INICIAR SESIÓNAlistair La silhouette se précise à mesure que nous avançons vers le cœur de la Brèche. Le chaos dimensionnel semble s'organiser autour d'elle, comme si c'était sa volonté qui maintenait cette zone stable. Le sol redevient solide sous nos pieds, une plateforme de pierre noire flottant dans le néant coloré. L'œuf est là, posé sur un autel de la même pierre, palpitant de sa lumière douloureuse. Et derrière l'œuf se tient le Masqué. Il est immense, plus de deux mètres de haut, mince comme une lame, enveloppé dans une cape d'un noir si profond qu'elle absorbe la lumière. Son masque d'argent brille d'un éclat froid, couvrant tout son visage sauf ses yeux. Et ses yeux sont deux braises violettes, deux trous de feu elfique qui nous regardent avec une haine ancienne, une haine qui a eu des siècles pour mijoter et se raffiner en poison pur. — Enfin, dit-il, et sa voix est un mélange de soie et de verre brisé, de chagrin et de rage.
Ophélia C'est mon tour. Je le sais. La Brèche a déchiré Damien, a brisé Alistair, et maintenant elle se tourne vers moi, son attention est un poids, une pression, une curiosité affamée. J'ai vu mes deux hommes affronter leurs démons intérieurs, j'ai vu leurs larmes et leurs terreurs. Je croyais être prête. Je me trompais. Le chaos se solidifie pour la troisième fois, et ce qui apparaît est pire que des monstres, pire que des maisons en feu ou des vitrines de cristal. Ce qui apparaît, c'est le vide. Un espace blanc, infini, sans murs ni sol ni plafond, une absence totale de repères. Et dans ce blanc, une silhouette. Moi. Pas une version monstrueuse de moi. Pas une version morte ou emprisonnée. Juste moi, Ophélia, debout au milieu de nulle part, vêtue de ma robe habituelle, mes ailes repliées, mes ombres autour de mes pieds. Sauf que mes ombres sont pâles, presque transparentes. Et ma poussière d'étoiles ne brille pas. Je su
Alistair La Brèche a goûté à Damien, elle a dévoré sa peur et l'a recraché transformé. Maintenant c'est mon tour. Je le sens venir comme on sent l'orage, une pression dans l'air, un goût métallique sur la langue, une terreur ancienne qui remonte du ventre. Le chaos autour de nous se réorganise, les volutes de non-couleur cherchent dans ma tête, fouillent mes dossiers, ouvrent mes tiroirs fermés à clé. — Alistair, tiens bon, dit Ophélia en serrant ma main plus fort. Quoi que tu voies, ce n'est pas réel. Nous sommes là. Mais je ne l'écoute plus. Le décor se solidifie avec une précision atroce. Une tour de verre et d'acier. Ma tour. Mon penthouse au sommet de Noxluris. Tout est identique, le canapé de cuir, la cheminée, le bar en cristal. Et les vitrines. Des dizaines de vitrines alignées le long des murs, éclairées par une lumière tamisée qui met en valeur les objets d'art, les joyaux antiques, les ar
Damien La porte s'ouvre sur mon passé, mais ce n'est pas le passé que je connais. La maison est la même, l'odeur de résine et le feu dans l'âtre, les chants de ma mère et les rires de mes sœurs. Mais les visages sont différents. Sur le seuil se tient Ophélia, vêtue d'une robe simple de paysanne, les cheveux noués en un chignon lâche, ses ailes d'ombre invisibles, ses pieds nus sur le plancher de bois. Elle porte un enfant dans ses bras, un petit garçon aux yeux jaunes et aux cheveux noirs comme les miens. — Damien, dit-elle, et sa voix est douce, heureuse, une voix que je ne lui ai jamais entendue, une voix de paix et de foyer. Tu rentres tard. Les enfants t'attendaient. La soupe est prête. Je ne peux pas parler. Ma gorge est un nœud de fer. Je sais que c'est faux. Je sais que c'est la Brèche. Mais c'est si beau. Si atrocement beau. Derrière elle, je vois mes sœurs, vivantes, adultes, leurs enfants jouant sur le sol. Je vo
Ophélia Nous plongeons dans la Brèche comme on plonge dans un océan qui n'a pas de fond, pas de surface, pas de lois. La réalité se déchire autour de nous avec un bruit qui n'est pas un bruit, une déchirure silencieuse qui hurle dans nos os. Ma main droite serre celle d'Alistair, ma main gauche celle de Damien, et mes ombres forment une corde vivante qui nous lie tous les trois, un cordon ombilical de ténèbres et de poussière d'étoiles. La première chose qui nous frappe, c'est l'absence de sol. Nous ne tombons pas vraiment, nous flottons dans une substance qui n'est ni liquide ni gazeuse, quelque chose entre la mémoire et le rêve. Les couleurs sont fausses, des pourpres qui n'existent pas, des verts qui font saigner les yeux. Le temps ne s'écoule pas normalement, il s'étire comme du miel puis se contracte comme un muscle, nous donnant l'impression de vivre mille ans et une seconde en même temps. — Restez liés, je crie, mai
AlistairL’aube nous trouve sur le toit, entremêlés les uns aux autres pour lutter contre le froid, quand nos téléphones vibrent tous en même temps, une alarme stridente, une convocation d’urgence qui déchire le silence de la ville qui s’éveille. C’est le Conseil des Six. Le message est laconique, affolé.La Brèche dimensionnelle est en train de s’effondrer. Tous les agents disponibles sont appelés sur place. L’instabilité magique a été détectée il y a une heure. Elle est en train de contaminer trois rues du quartier des Canaux. Et au centre, au cœur palpitant de cette déchirure entre les mondes, une présence a été identifiée. Un objet. Un œuf.Le Masqué a frappé. Il n’a pas attendu que nous résolvions l’énigme, il n’a pas joué le jeu. Pendant que nous étions dans nos cavernes à affronter nos pères et nos démons, pendant que nous étions sur ce toit à bâtir un avenir à trois, il a avancé ses pions. Il a pris l’œuf, l’a déplacé, l’a jeté dans l’end
OpheliaIl écoute.Sans m'interrompre.Sans ciller.Sans que son regard ne me lâche une seconde.Et quand j'ai fini, quand ma voix s'éteint dans le silence de la pièce, il reste immobile un long moment, à me regarder, &agr
AlistairC'est ce que je fais.C'est ce que j'ai toujours fait.Je collectionne les femmes comme je collectionne les objets. Je les admire un temps, je les possède, je les range quand je me lasse. Elles ne sont pa
Ophelia Damien veut l'utiliser comme pont diplomatique. C'est ce qu'il m'a dit, avec sa voix rauque et ses yeux ambrés. Un bébé dragon élevé par des Lycans, pour rapprocher les espèces. Pour créer un lien. Pour construire une paix durable entre leurs peuples ennemis.C'est beau.C'est trop beau.D
Ophelia Je me penche vers lui. Assez près pour qu'il sente mon souffle, assez près pour qu'il voie l'obscurité dans mes yeux, assez près pour qu'il comprenne que je ne suis pas celle qu'il croit.— Non. Mais les deux monstres qui me courent après, eux, ils le sont. Dorian le Lycan et Alistair le D







