LOGINCompilation d'histoire érotiques très explicitee , ce livre est pour un public averti . Le jour où Sofia pousse la porte du bar pouilleux de ce village qu'elle a fui dix ans plus tôt, elle ne cherche pas les ennuis. Elle cherche juste un verre, un peu de chaleur, et surtout, à éviter les fantômes de son passé. Mais le passé, elle lui rentre dedans. Mathéo est adossé au comptoir, une bouteille de whisky à la main, le regard aussi tranchant que les cicatrices qui balafrent ses jointures. Mauvais garçon, brute épaisse, cœur de pierre , c'est ce que tout le monde dit de lui. Lui, il la regarde, et il voit la fille qui est partie sans un mot, celle qui l'a laissé pourrir dans cette misère. Elle s'attend à des cris. À des insultes. Pas à ce qu'il l'attrape par les cheveux dans la ruelle, pas à ce que sa bouche écrase la sienne avec une violence qui sent l'alcool et la rage. "T'aurais pas dû revenir", souffle-t-il contre sa peau. Elle répond par un coup de griffe, un baiser sanglant, et la promesse silencieuse qu'elle ne sera jamais à personne d'autre. Entre eux, il n'y a que des dettes de souffrance, des corps qui se souviennent et un désir aussi toxique que le poison qui les ronge. Il veut la briser. Elle veut le consumer. Et dans ce village où tout le monde les regarde, ils vont s'aimer comme on se fait la guerre : sale, brut, et jusqu'à ce que la mort ou la rédemption , les sépare.
View MoreSofia
L'établissement exhale des effluves de bière éventée et de transpiration masculine, cette odeur particulière aux hommes qui n'ont d'autre occupation que de consumer leurs soirées dans l'alcool. Je reconnaîtrais cette fragrance entre mille , je l'ai respirée pendant dix ans dans trop de cités différentes. Pourtant, ici, elle revêt une dimension plus oppressante. Chaque note porte un nom, un visage, un souvenir que j'ai passé une décennie à tenter d'ensevelir.
Le battant de bois gémissait déjà lorsque j'étais enfant. Il geint toujours. Personne n'a entrepris la moindre réparation dans cette localité. Personne n'a jamais rien restauré nulle part, ici.
Je progresse vers le comptoir, mes talons résonnant sur le plancher imprégné de crasse. Quelques visages se tournent. Des regards qui m'effleurent, me jugent, m'évaluent. Je les ignore. J'ai acquis une maîtrise consommée dans l'art de faire fi des regards.
— Un whisky. Sec.
Le tavernier, un individu que je ne connais pas, me sert sans proférer une parole. Je porte le verre à mes lèvres. Le feu liquide descend le long de mon œsophage. Mes phalanges tremblent imperceptiblement autour du récipient. La fatigue du voyage, me dis-je. Rien d'autre.
Puis l'atmosphère se modifie.
Je serais bien en peine d'expliquer ce phénomène. Comme si la pression barométrique chutait brusquement. Ainsi qu'avant l'orage. Les pilotités de mes avant-bras se hérissent. Une chaleur soudaine envahit mon dos, glisse entre mes omoplates, descend le long de ma colonne vertébrale.
Je sais que c'est lui avant même d'effectuer ma rotation.
Mathéo.
Il est adossé au zinc, à l'extrémité opposée, une bouteille de whisky pendant au bout de ses doigts comme une excroissance naturelle de son être. La lumière sordide du bar creuse ses traits, exacerbe les cicatrices ornant ses jointures, fait étinceler ses prunelles telles des fragments de verre brisé.
Il me contemple.
Non. Il me dévore. Il me dépèce. Il me réduit en cendres sans esquisser le moindre mouvement.
Dix années.
Dix années que j'ai fui cette bourgade pourrie. Dix années que j'ai abandonné derrière moi ma génitrice, mes réminiscences, et lui. Lui qui n'était alors qu'un adolescent maladroit, avec des yeux trop vastes et des poings trop pesants. Lui qui me suivait partout tel un canidé égaré. Lui à qui j'avais promis, un soir d'été, que je ne m'en irais jamais.
J'ai menti.
Son regard m'apprend qu'il n'a pas oublié. Qu'il n'a rien oublié. Que chaque journée de ces dix années est gravée quelque part dans sa poitrine, et que je vais devoir expier.
