로그인L’entraînement battait son plein.
Les cris fusaient. Les lames mordaient la glace. Les corps se heurtaient avec une violence contrôlée. Éliane observait depuis le banc, tablette en main. Elle s’efforçait de rester concentrée sur des détails techniques : amplitudes de mouvements, compensations musculaires, fatigue asymétrique. Mais son regard revenait toujours vers lui. Alexei. Il appliquait précisément l’ajustement qu’elle avait suggéré la veille. Demi-seconde de retenue avant l’impact. Rotation plus stable. Elle le vit hésiter avant une mise en échec. Hésiter. Puis frapper avec précision plutôt qu’avec brutalité. Un frisson discret la traversa. Il avait écouté. Elle aurait dû se sentir satisfaite, professionnellement. Au lieu de cela, une pensée la troubla : Il l’avait fait pour elle. Ridicule. Il l’aurait fait pour améliorer son jeu. Rien de plus. Pourtant, lorsqu’il regagna le banc quelques minutes plus tard, il ne regarda ni le coach, ni Mathieu. Il la regarda, elle. Une fraction de seconde. Comme pour vérifier. Elle baissa les yeux trop tard. Mathieu s’assit à côté d’elle. — Il ajuste, dit-il calmement. — Oui. — Ça lui coûte. Elle tourna la tête. — Comment ça ? — Retenir l’impact, pour lui, c’est presque contre nature. Elle observa Alexei qui buvait à sa gourde, le regard fixé sur la glace. Tendu. Toujours tendu. — Il joue comme s’il devait mériter sa place à chaque seconde, ajouta Mathieu. — C’est peut-être le cas. Mathieu la regarda longuement. — Non. Le ton était ferme. Capitaine. Protecteur. Mais de qui parlait-il vraiment ? De l’équipe ? Ou d’elle ? L’entraînement reprit. Une nouvelle séquence rapide. Alexei intercepta une passe et accéléra. Un défenseur tenta de le bloquer. Contact brutal. Trop brutal. Le bruit résonna contre les bandes. Éliane se leva immédiatement. Automatique. Son cœur battait trop vite. Alexei se releva presque aussitôt. Aucun signe visible de blessure. Pourtant, elle traversa la glace sans réfléchir. Il la vit arriver. Un éclat passa dans ses yeux. Pas de douleur. Autre chose. — Ça va ? demanda-t-elle en s’arrêtant devant lui. — Toujours. Mais elle posa quand même la main sur son avant-bras. Geste professionnel. Rationnel. Sauf que la chaleur sous ses doigts la déstabilisa plus qu’elle ne l’aurait voulu. Il ne détourna pas les yeux. Ils étaient seuls au centre du bruit. — Tu t’inquiètes vite, murmura-t-il. — C’était un mauvais angle. — J’ai contrôlé. Elle retira sa main. Un peu trop brusquement. — Bien. Elle tourna les talons. Mais elle sentit son regard dans son dos. Et elle détesta le fait que cela la rende consciente de chacun de ses pas. • Plus tard, dans la salle de traitement, elle rangeait des compresses lorsqu’elle se surprit à repenser à la sensation de sa peau sous la sienne. Ce n’était pas la première fois qu’elle touchait un joueur. Des centaines de fois auparavant. Pourquoi celui-là était différent ? Elle posa les mains à plat sur la table. Respira. Ce n’était pas lui. C’était l’environnement. La nouveauté. La pression. Elle projetait. Oui. C’était ça. On frappe à la porte. Deux coups. Mesurés. — Entre. Mathieu passa la tête. — Tu as une minute ? Elle hocha la tête. Il entra, refermant doucement derrière lui. Il semblait fatigué aujourd’hui. Les traits légèrement tirés. — Je voulais savoir si tu te sentais à l’aise, dit-il. La question la prit au dépourvu. — Pourquoi je ne le serais pas ? — L’équipe peut être… intense. Elle retint un sourire. — Je n’ai pas peur de l’intensité. — Je ne parle pas de peur. Le silence s’installa. Plus subtil que celui avec Alexei. Moins électrique. Mais plus profond. — Il te teste, dit-il finalement. Elle croisa les bras. — Qui ? Il ne répondit pas. Elle comprit. — Je suis capable de gérer un joueur difficile. — Je n’en doute pas. Il s’approcha d’un pas. Pas envahissant. Mais plus proche. — Je veux simplement que tu saches que si quelque chose te met mal à l’aise… tu n’es pas seule ici. Le regard qu’il lui adressa était franc. Stable. Chaleureux. Et cela la troubla