Mag-log inCinq ans pour te hair Après avoir été vendue pour rembourser les dettes de son père, **Ludovica Sarri** tombe face à l’homme qu’elle espérait ne jamais revoir : **Drago Valenti**. Cinq ans plus tôt, après une nuit qu’ils n’ont jamais oubliée, elle l’avait humilié publiquement avant de disparaître sans laisser de trace. Aujourd’hui, Drago veut sa vengeance. Dans sa villa isolée sur les falaises d’Amalfi, Ludovica devient la prisonnière d’un homme froid, dangereux… et obsédé par elle depuis cinq longues années.
view moreChapitre 1
Ludovica
Le fourgon s'arrête dans un grincement de freins qui me secoue jusqu'aux os. L'obscurité de la cellule arrière pue le métal, le gasoil et ma propre peur, cette sueur froide qui colle mon chemisier à ma colonne vertébrale depuis que les hommes silencieux m'ont jetée à l'arrière, à Naples. Combien d'heures se sont écoulées ? Je n'ai pas de montre, pas de téléphone, pas de repères. Seulement les secousses du bitume, le martèlement de mon cœur, et cette phrase que je répète en boucle, comme un mantra, comme une prière. « Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas. Je ne pleurerai pas. »
Les portes arrière s'ouvrent à la volée. La lumière du jour m'agresse, blanche, laiteuse, chargée d'embruns. Je cligne des yeux, éblouie. Des silhouettes massives se découpent à contre-jour, des hommes en costume sombre malgré la chaleur moite de la côte amalfitaine. Aucun ne parle. Leurs mains gantées m'agrippent par les coudes, me tirent hors du fourgon sans ménagement, et mes talons raclent le gravier. Je trébuche. L'un d'eux me rattrape par le bras, me redresse d'une poigne d'acier qui laissera des marques, des fleurs violettes sur ma peau pâle.
— Avance, grogne-t-il.
La voix est rauque, impersonnelle. Un outil, pas un homme. Je ravale la réplique cinglante qui monte, cette insolence qui m'a toujours perdue, et j'obéis. Mes jambes flageolent, ankylosées par la route, et le vent salé plaque mes cheveux noirs sur mes joues. Je distingue enfin le paysage. Nous sommes sur une corniche étroite, taillée dans la roche calcaire. La route serpente sous un ciel d'un gris d'étain, lourd de nuages. À ma droite, un mur de pierre ; à ma gauche, le vide, une chute vertigineuse vers une mer d'huile qui scintille trois cents mètres plus bas.
Et là, surgissant de la brume comme une créature de pierre et de verre, la villa Valenti.
Elle est immense. Austère. Une forteresse médiévale remaniée, flanquée d'ailes Renaissance et de baies vitrées contemporaines qui ne l'adoucissent pas, au contraire elles lui donnent l'air d'un monstre aux mille yeux. La façade ocre est mangée de lierre, les cyprès montent la garde comme des sentinelles funèbres, et le portail monumental en fer forgé s'ouvre déjà, lent, silencieux, huilé à la perfection. Tout est parfait. Tout est terrifiant.
Les hommes m'encadrent. Nous franchissons le seuil, et l'odeur change : fini le sel, place à la pierre humide, au buis taillé, au parfum entêtant des citronniers en pot. L'allée est pavée de basalte noir. Mes talons claquent, irréguliers, et le bruit rebondit contre les murs comme un reproche. Je lève les yeux vers la façade, vers les fenêtres à meneaux, vers les balustrades ouvragées. Une silhouette se tient derrière une vitre, au deuxième étage. Immobile. Je ne distingue pas les traits, seulement une ombre, une présence qui me glace davantage que le vent.
— Plus vite, ordonne un second sbire en me poussant entre les omoplates.
Je vacille, mais je me rattrape. Mes ongles s'enfoncent dans mes paumes. La douleur m'ancre. « Je ne pleurerai pas. » Mon père m'a vendue. Mon père, l'homme qui me bordait enfant avec des histoires de chevaliers, a signé un contrat qui fait de moi un bien meuble, un actif, une monnaie d'échange. La trahison est si énorme, si monstrueuse, que je ne l'ai pas encore intégrée ; elle flotte au-dessus de moi, vague prête à déferler. Pour l'instant, il n'y a que le gravier, les pas, la peur.
