MasukChapitre 111LudovicaLa voiture noire remonte l'allée de gravier dans un crissement de pneus, soulevant un nuage de poussière qui danse une seconde dans l'air avant de retomber sur les cailloux blancs. Le moteur ronronne, puissant, régulier, une Maserati aux vitres fumées qui semble avaler la distance avec une lenteur calculée, presque théâtrale.Je suis dans le hall quand j'entends le bruit, le gravier qui crisse sous les pneus, la portière qui claque avec un bruit sec, métallique. Mes doigts, posés sur le marbre de la console, se crispent légèrement. La lumière de la verrière projette des losanges dorés sur les dalles, sur les colonnes corinthiennes, sur les portraits des ancêtres aux cadres dorés.Mariano traverse le hall, son visage neutre, ses pas étouffés par le ta
Chapitre 110LudovicaLe portrait a pris des jours.Des jours à chercher la bonne lumière, la bonne couleur, la bonne expression. Des jours à effacer, à reprendre, à recommencer. Des jours à scruter la vieille photo qu'elle a trouvée dans un album, poussiéreux, oublié dans un coin de la bibliothèque.La photo est jaunie, cornée, les bords déchirés. Une femme y sourit, assise devant un piano, ses doigts posés sur les touches. Ses cheveux sont bruns, longs, tombant en cascade sur ses épaules. Ses yeux sont clairs, noisette, et ils brillent d'une lueur que le temps n'a pas effacée.La mère de Drago.Je l'ai regardée longtemps, cette photo. J'ai cherché ses traits dans ceux de Drago, dans ceux de Tommaso. J'ai cherché cette l
Chapitre 109LudovicaLe soir est tombé depuis longtemps quand je remonte dans ma chambre.La villa est silencieuse, plongée dans une pénombre gris bleu, à peine éclairée par les appliques murales qui diffusent une lumière jaune et tamisée. Mes pas sont étouffés par l'épais tapis persan, et le seul bruit que j'entends est celui de ma respiration, régulière, apaisée.Je suis fatiguée, mais d'une fatigue douce, comme après une longue promenade. Mes doigts sont encore tachés de peinture, et l'odeur de la térébenthine imprègne mes vêtements, mes cheveux, ma peau.Je passe devant le salon de musique, et je m'arrête.La porte est entrouverte. Un rai de lumière s'en échappe, jaune, tremblant. Je pousse
Chapitre 108LudovicaLes pinceaux arrivent un matin, dans une boîte en bois de cèdre, les soies soigneusement rangées, alignées par taille et par forme.La boîte est posée sur la table de la salle à manger, à côté de mon assiette, et elle attire mon regard dès que j'entre dans la pièce. Le bois est clair, lisse, poli à la cire, et il sent le cèdre, une odeur douce et fraîche qui se mêle à celle du café, du pain chaud, de la mer qui entre par les fenêtres ouvertes. Les charnières en laiton sont neuves, brillantes, et elles couinent légèrement quand je soulève le couvercle.Les pinceaux sont superbes. Des pinceaux à poils de martre, les meilleurs, ceux que j'aurais rêvé d'avoir sans jamais pouvoir me les offrir. Les soies sont fi
Chapitre 107LudovicaLa nuit est tombée depuis longtemps quand je m'assois devant le secrétaire en bois blond.La chambre est plongée dans une pénombre gris bleu, traversée par les rais de lumière argentée que la lune projette à travers les rideaux de dentelle, dessinant des arabesques sur le tapis persan et sur le couvre-lit en soie ivoire. Les ombres sont longues, étirées, presque liquides, et elles dansent lentement au rythme des infimes courants d'air qui traversent la pièce. La flamme de la lampe à huile est allumée, vacillante, projetant des ombres mouvantes sur les murs tendus de soie vert amande, sur les boiseries sombres, sur le miroir ovale de la coiffeuse.Le carnet est ouvert devant moi. Le papier est jauni, les pages cornées, usées par mes doigts, par mes larmes, par mes mots. La cou
Chapitre 108LudovicaLes pinceaux arrivent un matin, dans une boîte en bois de cèdre, les soies soigneusement rangées, alignées par taille et par forme.La boîte est posée sur la table de la salle à manger, à côté de mon assiette, et elle attire mon regard dès que j'entre dans la pièce. Le bois est clair, lisse, poli à la cire, et il sent le cèdre, une odeur douce et fraîche qui se mêle à celle du café, du pain chaud, de la mer qui entre par les fenêtres ouvertes. Les charnières en laiton sont neuves, brillantes, et elles couinent légèrement quand je soulève le couvercle.Les pinceaux sont superbes. Des pinceaux à poils de martre, les meilleurs, ceux que j'aurais rêvé d'avoir sans jamais pouvoir me les offrir. Les soies sont fines, soyeuses, et elles glissent sous mon pouce comme une caresse. Certains sont ronds, pour les détails, d'autres plats, pour les aplats, d'autres encore biseautés, pour les traits précis. Les manches sont en bois poli, légèrement plus lourds que ceux que j'ut
Chapitre 96LudovicaLa nuit se déploie comme une vague dévastatrice, une marée noire qui recouvre tout, qui n’épargne rien.Je ne sais plus où commence mon corps et où finit le sien. La
Chapitre 95LudovicaSes lèvres sont sur les miennes, et le monde s’écroule.Ce n’est pas une métaphore, pas une image poétique, pas une exagération. Je sens les fondations de tout ce que
Chapitre 94DragoMes mains sont toujours posées sur ses épaules, mes doigts toujours refermés sur ses clavicules. La pierre est froide derrière son dos, et cette froideur contraste avec la chaleur de sa peau que
Chapitre 93DragoJe suis assis dans mon fauteuil de cuir, le dos voûté, les coudes sur les accoudoirs. Le bureau est plongé dans une pénombre jaunâtre, éclairé seulement par la lampe à abat-jour vert qui projette un cercle de lumière sur les dossiers éparpillés. Les ombres sont longues, noires, el