Je soutiens son regard. Je ne suis plus l'adolescente qui prenait la fuite. J'ai appris à me défendre, moi aussi.
Il dépose sa bouteille. Le bruit du verre heurtant le bois résonne dans le silence qui s'est abattu sur l'assemblée. Chacun a saisi. Chacun retient son souffle.
Il traverse la salle.
Chaque enjambée est mesurée, précise, inexorable. Ses épaules larges fendent la foule qui s'écarte instinctivement. Ses mains pendent le long de son corps, mais j'observe les muscles de ses avant-bras saillir, prêts à frapper. Une cicatrice barre son sourcil senestre. Une autre, plus récente, court le long de sa mandibule.
Il s'immobilise devant moi. Je perçois son odeur. Cuir, tabac froid, sueur, et cette essence plus sauvage, plus animale. Une fragrance d'homme, simplement. Une senteur qui bouleverse mes entrailles d'une manière qui m'inspire à la fois dégoût et excitation.
— Sofia.
Sa voix. Grave. Rauque. Usée par l'alcool et les nuits d'insomnie. Une voix qui a appris à infliger la douleur.
— Mathéo.
Mon prénom dans sa bouche me traverse telle une décharge électrique. Je hais la manière dont il sonne. Je hais la façon dont mon organisme répond.
Ses doigts s'enroulent autour de mon biceps. Sa prise est ferme, presque douloureuse. Il me soulève de mon tabouret comme si j'étais dépourvue de poids.
— Nous allons dehors.
Ce n'est point une interrogation. C'est un ordre. Et la pire part de moi-même, celle que je croyais avoir anéantie en milieu urbain, éprouve le désir d'obtempérer.
Il me tracte à travers la salle. Mes talons raclent le plancher. Je pourrais me débattre, je pourrais hurler, je pourrais enfoncer mes ongles dans ses globes oculaires. Je ne fais rien. Je le suis.
Le battant claque derrière nous. L'air glacial de la nuit me fouette le visage. La ruelle est exiguë, médiocrement éclairée par un unique réverbère qui crépite. Des conteneurs à ordures alignés contre la paroi. L'odeur de l'urine et de la terre humide.
Il me plaque contre la pierre.
Mon dos heurte le mur avec un bruit sourd. L'air est expulsé de mes poumons. Ses mains emprisonnent mes épaules, ses doigts s'enfoncent dans ma chair. Il est trop proche. Son visage à quelques centimètres du mien. Son souffle tiède sur mes lèvres.
— Tu possèdes un certain culot de revenir.
Sa voix vibre d'une rage contenue. J'observe les muscles de sa mâchoire saillir sous l'épiderme.
— J'en avais le droit.
— Le droit ? crache-t-il. Le droit ?
Il me secoue. Mon crâne heurte la pierre. La douleur explose dans mon cerveau, mais c'est une souffrance nette, une souffrance qui me ranime, qui me remémore que j'existe encore.
— Tu disparais sans un mot. Dix ans. Dix putains d'années sans donner le moindre signe de vie. Et tu réapparais comme si de rien n'était, avec tes bottines citadines et ton air de tout connaître ?
— Je ne te dois rien.
— Rien ?
Il émet un rire. Un ricanement dépourvu de joie, un rire brisé, qui évoque davantage un sanglot.
— Tu me dois tout, Sofia. Tout.
Sa main libère mon épaule. Elle s'élève, s'enfonce dans ma chevelure, l'agrippe à la racine. Il tire ma tête en arrière, contraignant mon visage à se rapprocher du sien. La douleur est cuisante. Je sens les larmes affluer, je les refoule.
— J'ai décompté les jours, murmure-t-il. Les heures. Les minutes. Chaque putain de seconde où tu n'étais pas là.
Son regard plonge dans le mien. Il y a tant de choses dans ses prunelles. De la rage, assurément. Mais également de la souffrance. Une douleur si immense, si ancienne, qu'elle m'étreint la gorge.
— Et toi ? M'as-tu regardée une seule fois dans le rétroviseur en t'enfuyant ?
Je ne réponds pas. Je ne peux répondre. Parce que la vérité, c'est que oui. Oui, je l'ai regardé. Pendant des mois. Pendant des années. Dans les visages des autres hommes, dans le vacarme urbain, dans le silence de mes nuits.
Je le frappe.
