Cinq ans pour te hair

Cinq ans pour te hair

last updateHuling Na-update : 2026-06-13
By:  Les écrits d'une Mariam In-update ngayon lang
Language: French
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Cinq ans pour te hair Après avoir été vendue pour rembourser les dettes de son père, **Ludovica Sarri** tombe face à l’homme qu’elle espérait ne jamais revoir : **Drago Valenti**. Cinq ans plus tôt, après une nuit qu’ils n’ont jamais oubliée, elle l’avait humilié publiquement avant de disparaître sans laisser de trace. Aujourd’hui, Drago veut sa vengeance. Dans sa villa isolée sur les falaises d’Amalfi, Ludovica devient la prisonnière d’un homme froid, dangereux… et obsédé par elle depuis cinq longues années.

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Kabanata 1

Chapitre 1

Chapitre 1

Ludovica

Le fourgon s'arrête dans un grincement de freins qui me secoue jusqu'aux os. L'obscurité de la cellule arrière pue le métal, le gasoil et ma propre peur, cette sueur froide qui colle mon chemisier à ma colonne vertébrale depuis que les hommes silencieux m'ont jetée à l'arrière, à Naples. Combien d'heures se sont écoulées ? Je n'ai pas de montre, pas de téléphone, pas de repères. Seulement les secousses du bitume, le martèlement de mon cœur, et cette phrase que je répète en boucle, comme un mantra, comme une prière. « Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas. »

Les portes arrière s'ouvrent à la volée. La lumière du jour m'agresse, blanche, laiteuse, chargée d'embruns. Je cligne des yeux, éblouie. Des silhouettes massives se découpent à contre-jour, des hommes en costume sombre malgré la chaleur moite de la côte amalfitaine. Aucun ne parle. Leurs mains gantées m'agrippent par les coudes, me tirent hors du fourgon sans ménagement, et mes talons raclent le gravier. Je trébuche. L'un d'eux me rattrape par le bras, me redresse d'une poigne d'acier qui laissera des marques, des fleurs violettes sur ma peau pâle.

— Avance, grogne-t-il.

La voix est rauque, impersonnelle. Un outil, pas un homme. Je ravale la réplique cinglante qui monte, cette insolence qui m'a toujours perdue, et j'obéis. Mes jambes flageolent, ankylosées par la route, et le vent salé plaque mes cheveux noirs sur mes joues. Je distingue enfin le paysage. Nous sommes sur une corniche étroite, taillée dans la roche calcaire. La route serpente sous un ciel d'un gris d'étain, lourd de nuages. À ma droite, un mur de pierre ; à ma gauche, le vide, une chute vertigineuse vers une mer d'huile qui scintille trois cents mètres plus bas.

Et là, surgissant de la brume comme une créature de pierre et de verre, la villa Valenti.

Elle est immense. Austère. Une forteresse médiévale remaniée, flanquée d'ailes Renaissance et de baies vitrées contemporaines qui ne l'adoucissent pas, au contraire elles lui donnent l'air d'un monstre aux mille yeux. La façade ocre est mangée de lierre, les cyprès montent la garde comme des sentinelles funèbres, et le portail monumental en fer forgé s'ouvre déjà, lent, silencieux, huilé à la perfection. Tout est parfait. Tout est terrifiant.

Les hommes m'encadrent. Nous franchissons le seuil, et l'odeur change : fini le sel, place à la pierre humide, au buis taillé, au parfum entêtant des citronniers en pot. L'allée est pavée de basalte noir. Mes talons claquent, irréguliers, et le bruit rebondit contre les murs comme un reproche. Je lève les yeux vers la façade, vers les fenêtres à meneaux, vers les balustrades ouvragées. Une silhouette se tient derrière une vitre, au deuxième étage. Immobile. Je ne distingue pas les traits, seulement une ombre, une présence qui me glace davantage que le vent.

— Plus vite, ordonne un second sbire en me poussant entre les omoplates.

Je vacille, mais je me rattrape. Mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. La douleur m'ancre. « Je ne pleurerai pas. » Mon père m'a vendue. Mon père, l'homme qui me bordait enfant avec des histoires de chevaliers, a signé un contrat qui fait de moi un bien meuble, un actif, une monnaie d'échange. La trahison est si énorme, si monstrueuse, que je ne l'ai pas encore intégrée ; elle flotte au-dessus de moi, vague prête à déferler. Pour l'instant, il n'y a que le gravier, les pas, la peur.

