleur si immense, si ancienne, qu'elle m'étreint la gorge.

— Et toi ? M'as-tu regardée une seule fois dans le rétroviseur en t'enfuyant ?

Je ne réponds pas. Je ne peux répondre. Parce que la vérité, c'est que oui. Oui, je l'ai regardé. Pendant des mois. Pendant des années. Dans les visages des autres hommes, dans le vacarme urbain, dans le silence de mes nuits.

Je le frappe.

Ma main part spontanément. La gifle claque dans le silence de la ruelle. Sa tête pivote sur le côté. Une marque écarlate apparaît sur sa joue.

Il demeure immobile. Une seconde. Deux secondes.

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