Le hall dans lequel je suis poussée est une cathédrale de marbre. Un escalier monumental à double révolution, des colonnes corinthiennes, un lustre en cristal de Murano qui doit peser une tonne, et qui diffuse une lumière dorée, presque irréelle. Mes escarpins glissent sur le sol poli, un marbre blanc veiné de gris, si froid que je le sens à travers les semelles. Les hommes me lâchent et reculent d'un pas, formant un cercle, un mur de muscles et de costumes noirs.
Le silence retombe, énorme. Je reste debout, les bras ballants, le souffle court. Ma jupe crayon est froissée, mon chemisier en soie ivoire maculé de transpiration. Mes cheveux se sont échappés de mon chignon. Je sais que j'offre un spectacle pitoyable, mais je redresse la nuque, je serre les mâchoires. Je ne pleurerai pas. Je ne lui donnerai pas cette satisfaction.
Une porte s'ouvre quelque part, à l'étage. Un bruit de pas résonne sur le marbre, lent, mesuré, terriblement reconnaissable. Mon cœur s'emballe, et cette fois, je ne peux pas le contrôler. Mes doigts se mettent à trembler le long de mes cuisses.
Il apparaît sur le palier.
Drago Valenti.
J'ai vingt-trois ans, et je suis à genoux sur le marbre glacial de la villa Valenti. Les deux sbires qui m'encadraient viennent de m'y forcer, une pression brutale sur les épaules, et mes rotules ont heurté la pierre avec un bruit sourd qui résonne encore dans le hall cathédrale. La douleur irradie dans mes cuisses, mais je ne cille pas. Je refuse de ciller. Je refuse de baisser les yeux, même quand la silhouette massive s'avance sur le palier et commence à descendre l'escalier.
C'est un tableau de maître. Un cauchemar de Caravage. Le clair-obscur du lustre sculpte sa silhouette, éclaire une épaule, puis un pan de mâchoire, puis la main cette main qui glisse sur la rampe en fer forgé avec une lenteur délibérée. Ses chaussures cirées frappent le marbre une marche après l'autre. Toc. Toc. Toc. Un métronome funèbre. Il ne se presse pas. Il déguste l'instant comme un vin millésimé.
Derrière moi, les hommes de main se tiennent en arc de cercle. Témoins muets. Animaux dressés. Je sens leurs regards peser sur ma nuque offerte, sur mes épaules contractées, sur mes mollets repliés sous mes cuisses. Mon chemisier me colle à la peau. Le froid du marbre remonte dans mes os.
Drago Valenti s'arrête à trois marches du bas, juste assez haut pour me dominer de toute sa stature. Sa silhouette se découpe contre la rosace qui orne le mur du fond, un vitrail représentant un aigle aux ailes déployées, et l'espace d'une seconde, l'oiseau de verre semble posé sur son épaule.
Il me regarde. Je le regarde.
Il n'a pas tellement changé, en cinq ans. Le même visage anguleux, la même mâchoire carrée qu'on devine taillée pour broyer tout ce qui lui résiste, les mêmes cheveux bruns coupés courts, stricts. Les tempes sont un peu plus argentées, peut-être. Les épaules plus larges, le costume plus sombre, plus cher, taillé sur mesure pour contenir la violence qui émane de lui comme une chaleur de fournaise. Et ses yeux. Ses yeux d'un noir absolu, sans reflets, sans fond, deux puits d'obsidienne qui me fixent avec une intensité qui me cloue sur place.
Je connais ces yeux. Je les ai vus brûler de désir, une fois. Je les ai vus se glacer de haine, le lendemain. C'étaient les mêmes yeux. C'est la même haine aujourd'hui.
Il descend les trois dernières marches. Son ombre m'avale.
— Ludovica, dit-il.
