MasukLa nuit fut interminable.Chantelle avait beau fermer les yeux, le sommeil fuyait. Chaque fois qu'elle sombrait dans les brumes de l'épuisement, le visage de Collen surgissait, défait, suppliant, ses mots résonnant en boucle :« Je peux t'épouser, toi. Si tu veux. »Elle serrait les poings sous la couverture, enfouissait son visage dans l'oreiller. Mais rien n'effaçait l'image de cet homme brisé sur son paillasson.Les larmes coulaient, silencieuses, obstinées. Elle pleurait sur lui. Sur elle. Sur ce qu'ils auraient pu être et ne seraient jamais.De l'autre côté de la ville, Collen avait cessé de lutter.Le premier verre avait brûlé sa gorge. Le deuxième avait engourdi sa colère. Le troisième avait libéré les démons.– Salaud !Son poing s'abattit sur la table basse. Le verre vide tressauta, tomba, se brisa sur le parquet. Il n'y prêta pas attention.– Imbécile ! Aveugle ! Crétin fini !Il arpentait son salon comme une bête en cage, titubant entre les meubles. Il attrapa un cadre sur
Elle sursauta, le cœur battant. Le réveil affichait 23h47.Toc toc toc.Elle se leva d'un bond, attrapa son peignoir. Son esprit, engourdi par les larmes, s'illumina d'une lueur d'espoir absurde.Stéphane. Il est revenu. Il a oublié quelque chose, il veut vérifier que je vais bien…Elle passa ses doigts dans ses cheveux emmêlés, se frotta les yeux. Elle se passa rapidement de l'eau sur le visage, effaçant les traces de larmes. Puis elle ouvrit.La silhouette sur le palier n'était pas celle de Stéphane.Elle resta figée, la main crispée sur la poignée.– Non.Elle referma la porte d'un geste brusque. Le claquement résonna dans le couloir.– Non, s'il te plaît, Chantelle, ne ferme pas !Sa voix, à travers le bois. Cassée. Suppliante.Elle appuya son front contre la porte, les yeux fermés. Pourquoi ? Pourquoi venait-il maintenant, après tout ce temps, après tout ce mal ?– Qu'est-ce que tu fais ici, Collen ? Sa voix était dure, mais elle tremblait.– S'il te plaît. Laisse-moi entrer. Il
La voiture roulait au ralenti dans les rues calmes du quartier. Chantelle était affaissée sur son siège, le regard perdu par la vitre, les mains posées à plat sur ses cuisses comme si elle vérifiait qu'elle existait encore.Elle poussa un long soupir. Un soupir qui venait du fond des poumons, des profondeurs de ces derniers jours de cauchemar.– Enfin.Sa voix n'était qu'un souffle.– Il a ouvert les yeux.Stéphane jeta un coup d'œil vers elle, avant de reporter son attention sur la route.– Il a enfin grandi . Il a enquêté par lui-même. Il marqua une pause. Il a fait ce qu'il aurait dû faire dès le premier jour.Chantelle ne répondit pas. Elle regardait défiler les arbres, les immeubles, les passants qui vaquaient à leurs vies normales.– Maintenant, tout est fini. La voix de Stéphane était douce, mais ferme. Tu es libre, Chantelle. Plus question de penser au groupe Wilkerson. Plus question de Collen, de Mégane, de ces gens toxiques. Plus personne. Pense à toi, maintenant. Rien qu'à
Chantelle prit une inspiration. Ses mains étaient moites, mais sa voix ne trembla pas.– Apparemment, cher père, tu n'étais pas au courant ou tu fais semblant comme toujours. Elle le regarda droit dans les yeux.– Ferme Ta bouche si tu n'as rien d'important à dire. Tu es fier de la situation actuelle de ta sœur et tu veux envenimer les ?– Envenimer ? Les femmes venimeuses sont devant toi tout les jours. Ta femme préférée et ta fille préférée m'ont tendu un piège. Le but : m'éloigner du groupe Wilkerson, et accessoirement me faire pourrir en prison pour vol de documents confidentiels.Gérard ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit.– Ça a marché à merveille, au début, continua Chantelle, la voix plus dure. Collen m'a crue coupable. La police a fouillé mon appartement. J'ai été humiliée, accusée, traînée dans la boue. Et toi ?Elle planta ses yeux dans les siens.– Toi, tu étais au courant que j'avais démissionné ? Que je ne travaillais plus chez Wilkerson ?Gérard détourna le reg
Collen rentra chez lui à l'aube, le corps brisé, l'esprit en cendres.Il n'avait pas dormi. Les aveux de Marco Sallé résonnaient encore dans sa tête, en boucle, implacables. Il n'avait pas eu besoin de le torturer. L'homme avait parlé dès qu'il avait compris qui était en face de lui, et dans quel pétrin il s'était fourré.« Ces deux femmes, monsieur. La mère et la fille. Elles m'ont contacté pour me recommander du travail chez vous. Dernièrement elle n'ont dit de déposer un dossier chez une certaine Chantelle, et faire en sorte qu'il soit découvert. Payer : cinq mille euros, moitié à la livraison, moitié après. »« Et vous avez accepté ? »« C'est du travail propre, monsieur. Pas de violence, pas de sang. Juste poser un papier. Je ne savais pas que c'était pour piéger quelqu'un d'innocent. »« Innocent ? »« La petite, là. Chantelle. Elle est venue me voir avec un homme. Ils m'ont proposé le triple pour avouer. J'ai accepté. Mais vous savez quoi, monsieur ? »Marco avait levé les yeux
Collen franchit la porte du restaurant, silhouette sombre et élégante découpée contre la lumière dorée du hall. Il se dirigea droit vers leur table, chaque pas mesuré, le visage composé aux traits du respect et de la contrition parfaite.Il s'arrêta devant Gérard, inclina légèrement la tête.– Monsieur Gérard. Toutes mes excuses pour ce retard impardonnable.Gérard se leva à moitié, lui serra la main avec chaleur.– Mais non, mais non, monsieur Wilkerson. Les hommes importants ont des emplois du temps chargés, nous comprenons parfaitement.Collen se tourna vers Rhonda, même inclinaison, même courtoisie.– Madame Rhonda. J'espère que l'attente n'a pas été trop pénible.– Pas du tout, Collen. Rhonda lui offrit son sourire le plus bienveillant. Nous savions que vous viendriez.Puis son regard se posa sur Mégane. Sa voix se fit plus douce, presque intime.– Mégane.Elle rougit sous son fond de teint. Ses doigts cessèrent de tripoter la nappe.– Je suis sincèrement désolé de vous avoir fai







