LOGINLéandre, artiste fougueux, s’éprend du Dr Raphaël Delcourt, chirurgien glacial et rationnel. Malgré ses tentatives, il essuie mépris et froideur. Après le succès de l’opération de sa grand-mère, Léandre part, brisé. Raphaël, dévasté par son absence, comprend que sa dureté masquait la peur d’être consumé par son désir. Il abandonne tout pour le reconquérir, prêt à se brûler à sa flamme.
View MoreLéandre L'appel arrive un matin de novembre, alors que la brume enveloppe Paris d'un voile gris et mélancolique. C'est le médecin de l'île, le docteur Le Bihan, un vieil ami de Manon qui la suit depuis des années. — Monsieur Vasseur, dit-il d'une voix douce, le genre de voix que prennent les médecins quand ils s'apprêtent à annoncer une mauvaise nouvelle. Il faudrait venir. Votre grand-mère s'affaiblit. Elle ne souffre pas, rassurez-vous. Mais elle réclame sa famille. Je raccroche, et mes mains tremblent. Manon. Ma grand-mère. Celle qui m'a recueilli quand mes parents sont morts, celle qui m'a élevé sur cette île battue par les vents, celle qui m'a appris à dessiner, à aimer, à pardonner. Celle qui a accueilli Raphaël comme son propre petit-fils. Celle qui a serré Théo dans ses bras en disant : Enfin, un arrière-petit-fils. — On y va, dit Raphaël quand je lui annonce la nouvelle. Tous les trois.
Je regarde Léandre, et je vois qu'il a les larmes aux yeux. Moi aussi, j'ai les larmes aux yeux. Théo vient de formuler, avec ses mots d'enfant, la philosophie de notre famille. La synthèse des contraires. La fusion des opposés. L'alliance du marbre et du feu.— Tu as raison, dit Léandre en s'agenouillant devant lui. Tu as tout à fait raison. Tu peux être les deux. Tu seras les deux. Et nous serons fiers de toi, quoi que tu fasses.— Quoi que tu fasses, je répète en posant ma main sur son épaule. Tu es notre fils. Notre héritier. Pas l'héritier de notre argent ou de nos métiers. L'héritier de notre amour.Théo sourit, de ce sourire rare et précieux qui illumine tout son visage. Puis il prend son stéthoscope et le pose sur ma poitrine, écoutant mon cœur avec une concentration extrême.— Ton cœur bat vite, Papa Raphaël, dit-il. Comme d'habitude.— C'est parce que je suis ému, je réponds.— C'est un diagnostic encourageant
La machine à laver sonne la fin de son cycle. J'ouvre le hublot, je sors le linge humide, et je ris tout seul en voyant les draps de Théo, tout propres, tout frais, qui n'ont rien su de ce qui s'est passé à quelques centimètres d'eux.La vie de parents n'a pas tué la vie d'amants. Elle l'a rendue plus secrète, plus volée, plus précieuse. Comme un galet qu'on trouve sur une plage et qu'on serre dans sa poche. Comme un trésor qu'on cache et qu'on ressort les jours de pluie.Ce soir-là, quand Théo se réveille de sa sieste, il nous trouve tous les deux dans le salon, sages, paisibles, en train de lire. Il ne remarque rien. Les enfants ne remarquent jamais rien. Ou peut-être que si, peut-être qu'il voit quelque chose dans nos yeux, une lueur nouvelle, une flamme ravivée. Peut-être que c'est pour cela qu'il sourit, de son petit sourire grave, et qu'il dit :— Papa Léandre, Papa Raphaël, vous êtes contents ?— Très contents, mon cœur, répond Raphaël. Pourquoi cette question ?— Parce que vou
LéandreLa dernière note de musique s'est évanouie depuis longtemps sous la verrière. Les invités sont partis, un à un, dans un bruissement de soie et de murmures émus. Manon a été la dernière à s'en aller, serrant mon visage entre ses mains ridées, plantant ses yeux dans les miens avec cette intensité qui n'appartient qu'à elle.— Sois heureux, mon garçon. Tu l'as mérité.Puis elle est montée dans un taxi, son châle en dentelle flottant dans la nuit, et nous sommes restés seuls. Tous les deux. Mariés.Maintenant, nous sommes dans la suite nuptiale que Raphaël a réservée, un hôtel particulier du Marais, avec des poutres apparentes et une cheminée en marbre. Mais nous n'avons pas encore allumé la cheminée. Nous n'avons même pas allumé les lampes. La seule lumière vient de la lune, qui filtre à travers les rideaux de lin et dessine des losanges d'argent sur le lit.Le lit. Ce lit immense, recouvert de draps blancs, qui nous attend comme une page vierge. Comme une toile tendue. Comme une












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