différemment. Avec Alexei, son cœur s’emballait. Avec Mathieu, il ralentissait. Elle ne savait pas lequel des deux effets était le plus dangereux. — Merci, dit-elle doucement. Il hocha la tête. Puis, presque malgré lui : — Il ne supporte pas de ne pas contrôler une situation. Elle sentit une pointe de résistance monter en elle. — Peut-être que tu interprètes. Mathieu soutint son regard. — Peut-être. Il n’insista pas. C’était ce qui la déstabilisait le plus. Il lui laissait l’espace de réfléchir. • En fin de journée, l’aréna se vida progressivement. Éliane traversait le couloir menant au stationnement lorsqu’elle entendit des pas derrière elle. Elle n’eut pas besoin de se retourner. — Tu marches vite, dit Alexei. Elle ralentit malgré elle. — Journée longue. — Tu m’as observé tout l’entraînement. Son ton n’était ni accusateur ni moqueur. Constat. — Je fais mon travail. — Pas seulement. Elle s’arrêta. Se tourna vers lui. Le couloir était presque vide. Lumière tamisée. — Tu imagines des choses. Il pencha légèrement la tête. — Peut-être. Le même mot que Mathieu. Mais dans sa bouche, il sonnait différent. Plus intime. — Pourquoi tu es venue jusqu’à la glace tout à l’heure ? demanda-t-il. — Parce que c’était un choc violent. — J’en ai reçu pire. — Ce n’est pas une compétition. Un silence. Ses yeux glissèrent brièvement vers ses lèvres. Puis remontèrent. — Non, dit-il doucement. Ce n’est pas une compétition. Mais quelque chose dans son regard disait le contraire. Elle sentit un doute insidieux s’infiltrer. Était-ce lui qui entretenait cette tension ? Ou était-ce elle qui la nourrissait ? — Bonne soirée, Alexei. Elle tourna les talons avant qu’il ne puisse répondre. Dans sa voiture, les mains posées sur le volant, elle resta immobile quelques secondes. Son esprit rejouait chaque regard. Chaque silence. Elle analysait tout. Trop. C’était peut-être ça, le vrai problème. Elle n’était pas attirée. Elle était simplement… stimulée. Défiée. Oui. C’était intellectuel. Professionnel. Elle démarra le moteur. Mais au fond d’elle, une petite voix murmurait que si tout cela était purement professionnel… Son cœur ne battrait pas aussi fort.Il n’était pas censé monter.C’était la règle implicite qu’ils avaient installée entre eux. Léger. Fluide. Sans complication.Mais certaines soirées ont une densité particulière. Une fatigue nerveuse. Une tension accumulée qui ne demande plus à être analysée.Après la victoire du match à domicile, l’équipe avait brièvement célébré. Rien d’excessif. Rien d’officiel. Juste assez pour relâcher la pression.Mathieu l’avait regardée plusieurs fois pendant la soirée.Pas possessif.Pas jaloux.Mais décidé.Quand ils se retrouvèrent dehors, l’air était froid et sec. Éliane sentit l’adrénaline encore active sous sa peau.— Tu viens chez moi, dit-elle simplement.Pas un sourire.Pas une hésitation.Il la regarda une seconde de trop.— Tu es sûre que ce n’est pas… impulsif ?Elle s’approcha de lui.— Si. Complètement.Et elle l’embrassa.Pas doucement cette fois.Le baiser était profond, affamé, chargé des jours retenus.Il répondit immédiatement. Sa main glissa dans son dos, l’attirant contre
Les jours qui suivirent le retrait glacial d’Alexei laissèrent un vide étrange dans l’aréna. Il était toujours là, mais comme une présence périphérique, disciplinée, distante. Il ne cherchait plus l’affrontement. Il ne cherchait plus Éliane non plus.Et c’était précisément ce qui la troublait.Alors elle se concentra ailleurs.Mathieu, lui, n’avait pas changé d’attitude. Il ne revendiquait rien. Ne posait aucune pression. Il continuait d’être ce qu’il avait toujours été : solide, présent, ancré.Mais il y avait maintenant une tension assumée entre eux. Un fil invisible qu’ils avaient cessé de nier.Un soir, après un entraînement intense, il lui proposa simplement :— On va boire quelque chose. Pas avec l’équipe. Juste… dehors.Pas un rendez-vous officiel.Pas une déclaration.Elle accepta.Le bar qu’il choisit était discret, à quelques rues de l’aréna. Lumière tamisée, musique basse, tables espacées. Assez pour parler sans se cacher.Assise en face de lui, Éliane réalisa qu’elle ne l’
