MasukPoint de vue : James MullerAprès le dîner, Elisabeth ne part pas tout de suite. Nous nous installons sur le canapé, et nous continuons à parler. De tout, de rien. De nos rêves d'enfance, de nos peurs, de nos espoirs.— Tu sais, dis-je, quand j'étais petit, je voulais être pompier.— Vraiment ?— Oui. Je trouvais ça héroïque. Sauver des gens. Mais ma mère a dit que c'était un métier de... je ne sais plus. Quelque chose de pas digne d'un Muller.— Et tu l'as crue ?— J'ai toujours cru ce qu'elle disait. Jusqu'à ce que je te perde.Elle me regarde, ses yeux doux et tristes.— Tu ne m'as pas perdue, James. Tu m'as laissée partir.— C'est pareil.— Non. C'est différent. Partir, c'est un choix. Être perdu, c'est subir. Tu m'as laissée choisir.Je reste silencieux un moment.— Tu es trop gentille avec moi.— Je ne suis pas gentille. Je suis juste... honnête.La fatigue la gagne peu à peu. Ses paupières se ferment, sa tête dodeline. Je la regarde s'endormir, et mon cœur se remplit d'une tend
Point de vue : Elisabeth ToridUne semaine après le pique-nique, James m'invite à dîner. Pas au restaurant. Chez lui.— Je cuisine, dit-il au téléphone. Enfin, j'essaie.Je ris.— Tu sais faire quoi ?— Des pâtes. Et... des pâtes. Peut-être une salade, si je suis inspiré.— Je viens. Mais si c'est immangeable, on commande une pizza.— Marché conclu.Le soir, je frappe à sa porte. Il ouvre, vêtu d'une chemise simple, les cheveux coiffés avec soin. L'appartement est différent – des bougies sur la table, une nappe propre, deux chaises alignées.— C'est... joli, dis-je, surprise.— J'ai fait un effort. Pour toi.Il m'invite à m'asseoir. La table est dressée avec soin – des assiettes simples, mais des serviettes pliées, un petit bouquet de fleurs sauvages dans un verre.— Tu as mis des fleurs.— Des marguerites. J'ai lu quelque part que tu aimais les fleurs simples.Mon cœur se serre. Il a fait des recherches. Sur moi.— Merci.Il sert les pâtes – carbonara, visiblement faites maison. Je g
Point de vue : James MullerCela fait une semaine qu’Elisabeth a rompu avec Marc.Je l’ai appris par Lucas, qui l’a su de Sophie. Depuis, je n’ai pas osé lui envoyer le moindre message.Je ne voulais surtout pas qu’elle pense que je profitais de sa rupture pour revenir dans sa vie.Alors j’ai attendu.Chaque jour, j’ai regardé mon téléphone un peu trop souvent, avant de me rappeler que je n’avais aucune raison de m’attendre à recevoir un message d’elle.Et puis, aujourd’hui, mon téléphone sonne.Son nom apparaît sur l’écran.Elisabeth.Mon cœur rate presque un battement.Je décroche aussitôt.— James ?Sa voix est calme, posée. Rien à voir avec la femme bouleversée que j’ai connue ces dernières semaines.— Oui ?— Tu es libre cet après-midi ?Je me redresse dans mon fauteuil.— Oui. Pourquoi ?Un court silence.— Je pensais qu’on pourrait… faire quelque chose. Ensemble. Si tu veux.Je ferme les yeux une seconde.Elle vient de me proposer de passer du temps avec moi.Pourtant, je m’eff
Point de vue : Elisabeth ToridMarc est assis en face de moi, dans ce petit café près de l’hôpital où nous avons nos habitudes.Il tient sa tasse entre ses deux mains. La chaleur du café lui réchauffe les doigts, mais son regard reste posé sur moi. Doux. Patient.C’est l’homme que j’aurais dû aimer complètement.L’homme que beaucoup de femmes auraient choisi sans hésiter.Et pourtant, assise devant lui, je sens mon cœur se serrer.— Tu as pris ta décision ? demande-t-il calmement.Je baisse les yeux vers ma tasse. Je remue distraitement le café, alors qu’il n’y a plus de sucre à faire fondre depuis longtemps.Mon cœur bat beaucoup trop vite.Comment annoncer à quelqu’un d’aussi bon qu’on ne peut pas lui donner ce qu’il mérite ?— Marc, je…— Attends.Sa voix reste douce. Il ne cherche pas à me brusquer.Il pose sa tasse sur la table et se penche légèrement vers moi.— Avant que tu ne dises quoi que ce soit, laisse-moi parler.Je relève lentement les yeux.Il inspire profondément.— Je
Point de vue : James MullerTrois semaines.Cela fait trois semaines depuis la visite d’Elisabeth.Trois semaines que je me lève tôt, que je travaille jusqu’à tard et que j’essaie de construire quelque chose avec presque rien.Lucas m’a donné un sérieux coup de main. Grâce à lui, j’ai décroché mes deux premiers clients : deux associations de quartier qui avaient besoin d’aide pour remettre de l’ordre dans leur gestion.Ce n’est pas grand-chose. Mais pour moi, c’est énorme. Chaque facture que j’envoie, chaque dossier que je termine me donne l’impression de reprendre un peu le contrôle de ma vie. Ce matin-là, je suis assis devant mon ordinateur lorsque mon téléphone sonne.Je décroche sans regarder le numéro.— Monsieur Muller ?La voix d’une femme.— Oui, c’est moi.— Je suis Claire Beaumont, directrice de la fondation « Un Sourire pour les Enfants ». Elisabeth m’a parlé de vous. Elle dit que vous pourriez nous aider à restructurer notre département financier.Je reste silencieux une s
Point de vue : Elisabeth ToridLe lendemain, je retourne voir James.Cette fois, je ne viens pas les mains vides. J'ai acheté des croissants encore tièdes et deux cafés en chemin. Quand il ouvre la porte, je dois retenir un sourire. Ses cheveux sont complètement en bataille et sa chemise est froissée, comme s'il l'avait enfilée à la hâte.Il me regarde quelques secondes, visiblement surpris.— Tu es revenue.Je lève légèrement le sac que je tiens dans ma main.— Je t'avais dit que je reviendrai.Il s'efface aussitôt pour me laisser entrer. À l'intérieur, je remarque tout de suite une différence.L'appartement est plus rangé que la veille. Les dossiers qui traînaient partout sont maintenant empilés proprement sur la table. La vaisselle a disparu de l'évier. Même le canapé semble avoir retrouvé une apparence normale.Je regarde autour de moi.— Tu as rangé.Il passe une main dans ses cheveux, un peu gêné.— J'ai pensé que tu reviendrais peut-être.Il hausse les épaules.— Je ne voulais