Ma main part spontanément. La gifle claque dans le silence de la ruelle. Sa tête pivote sur le côté. Une marque écarlate apparaît sur sa joue.
Il demeure immobile. Une seconde. Deux secondes.
Elle s'est penchée en avant. Ses coudes sur le bureau. Son menton dans ses mains jointes. Ses yeux verts ne me lâchaient pas. — C'est cela, la véritable soumission, Enzo. Ce n'est pas obéir à des ordres absurdes. Ce n'est pas subir des punitions. Ce n'est pas s'agenouiller ou baisser les yeux. C'est s'ouvrir. Se dévoiler. Offrir à l'autre l'accès à ce que vous avez de plus intime. De plus secret. De plus vulnérable. Le silence est retombé. Lourd. Chargé d'attente. Je tenais la feuille entre mes doigts comme un objet sacré. — Vous avez une semaine. Rendez-moi votre rédaction lundi prochain. À la même heure. Dix-sept heures précises. Elle a pris une enveloppe dans son tiroir et me l'a tendue. Une enveloppe banale, en papier kraft, comme on en trouve dans n'importe quelle papeterie. — Votre texte sera dans cette enveloppe. Scellée. Je serai la seule à la lire. Personne d'autre ne posera les yeux sur vos mots. C'est un secret
J'ai obéi. Mon regard est redescendu vers le sol. Mais quelque chose avait changé. Ce n'était plus une contrainte. Ce n'était plus une humiliation. C'était... un soulagement. Comme si baisser les yeux devant elle était la chose la plus naturelle du monde. La plus juste. La seule position qui avait un sens. — Bien, Enzo. Très bien. Vous apprenez vite. Plus vite que je ne l'espérais. Elle s'est relevée. A reculé de quelques pas. Ses talons ont claqué sur le parquet. — À partir d'aujourd'hui, dans cet espace, dans nos leçons, vous ne me regarderez que lorsque je vous en donnerai la permission expresse. Le reste du temps, vos yeux resteront baissés. C'est une marque de respect. Mais c'est aussi une discipline. Un exercice de maîtrise de soi. Un rappel constant de votre place et de la mienne. Elle a marqué une pause. Le silence s'est étiré. — Dans la vie ordinaire, au lycée, vous continuerez à vous comporter normalement. V
EnzoJe suis resté à genoux un long moment. Le temps s'était dilué, avait perdu toute signification, toute consistance. Il n'y avait plus que cet instant. Cette posture. Ce parquet froid sous mes genoux. Cette présence face à moi, debout, souveraine.Mes genoux me faisaient mal maintenant. Une douleur sourde, lancinante, qui irradiait dans mes cuisses, dans mes hanches, dans le bas de mon dos. Le bois dur s'enfonçait dans ma chair à travers le denim usé. Mes rotules étaient deux points de souffrance aiguë. Mais étrangement, cette douleur ne me dérangeait pas. Elle faisait partie de l'expérience. Elle m'ancrait dans le présent. Elle était une leçon en elle-même.Madame Valois s'était relevée. Elle se tenait debout face à moi, les bras croisés, la tête légèrement inclinée. Sa silhouette se découpait contre la lumière dorée de la lampe de bureau. Elle m'observait. Son regard vert me scrutait, me pesait, me jaugeait. Elle ne disait rien. Elle attendait.— Levez les
Sa voix venait d'en haut. Elle tombait sur moi comme une pluie tiède, comme une bénédiction et une malédiction mêlées.J'ai obéi. Je me suis concentré sur ma respiration. Inspirer. Expirer. Lentement. Profondément. L'air entrait dans mes poumons, en ressortait. Mes épaules se soulevaient et s'abaissaient. Le silence s'est installé. Un silence épais, presque solide, que seul troublait le bruit de nos deux souffles mêlés, le sien calme et régulier, le mien plus court, plus saccadé.Les minutes ont passé. Combien ? Je ne sais pas. Cinq, dix, quinze ? Le temps avait perdu sa consistance. Il s'était dilué dans cette posture immobile. Mes genoux commençaient à me faire mal. Le bois dur s'enfonçait dans ma chair à travers le tissu de mon jean. Mes rotules protestaient. Mes cuisses tremblaient légèrement sous l'effort.Mais la douleur était étrangement... agréable. Elle m'ancrait dans le moment présent. Elle m'empêchait de fuir dans mes pensées, de me réfugier dans mes défe
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