Il ne bougea pas.Pas quand la porte de la salle vidéo s’ouvrit.Pas quand Mathieu fit un pas dans le couloir.Pas quand Éliane apparut derrière lui, les lèvres encore légèrement rosées, le souffle encore instable malgré ses efforts pour le masquer.Alexei était adossé au mur, les bras croisés. Le néon au-dessus de lui projetait une lumière pâle sur ses traits, accentuant la dureté naturelle de son visage.Il n’y avait rien d’explosif dans son regard.C’était pire.Il était parfaitement calme.Mathieu s’arrêta à mi-distance. Éliane sentit immédiatement que l’énergie avait changé. Plus de tension brute. Plus d’électricité sauvage.Juste une froideur dense.— Tu avais besoin de la salle vidéo ? demanda Mathieu, ton neutre.Alexei décroisa lentement les bras.— Non.Sa voix était plate. Stable. Presque douce.Son regard glissa vers Éliane.Pas vers sa bouche.Pas vers ses mains.Dans ses yeux.Il la regardait comme on observe une donnée.Un fait.Un résultat.Elle sentit un frisson lui p
La neige avait cessé.L’air était plus froid encore, comme si la tempête avait aspiré toute chaleur inutile. Éliane était rentrée chez elle avec l’image de Mathieu immobile dans l’encadrement de la porte, les observant dans la nuit blanche.Il n’avait rien dit.Mais son silence était une décision.Le lendemain, il ne fit aucune remarque. Aucun reproche. Aucune allusion.C’était presque pire.L’entraînement se déroula avec une concentration inhabituelle. Mathieu donnait les consignes avec précision, la voix ferme, le regard clair. Professionnel. Irréprochable.Mais quelque chose avait changé.Il ne l’évitait pas.Il la regardait plus longtemps.Pas avec jalousie.Avec lucidité.À la fin de la séance, alors que les joueurs quittaient la glace, il s’approcha d’elle sans un mot et lui fit un signe discret vers le couloir secondaire.Elle hésita une seconde.Puis le suivit.Le couloir était vide. Lumière tamisée. Bruit lointain des douches.Il s’arrêta devant la porte de la salle vidéo.La
Le silence du bureau du coach était plus oppressant que celui du couloir quelques minutes plus tôt. L’aréna s’était vidé peu à peu, mais ici, l’air restait lourd, chargé d’une tension froide qui n’avait rien à voir avec la glace.Éliane était restée en retrait. Elle n’aurait pas dû être là, mais le coach lui avait demandé de rester. Peut-être parce qu’elle était devenue, malgré elle, un élément de l’équation.Mathieu se tenait debout, bras croisés, le visage fermé. Alexei, lui, était assis, les coudes sur les genoux, les mains jointes devant lui. Aucun des deux ne se regardait.Le coach fit glisser une feuille sur son bureau.« La ligue a examiné les images. Bagarre après sifflet. Agression ciblée. Comportement antisportif aggravé. »Il releva les yeux vers Alexei.« Suspension de trois matchs. Effet immédiat. »Le mot suspension sembla résonner plus longtemps que les autres.Trois matchs.Dans une saison serrée, c’était énorme.Alexei ne réagit pas immédiatement. Il hocha simplement
Le silence dans le couloir était plus violent que n’importe quel coup échangé sur la glace.Mathieu ne bougeait pas.Son regard ne quittait pas la main d’Alexei posée sur la taille d’Éliane.Une main ferme.Consciente.Assumée.Alexei ne la retira pas immédiatement.Ce détail changeait tout.Éliane sentit son cœur cogner dans sa poitrine. L’air semblait plus dense. Plus lourd.— Enlève ta main, dit Mathieu.Sa voix n’était pas forte.Mais elle ne tremblait pas.Alexei tourna lentement la tête vers lui.— Non.Un seul mot.Calme.Provocateur sans hausser le ton.Éliane sentit la pression du pouce d’Alexei s’accentuer légèrement contre sa hanche.Comme pour signifier qu’il avait entendu.Comme pour refuser.— Ce n’est pas à toi de décider, répliqua Mathieu.Il s’avança d’un pas.Le couloir paraissait soudain trop étroit pour contenir les deux hommes.Éliane retrouva enfin sa voix.— Ça suffit.Elle posa sa main sur le torse d’Alexei.Cette fois, elle le repoussa.Il la relâcha immédiate