Trois syllabes. Mon prénom. Un simple énoncé. Mais sa voix cette voix de velours râpeux, de miel et de cendre fait vibrer quelque chose en moi, une corde que je croyais sectionnée, et je dois me mordre l'intérieur de la joue pour ne pas frissonner. Il penche la tête, ses cils jettent une ombre sur ses pommettes, et je vois ses lèvres esquisser un sourire infime, un pli qui n'a rien de chaleureux.
— Tu es exactement comme dans mon souvenir. Un peu plus sale, peut-être.
Je ne réponds pas. Les mots sont des armes, et chaque arme que j'ai maniée contre lui s'est retournée contre moi. Le silence est ma seule défense. Il le sait. Il veut le briser.
Chapitre 96LudovicaLa nuit se déploie comme une vague dévastatrice, une marée noire qui recouvre tout, qui n’épargne rien.Je ne sais plus où commence mon corps et où finit le sien. La frontière entre nos peaux s’est dissoute, effacée, abolie. Il n’y a plus de « moi » et de « toi ». Il n’y a qu’un seul être, un seul souffle, une seule fièvre.Ses mains parcourent mon dos, mes hanches, mes cuisses. Elles sont partout à la fois, comme si elles étaient cent, comme si elles étaient mille. Chaque centimètre carré de ma peau est une note sur une partition, et ses doigts jouent une symphonie chaotique, passionnée, désespérée.Il n’y a plus de vêtements entre nous.Je ne
Chapitre 95LudovicaSes lèvres sont sur les miennes, et le monde s’écroule.Ce n’est pas une métaphore, pas une image poétique, pas une exagération. Je sens les fondations de tout ce que j’ai construit ces derniers mois les murs, les barricades, les distances se fissurer, se lézarder, s’effondrer dans un grondement silencieux. La poussière des décombres envahit ma poitrine, étouffe mes pensées, ne laisse place qu’à la sensation brute de sa bouche contre la mienne.Ses mains sont sur mes hanches non, sur mon dos, sur mes reins, elles pressent, elles serrent, elles me plaquent contre lui. La pierre du mur est froide derrière moi, rugueuse sous le tissu fin de ma robe, et chaque aspérité s’imprime dans ma peau comme une seconde peau. Mais son corps est
Chapitre 94DragoMes mains sont toujours posées sur ses épaules, mes doigts toujours refermés sur ses clavicules. La pierre est froide derrière son dos, et cette froideur contraste avec la chaleur de sa peau que je sens à travers le tissu léger de sa robe. Ses cheveux, défaits, encadrent son visage, et quelques mèches collent à ses joues là où les larmes ont coulé, là où la peau est encore humide, brillante sous la lumière de la lune.Son regard ne fuit pas.Ses yeux noisette, piquetés de vert, sont fixés sur les miens. Les miens sont noirs, sans reflets, sans fond je le sais. Mes iris sont deux puits d’obsidienne, deux trous noirs qui avalent la lumière. Mais dans les siens, je vois quoi ? De la peur ? Non. Pas de la peur. Elle n’a jamai
Chapitre 93DragoJe suis assis dans mon fauteuil de cuir, le dos voûté, les coudes sur les accoudoirs. Le bureau est plongé dans une pénombre jaunâtre, éclairé seulement par la lampe à abat-jour vert qui projette un cercle de lumière sur les dossiers éparpillés. Les ombres sont longues, noires, elles dansent sur les boiseries sombres au rythme du vent qui s’est levé dehors.Mon verre de whisky est posé à côté de mon coude. La glace a fondu depuis longtemps — il ne reste qu’un liquide tiède, ambré, presque imbuvable. Je l’ai bu par petites gorgées amères, machinalement, sans goût. Mes yeux sont fixés sur le mur, sur les rayons de la bibliothèque, sur les dos des livres que je connais par cœur mais que je ne vois pas. Les mots, les titres, tout est flou.Mes pensées tournent en boucle. Ses mains dans les miennes, cette nuit. Ses yeux qui m’ont regardé pleurer. Sa voix, hier, quand elle a dit « bien, Maître » — cette voix blanche, vide, celle qu’elle avait au début, quand elle n’était q












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