LOGINOphélia est partie.Je reste immobile, figé, incapable de bouger, incapable de parler. Damien tient toujours sa main, cette main qui devient transparente, qui se dissout lentement en particules de lumière. Il ne pleure pas , pas encore. Il est au-delà des larmes, dans un état de chagrin si profond qu'aucune expression ne peut le contenir.Nyx s'effondre. Il tombe à genoux, sa tête écailleuse se posant sur le lit, ses sanglots résonnant dans la chambre comme des coups de tonnerre. Lyriana s'agenouille à côté de lui, ses bras autour de ses épaules, ses propres larmes coulant silencieusement.— Elle est partie, dit Damien, sa voix vide, atone. Elle est partie.— Elle est libre, corrigé-je, et je m'étonne de la fermeté de ma propre voix. Elle est retournée aux étoiles. C'est ce qu'elle voulait.— Je sais. Mais putain, ce que ça fait mal.— Oui. Ça fait mal.Je contourne le lit, m'agenouillant à côté de Damien. Nous nous regardons , le vieux loup et le vieux dragon et dans nos yeux, il y a
AlistairLes années ont passé, innombrables et pourtant trop courtes.Je me tiens dans la chambre de la tour, notre chambre, celle que nous avons partagée pendant tant de décennies. Les rideaux de soie noire sont tirés, filtrant la lumière du soleil couchant en rayons pourpres et dorés. Le grand lit à baldaquin occupe le centre de la pièce, recouvert de fourrures épaisses et de draps de soie. Et dans ce lit, entourée de coussins et de couvertures, repose Ophélia.Notre femme. Notre amour. Notre cœur.Elle est mourante.Nous le savons depuis des mois. Les guérisseurs n'ont rien pu faire – ni la magie draconique, ni les remèdes lupins, ni les sortilèges des Cours des Ombres. C'est le cycle naturel des fées mortelles, ont-ils dit. Elle a vécu une longue vie, bien plus longue que la plupart des humains. Elle a donné tout ce qu'elle avait à donner. Il est temps pour elle de retourner aux étoiles.Je refuse cette vérité de tout mon être. Je suis un dragon, j'ai trois siècles et demi d'exist
Comme pour répondre à mes pensées, une silhouette ailée apparaît à l'horizon. Noire comme la nuit, élancée comme une flèche, elle fend les nuages avec une grâce qui me coupe le souffle. Nyx. Mon fils. Mon petit prince des ombres.Il atterrit dans le jardin suspendu avec la légèreté d'une plume, ses ailes membraneuses se repliant dans son dos. Il est magnifique , plus magnifique que jamais. Ses écailles noires scintillent de reflets dorés, ses yeux ambrés et dorés brillent d'intelligence et de bonté, ses cornes fièrement dressées lui donnent une allure royale.— Maman, papa loup, papa dragon, dit-il en s'approchant pour nous embrasser. Je ne vous dérange pas ?— Tu ne nous déranges jamais, dit Alistair.— Tu es toujours le bienvenu, grogne Damien.— Mon fils, murmuré-je en tendant les bras.Il se penche pour que je puisse caresser ses écailles, ce geste que j'ai fait des milliers de fois depuis qu'il est né. Il est si grand maintenant que je dois lever le bras pour atteindre sa tête. M
Damien et moi nous approchons, nos mains se posant sur les épaules de Nyx, sur le dos d'Ophélia, formant un cercle de réconfort et d'unité. Les témoins restent silencieux, respectant l'intimité de cet instant. Même Garreth, le vieux loup bourru, détourne le regard pour cacher son émotion.— Tu es prêt, dis-je finalement. Tu es le Prince de Noxluris. L'héritier de nos trois familles. Le Dragon des Ombres. Le Patriarche Lycan. Le Gardien de la Clé.— Et tu es notre fils, ajoute Damien. Avant tout.— Pour toujours, conclut Ophélia.Nyx se redresse, essuyant ses larmes du revers de sa patte. Il nous regarde, tous les trois, et je vois dans ses yeux ambrés et dorés une détermination nouvelle. Une détermination forgée par l'amour, trempée dans les épreuves, polie par le temps.— Je porterai vos héritages avec fierté, dit-il. Je serai le leader que Noxluris mérite. Je défendrai notre famille, notre ville, notre rêve. Par le sang, par le feu, par l'ombre. Je le jure.— Nous te croyons, disons
AlistairLa cérémonie se déroule dans la cour intérieure de la tour, un lieu qui n'a jamais été ouvert au public auparavant. C'est un espace sacré pour nous , ici, il y a dix-sept ans, Ophélia et moi avons prononcé nos vœux de mariage. Ici, Damien nous a rejoints pour former la Trinité. Ici, l'œuf qui contenait Nyx a émis sa première lueur dorée, signe de la vie qui palpitait en lui.Aujourd'hui, nous sommes de nouveau réunis dans cette cour. Mais cette fois, ce n'est pas pour un mariage. C'est pour une passation.Les témoins sont peu nombreux , nous avons voulu une cérémonie intime, loin de l'agitation de la ville. Garreth est là, bien sûr, le vieux loup gris arborant fièrement son collier d'argent. Selene est venue avec sa fille Lyra, désormais adolescente et déjà apprentie guérisseuse. Le Seigneur Tharandor représente la Banque, Dame Morgane les Cours des Ombres. Quelques autres alliés proches, des visages familiers qui ont traversé les années à nos côtés.Nyx se tient au centre de
Je secoue la tête, mi-furieux mi-admiratif. Mon fils. Mon petit dragon-loup-fée. Il est en train de devenir un leader, un vrai, de ceux qui changent le monde sans même s'en rendre compte. Il y a dix ans, il était un bébé qui mâchouillait ma queue et brûlait les canapés. Aujourd'hui, il négocie des traités internationaux.Putain de temps qui passe.— Il arrive, dit soudain Ophélia, sa voix s'étranglant d'émotion. Je le sens. Il est tout proche.Nous nous penchons par-dessus la rambarde du balcon, nos regards scrutant la place en contrebas. La foule s'est rassemblée , la nouvelle du retour du Prince a dû se répandre. Des loups, des dragons, des humains, des mages, tous massés autour de la tour, leurs visages levés vers le ciel.Et soudain, je le vois.Une silhouette ailée qui descend des nuages, fendant l'air avec une grâce qui n'appartient qu'à lui. Ses ailes membraneuses sont immenses maintenant, assez puissantes pour le porter sur des centaines de lieues sans fatigue. Son corps s'est
Le premier contact est électrique. Je le sens à travers le lien d'ombre – une décharge, une étincelle, quelque chose qui se tord et se redresse, qui se cherche et se trouve. Le lien qui nous relie, qui a toujours été une ligne droite entre Alistair et moi, avec Da
OphéliaLa prophétie arrive par un matin d'hiver, portée par un messager spectral qui se matérialise dans l'atrium et récite son texte avant de se dissoudre en volutes de brume.Je suis seule quand elle apparaît. Damien es
C'est idiot. C'est absurde. C'est moi qui offre le cadeau, et je pleure comme une enfant. Mais leurs réactions , la dévotion brute de Damien, l'analyse émerveillée d'Alistair, leur façon à tous les deux de porter ce morceau de moi comme un tal
Le doute, le poison de Séraphina, le ver dans ma poitrine tout se dissout dans une vague de larmes chaudes qui montent de mon ventre et débordent de mes yeux avant que je ne puisse les retenir. Je ne suis pas un trophée. Je ne suis pas une distraction. Je ne suis pas un capri







