LOGINLe Jardin d'Hiver est un restaurant qui porte bien son nom. Une verrière immense laisse entrer la lumière du jour, filtrée par des plantes grimpantes qui descendent du plafond en cascades vertes. Les tables sont espacées, nappées de blanc, ornées de petites compositions florales. Un endroit pour les confidences feutrées et les poignards cachés sous les sourires.
Je suis en avance. C'est une habitude que j'ai gard&eac
Cassandre est là. Depuis tout ce temps, elle est là, enterrée dans ce jardin secret, sous un tapis de chrysanthèmes. Alexandre ne l'a pas fait disparaître. Il l'a gardée près de lui, prisonnière de ce sanctuaire végétal, comme si elle pouvait revenir à la vie si on l'entourait d'assez de fleurs.Les larmes coulent sur mes joues, silencieuses, brûlantes. Je pleure ma sœur que je n'ai pas connue. Je pleure les années perdues, les occasions manquées, les mots jamais dits. Je pleure cette jeune femme qui a aimé un homme dangereux et qui en est morte.— Je suis là, Cassandre, murmuré-je contre la pierre froide. Je suis venue. Je suis ta petite sœur. Celle que tu as abandonnée, celle que tu as protégée en partant. Je suis là.Le vent se lève, agite les chrysanthèmes qui hochent la
Je me tourne brusquement, mais elle est déjà en train de s'éloigner, rejointe par les trois autres. Elles quittent le restaurant comme elles sont venues, en silence, laissant derrière elles une odeur de parfum et de mystère.Je reste assise, seule à la table vide. Les chrysanthèmes. Pourquoi les chrysanthèmes ?Le serveur revient, s'excuse, dépose l'addition. Je paie sans regarder le montant. Ma main tremble légèrement.Dans la rue, je cherche les quatre femmes du regard. Elles ont disparu, avalées par la foule. Comme si elles n'avaient jamais existé. Comme si elles étaient des fantômes venus me délivrer un message d'outre-tombe.Méfie-toi des chrysanthèmes.Je répète la phrase dans ma tête tout le long du chemin du retour. Qu'est-ce que ça signifie ? Pourquoi cette fleur précis
Le Jardin d'Hiver est un restaurant qui porte bien son nom. Une verrière immense laisse entrer la lumière du jour, filtrée par des plantes grimpantes qui descendent du plafond en cascades vertes. Les tables sont espacées, nappées de blanc, ornées de petites compositions florales. Un endroit pour les confidences feutrées et les poignards cachés sous les sourires.Je suis en avance. C'est une habitude que j'ai gardée de la rue : toujours arriver avant l'ennemi, repérer les lieux, identifier les sorties. Je m'assieds à une table dans le fond, dos au mur, vue sur l'entrée.Elles arrivent ensemble, comme un ballet parfaitement chorégraphié. Quatre femmes. Quatre silhouettes élégantes. Quatre visages qui, malgré leurs différences, partagent quelque chose d'indéfinissable. Une ressemblance fantomatique qui me glace le sang.
Marek ne répond pas. Il sait que ce sujet est délicat. Cassandre était mon échec. La seule femme qui m'ait résisté jusqu'au bout. La seule que j'ai dû faire tuer parce que je ne pouvais pas la contrôler autrement.— Elle est protégée maintenant, reprend Marek. Officiellement promise à Alexandre. Intouchable.— Personne n'est intouchable. Pas même la femme d'Alexandre Laskaris. Surtout pas elle.Je me retourne. La lumière de la lune découpe mon visage en deux moitiés, l'une éclairée, l'autre plongée dans l'ombre. Exactement comme mon âme.— Contacte Ariana, dis-je. Elle me doit un service. Il est temps qu'elle s'en acquitte.— Ariana ? L'ex-fiancée d'Alexandre ?— Celle-là même. Elle connaît les femmes qui ont partagé la vie d'Alexandre. El
Il s'éloigne avant que j'aie pu répondre. Je reste là, debout au milieu de la salle qui se vide, à regarder son dos disparaître dans l'ombre du couloir.Alexandre me rejoint.— Ne fais pas attention à Anton. Il aimait beaucoup Cassandre. Ta présence le perturbe.— Il n'est pas perturbé. Il est sceptique. Il attend de voir si je suis digne du nom que je porte.— Et tu l'es ?— Je ne sais pas. Je ne sais plus ce que ce nom signifie.Il me prend dans ses bras. Son étreinte est chaude, protectrice, mais je sens l'inquiétude dans sa respiration.— Ce soir, tu as été parfaite. Tu as tenu tête à Nikolas, tu as répondu à Elena. Tu as montré que tu n'étais pas une proie facile.— Ce n'est pas eux que je dois convaincre. C'est Nikos.— Nikos saura. Demai
CassiaLa salle de réception de la propriété Laskaris n'a pas servi depuis la mort de Cassandre. C'est Anton qui me l'apprend, un matin, alors que je le croise dans le couloir qui mène à la bibliothèque.— Monsieur n'a plus reçu personne ici depuis deux ans, dit-il de sa voix neutre. Il disait que les murs avaient trop de mémoire.Aujourd'hui, les murs vont devoir se souvenir d'autre chose. Aujourd'hui, ils vont devoir m'accepter.Alexandre a tout organisé avec la précision d'un général avant une bataille. La table ovale en acajou massif a été polie jusqu'à refléter la lumière des lustres. Les chaises Louis XV, retapissées de velours grenat, entourent le plateau comme des soldats au garde-à-vous. Les couverts en argent brillent sur la nappe blanche immaculée. Chaque détail a été
ArianaLa pièce est inondée d’une lumière blanche, impitoyable. Ce n’est pas la lumière du soleil, c’est celle de la clinique, de l’autopsie. Elle éclaire chaque grain de poussière dans l’air, chaque nervure du marbre blanc du sol. Au centre, une plateforme surélevée. Autour, des miroirs en triptyq
NikosJe penche la tête, mon front touchant presque le sien. Je sens son souffle rapide, chaud, sur mon visage.—Toute dette se paye. Avec les intérêts.Je l'embrasse.Ce n'est pas un baiser d'amant. C'est une revendication. Une violence contenue. Ma bouche capture la sienne, lui refuse le souffle,
ArianaLa nuit a été un long exercice de contrôle. Respirer. Ne pas penser. Juste planifier. Les mots que je dirai. Le ton que j'emploierai. Où je me tiendrai. Comment je poserai mes mains ,ne sont pas tremblantes, non, posées, calmes, presque indifférentes.L'aube point, sale et grise derrière les
NikosLa nuit est tombée sur Athènes, un manteau noir piqué de mille feux qui, d'ici, ressemblent à des braises mourantes. Depuis mon bureau, je regarde la ville. Ma ville. Elle grouille, elle respire, elle obéit à des règles que j'ai, pour une grande part, établies.Mais ce soir, une seule chose o







