MasukLéandre, artiste fougueux, s’éprend du Dr Raphaël Delcourt, chirurgien glacial et rationnel. Malgré ses tentatives, il essuie mépris et froideur. Après le succès de l’opération de sa grand-mère, Léandre part, brisé. Raphaël, dévasté par son absence, comprend que sa dureté masquait la peur d’être consumé par son désir. Il abandonne tout pour le reconquérir, prêt à se brûler à sa flamme.
Lihat lebih banyakL’incident a duré moins d’une seconde. Rien. Un battement de cil sur le temps opératoire.Mais je sais. Et je sais qu’il sait. Moreau.Je relève les yeux du champ opératoire. Face à moi, de l’autre côté du patient éviscéré, il y a le Dr Moreau. Mon assistant. Mon ombre. Mon vautour. Il ne regarde pas le cœur ouvert. Il me regarde. Ses yeux sont deux fentes brillantes d’une intelligence vipérine. Il a vu. Non, il a perçu. Son regard ne s’attarde pas sur mes mains, mais sur mon visage, sur ce que mes yeux, au-dessus du masque chirurgical, ont pu trahir pendant cette infime césure temporelle. Un léger plissement au coin de ses propres yeux signe sa délectation. Un amusement glacial, infiniment dangereux. Moreau est un homme qui chasse la faiblesse comme un requin flaire le sang dans une eau tranquille. Il ne cherche pas l’erreur médicale ; il cherche la faille humaine. Celle qui peut se transformer en levier, en scandale, en instrument de pouvoir.Mon sang ne fait qu’un tour, mais un tou
LéandreLa nuit m’avale tout entier. Mon appartement est une jungle obscure, peuplée par les formes spectrales de mes toiles inachevées, par les odeurs entêtées de la térébenthine, de l’huile de lin et de la sueur de ma création. Je me suis endormi d’un sommeil de plomb, habillé, en travers de mon lit défait, l’esprit encore saturé par l’incandescence froide du regard de Raphaël sur ma nuque. Mon corps est un champ de tension, un violoncelle dont les cordes sont tendues à rompre. Et c’est dans ce chaos que le rêve me saisit à la gorge.Il n’y a pas de transition, pas de brume. La certitude est totale, immédiate. Je ne suis plus dans ma chambre. Je suis dans une salle d’opération, mais une salle qui tient du sanctuaire et de la crypte. Les murs sont d’un blanc si pur qu’il irradie sa propre lumière, une lumière qui semble venir de l’intérieur des choses. Il n’y a pas d’instruments, pas de bistouris, pas de chariots. Juste une table d’opération étroite, recouverte d’un drap stérile qui
Je cherche mes mots. Comment décrire une brûlure qui n’a pas de nom, une dévoration silencieuse ? Mais Manon hoche lentement la tête, ses yeux perçants posés sur mon visage. Elle ne me demande pas de préciser. Elle lit par-delà mes pauvres mots. Un silence lourd et doux s’installe, uniquement troublé par le bip discret du moniteur cardiaque. C’est une pulsation de fond, un métronome de la peur et de l’espoir.Elle libère doucement sa main de la mienne et la pose, paume vers le haut, sur le drap. Un geste d’offrande et d’oracle.— Il brûle plus fort que toi.Sa voix est un murmure, mais chaque syllabe claque dans l’air raréfié de la chambre avec la force d’une évidence. Mon cœur manque un battement. Je la dévisage, interdit.— Qu’est-ce que tu veux dire, Manon ? Lui ? Brûler ? Il est de glace !Elle esquisse ce sourire doux et triste, le sourire de ceux qui ont tout vu, tout vécu, et qui savent que la vérité est toujours un paradoxe.— La glace brûle, mon ange. Plus profondément que le
LéandreLe couloir est un fleuve lent et entravé. Des corps en blouses blanches, en pyjamas délavés, en manteaux lourds de l’extérieur, se frôlent, s’évitent, stagnent. L’odeur est ce mélange âcre et stérile qui me prend à la gorge à chaque visite, ce cocktail de désinfectant, de peur refroidie et de fleurs déjà mourantes dans des vases trop petits. Je me tiens contre le mur, une épaule appuyée au papier peint texturé dont je sens les minuscules aspérités sous ma paume. Je ne suis que silence et observation, une présence presque hostile dans ce monde trop rangé.J’attends. Je ne sais même plus quoi. Un signe, peut-être. Une fissure. Je suis venu pour Manon, ma grand-mère, mon seul foyer incandescent dans une enfance de cendres froides. Mais mon corps tout entier est un radar affamé, tourné vers une seule et unique fréquence. Et soudain, le signal se matérialise.Il apparaît au bout de la perspective, sortant d’une chambre avec la lenteur solennelle d’un prêtre quittant l’autel. Raphaë






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