Le hall dans lequel je suis poussée est une cathédrale de marbre. Un escalier monumental à double révolution, des colonnes corinthiennes, un lustre en cristal de Murano qui doit peser une tonne, et qui diffuse une lumière dorée, presque irréelle. Mes escarpins glissent sur le sol poli, un marbre blanc veiné de gris, si froid que je le sens à travers les semelles. Les hommes me lâchent et reculent d'un pas, formant un cercle, un mur de muscles et de costumes noirs.

Le silence retombe, énorme. Je reste debout, les bras ballants, le souffle court. Ma jupe crayon est froissée, mon chemisier en soie ivoire maculé de transpiration. Mes cheveux se sont échappés de mon chignon. Je sais que j'offre un spectacle pitoyable, mais je redresse la nuque, je serre les mâchoires. Je ne pleurerai pas. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction.

Une porte s'ouvre quelque part, à l'étage. Un bruit de pas résonne sur le marbre, lent, mesuré, terriblement reconnaissable. Mon cœur s'emballe, et cette fois, je ne peux pas le contrôler. Mes doigts se mettent à trembler le long de mes cuisses.

Il apparaît sur le palier.

Drago Valenti.

J'ai vingt-trois ans, et je suis à genoux sur le marbre glacial de la villa Valenti. Les deux sbires qui m'encadraient viennent de m'y forcer, une pression brutale sur les épaules, et mes rotules ont heurté la pierre avec un bruit sourd qui résonne encore dans le hall cathédrale. La douleur irradie dans mes cuisses, mais je ne cille pas. Je refuse de ciller. Je refuse de baisser les yeux, même quand la silhouette massive s'avance sur le palier et commence à descendre l'escalier.

C'est un tableau de maître. Un cauchemar de Caravage. Le clair-obscur du lustre sculpte sa silhouette, éclaire une épaule, puis un pan de mâchoire, puis la main cette main  qui glisse sur la rampe en fer forgé avec une lenteur délibérée. Ses chaussures cirées frappent le marbre une marche après l'autre. Toc. Toc. Toc. Un métronome funèbre. Il ne se presse pas. Il déguste l'instant comme un vin millésimé.

Derrière moi, les hommes de main se tiennent en arc de cercle. Témoins muets. Animaux dressés. Je sens leurs regards peser sur ma nuque offerte, sur mes épaules contractées, sur mes mollets repliés sous mes cuisses. Mon chemisier me colle à la peau. Le froid du marbre remonte dans mes os.

Drago Valenti s'arrête à trois marches du bas, juste assez haut pour me dominer de toute sa stature. Sa silhouette se découpe contre la rosace qui orne le mur du fond, un vitrail représentant un aigle aux ailes déployées, et l'espace d'une seconde, l'oiseau de verre semble posé sur son épaule.

Il me regarde. Je le regarde.

Il n'a pas tellement changé, en cinq ans. Le même visage anguleux, la même mâchoire carrée qu'on devine taillée pour broyer tout ce qui lui résiste, les mêmes cheveux bruns coupés courts, stricts. Les tempes sont un peu plus argentées, peut-être. Les épaules plus larges, le costume plus sombre, plus cher, taillé sur mesure pour contenir la violence qui émane de lui comme une chaleur de fournaise. Et ses yeux. Ses yeux d'un noir absolu, sans reflets, sans fond, deux puits d'obsidienne qui me fixent avec une intensité qui me cloue sur place.

Je connais ces yeux. Je les ai vus brûler de désir, une fois. Je les ai vus se glacer de haine, le lendemain. C'étaient les mêmes yeux. C'est la même haine aujourd'hui.

Il descend les trois dernières marches. Son ombre m'avale.

— Ludovica, dit-il.

Trois syllabes. Mon prénom. Un simple énoncé. Mais sa voix cette voix de velours râpeux, de miel et de cendre fait vibrer quelque chose en moi, une corde que je croyais sectionnée, et je dois me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas frissonner. Il penche la tête, ses cils jettent une ombre sur ses pommettes, et je vois ses lèvres esquisser un sourire infime, un pli qui n'a rien de chaleureux.

— Tu es exactement comme dans mon souvenir. Un peu plus sale, peut-être.

Je ne réponds pas. Les mots sont des armes, et chaque arme que j'ai maniée contre lui s'est retournée contre moi. Le silence est ma seule défense. Il le sait. Il veut le briser.

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