Se connecterOphéliaNous sortons de la caverne au matin. Le soleil se lève sur les collines qui entourent le manoir Ashford, et sa lumière est si normale, si banale, si incroyablement réelle après le chaos de la Brèche que j'en ai les larmes aux yeux. L'herbe est verte. Le ciel est bleu. Les oiseaux chantent. Le monde a continué de tourner pendant que nous étions dans l'abîme.Nous marchons côte à côte, Damien à ma gauche, Alistair à ma droite. Aucun de nous trois n'a lâché la main des autres. Le lien d'ombre que j'ai tissé dans la Brèche s'est distendu, mais il n'a pas disparu. Il est toujours là, fin comme un fil d'araignée, invisible mais solide, nous reliant tous les trois.Les grilles du manoir sont ouvertes. Les jardins sont déserts. Mais au-delà, sur la route qui mène à Noxluris, une foul
AlistairLe sol de la caverne est froid. Glacial, même. La pierre noire absorbe la chaleur, et l'humidité qui suinte des parois s'insinue dans nos vêtements déchirés, dans nos os épuisés. Nous sommes étendus là, tous les trois, incapables de bouger, nos poitrines se soulevant au même rythme comme si nous partagions un seul souffle.Damien est sur le dos, ses bras en croix, ses griffes encore à demi sorties, sa fourrure collée par la sueur et le sang. Ses yeux jaunes fixent le plafond de la caverne, mais ils ne voient rien. Ils revoient la Brèche. Les visions. La maison en bois. Sa famille.Ophélia est recroquevillée sur le côté, ses ailes d'ombre fripées, sa poussière d'étoiles presque éteinte. Elle tremble. Elle tremble de froid, d'épuisement, de chagrin pour l'œuf qu'elle a dû abando
OphéliaL'œuf pulse d'une lumière irrégulière, comme un cœur qui s'emballe. La coquille s'est en partie ressoudée grâce à notre magie combinée, mais les fissures sont encore visibles, et par ces fissures s'échappe une énergie qui fait vibrer l'air, une énergie qui appelle, qui cherche, qui se débat contre l'attraction du vide.— Il est instable, dis-je en posant mes mains sur la coquille. Notre magie l'a protégé, mais le rituel de Kael'thas était presque terminé. L'énergie de l'œuf a été aspirée dans la Brèche. Il essaie de la récupérer.— Peut-il y arriver ? demande Alistair, ses ailes repliées, sa voix tendue par l'effort.Avant que je ne puisse répondre, la Brèche autour de nous se met à trembler. Les couleurs impossibles se tordent, se mélangent, forment des motifs qui font mal aux yeux. Et au centre de ce chaos, une silhouette réapparaît. Kael'thas. Mais il n'est plus l'elfe noir magnifique qui nous a défiés. Sa cape est déchirée, son masque a disparu, et son visage est marqué pa
DamienLa vague d'énergie violette nous a dispersés comme des feuilles dans une tempête. Je me relève le premier, mes os craquant, mes muscles hurlant, mais la rage qui coule dans mes veines est plus forte que la douleur. Kael'thas n'est plus là, englouti dans sa propre Brèche, mais sa magie continue d'agir, des vrilles noires s'échappant du vide où il a disparu et s'enroulant autour de l'œuf comme des serpents affamés.— Il faut couper ces liens, je grogne en m'élançant.Mes griffes taillent dans la première vrille, et la résistance est étrange, visqueuse, comme si je tranchais dans de la chair pourrie mélangée à de la fumée. La vrille se rétracte en sifflant, mais trois autres prennent sa place. Derrière moi, Alistair se redresse, ses ailes de dragon déployées, ses écailles fumantes là où l'explosion l'a touché.— Damien, à ta gauche, crie-t-il.Je pivote sans réfléchir. Une lance d'énergie violette fonce droit sur mon flanc, et je n'ai pas le temps de l'esquiver. Mais avant qu'elle
L'elfe noir reste silencieux un instant, son visage traversé par un éclair de doute, de souffrance pure. Puis la rage revient, plus forte, plus noire. — Peut-être, dit-il. Mais ma tumeur va détruire votre monde. La Brèche est déjà trop avancée pour être refermée. L'œuf est déjà en train de se vider de son énergie dans l'abîme. Vous ne pouvez plus rien faire. — On peut toujours faire quelque chose, gronde Damien en se décalant sur la gauche, ses griffes sortant avec un bruit d'acier. — On peut vous arrêter, ajouté-je en me décalant sur la droite, mes ailes se déployant, ma magie de dragon incendiant mes veines. Ophélia se tient au centre, ses ombres se gonflant autour d'elle comme une tempête, sa poussière d'étoiles brillant d'un éclat surnaturel. Nous formons un triangle. Une formation de combat. Une meute de trois. — Vous croyez pouvoir me vaincre ? ricane Kael'thas en levant les bras, sa magie ex
Alistair La silhouette se précise à mesure que nous avançons vers le cœur de la Brèche. Le chaos dimensionnel semble s'organiser autour d'elle, comme si c'était sa volonté qui maintenait cette zone stable. Le sol redevient solide sous nos pieds, une plateforme de pierre noire flottant dans le néant coloré. L'œuf est là, posé sur un autel de la même pierre, palpitant de sa lumière douloureuse. Et derrière l'œuf se tient le Masqué. Il est immense, plus de deux mètres de haut, mince comme une lame, enveloppé dans une cape d'un noir si profond qu'elle absorbe la lumière. Son masque d'argent brille d'un éclat froid, couvrant tout son visage sauf ses yeux. Et ses yeux sont deux braises violettes, deux trous de feu elfique qui nous regardent avec une haine ancienne, une haine qui a eu des siècles pour mijoter et se raffiner en poison pur. — Enfin, dit-il, et sa voix est un mélange de soie et de verre brisé, de chagrin et de rage.







