Mag-log inChapitre 71
Ludovica
Le vide s’installe comme une couche de poussière sur tous les objets de la villa.
Je ne m’y attendais pas. Tommaso n’était là que quelques jours, une semaine à peine, et pourtant son absence pèse plus lourd que sa présence n’a jamais pesé. Les couloirs semblent plus longs, les plafonds plus hauts, les piè
Chapitre 99LudovicaLe premier jour, je pense qu’il va revenir.Cette certitude est en moi comme une seconde peau, comme une armure, comme une prière répétée en silence. Il va revenir. Il ne peut pas ne pas revenir. Il a besoin de moi ou il a besoin de se prouver qu’il n’a pas besoin de moi. Il va franchir la porte, les épaules voûtées, les yeux cernés, et il va dire quelque chose un mot, un pardon, une excuse. Peut-être qu’il ne dira rien. Peut-être qu’il s’assiéra en face de moi, à sa place, et qu’il boira son café en silence. Mais il reviendra.Je me lève. Je m’habille une robe simple, bleu pâle, celle qu’il aimait, celle qu’il a caressée de ses doigts. Le tissu est léger, frais, et il
Chapitre 98LudovicaJe reste assise dans le lit, les draps froissés autour de mes hanches, la lettre froissée dans ma main.Le papier est épais, du bon papier à lettres, celui qu’on utilise pour les choses importantes. Il est chaud, maintenant, de la chaleur de mes doigts crispés, de la chaleur de mon sang qui affleure sous ma peau. Les mots « Tu es libre » sont à moitié effacés par mes larmes l’encre bleu nuit a bavé, s’est étalée en petites flaques irrégulières. Les lettres se sont déformées, élargies, comme vues à travers une vitre mouillée. Le « T » n’est plus qu’une tache, le « u » une boucle informe. On dirait une écriture ancienne, une pierre tombale érodée par la pluie, par les saisons, par les an
Chapitre 97LudovicaLa lumière du matin me réveille.Elle est douce, laiteuse, gris pâle la lumière d’un ciel couvert, sans soleil, sans ombres. Elle filtre à travers les rideaux de dentelle, les traversent, les transforment en voiles immaculés. Elle vient caresser mon visage, mes joues encore chaudes du sommeil, mes paupières qui palpitent, mes lèvres entrouvertes.Mes yeux s’ouvrent lentement, engourdis par la fatigue. Les cils collent, les paupières sont lourdes, encore pleines des images de la nuit. Son visage, ses mains, sa bouche. L’odeur de sa peau. Le bruit de sa voix, quand il a dit mon prénom.Je me sens lourde. Mes membres sont fatigués, endoloris, comme après une longue course. Un poids agréable, presque douloureux. Ma nuque est raide, mes épaules
Chapitre 96LudovicaLa nuit se déploie comme une vague dévastatrice, une marée noire qui recouvre tout, qui n’épargne rien.Je ne sais plus où commence mon corps et où finit le sien. La frontière entre nos peaux s’est dissoute, effacée, abolie. Il n’y a plus de « moi » et de « toi ». Il n’y a qu’un seul être, un seul souffle, une seule fièvre.Ses mains parcourent mon dos, mes hanches, mes cuisses. Elles sont partout à la fois, comme si elles étaient cent, comme si elles étaient mille. Chaque centimètre carré de ma peau est une note sur une partition, et ses doigts jouent une symphonie chaotique, passionnée, désespérée.Il n’y a plus de vêtements entre nous.Je ne
Chapitre 95LudovicaSes lèvres sont sur les miennes, et le monde s’écroule.Ce n’est pas une métaphore, pas une image poétique, pas une exagération. Je sens les fondations de tout ce que j’ai construit ces derniers mois les murs, les barricades, les distances se fissurer, se lézarder, s’effondrer dans un grondement silencieux. La poussière des décombres envahit ma poitrine, étouffe mes pensées, ne laisse place qu’à la sensation brute de sa bouche contre la mienne.Ses mains sont sur mes hanches non, sur mon dos, sur mes reins, elles pressent, elles serrent, elles me plaquent contre lui. La pierre du mur est froide derrière moi, rugueuse sous le tissu fin de ma robe, et chaque aspérité s’imprime dans ma peau comme une seconde peau. Mais son corps est
Chapitre 94DragoMes mains sont toujours posées sur ses épaules, mes doigts toujours refermés sur ses clavicules. La pierre est froide derrière son dos, et cette froideur contraste avec la chaleur de sa peau que je sens à travers le tissu léger de sa robe. Ses cheveux, défaits, encadrent son visage, et quelques mèches collent à ses joues là où les larmes ont coulé, là où la peau est encore humide, brillante sous la lumière de la lune.Son regard ne fuit pas.Ses yeux noisette, piquetés de vert, sont fixés sur les miens. Les miens sont noirs, sans reflets, sans fond je le sais. Mes iris sont deux puits d’obsidienne, deux trous noirs qui avalent la lumière. Mais dans les siens, je vois quoi ? De la peur ? Non. Pas de la peur. Elle n’a jamai







