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Le capitaine

作者: Moronix
last update 公開日: 2026-02-12 00:48:22

La salle vidéo était toujours plus froide que le reste de l’aréna.

Pas à cause de la température.

À cause du silence.

Éliane aimait cet endroit. Pas de cris, pas d’odeur de sueur, pas de fracas de lames. Juste l’écran, les ralentis, les détails invisibles à pleine vitesse.

Elle était installée au bout de la longue table lorsque la porte s’ouvrit doucement.

— J’espérais te trouver ici.

Mathieu entra sans bruit, refermant la porte derrière lui. Il tenait deux cafés.

Elle leva les yeux, surprise.

— Je ne savais pas que les capitaines faisaient aussi la livraison.

— Seulement quand c’est stratégique.

Il posa un café devant elle. Noir. Sans sucre.

Elle arqua un sourcil.

— Tu observes beaucoup, dit-il simplement.

Elle accepta le café.

— C’est mon travail.

Il prit place à côté d’elle, laissant une distance confortable entre leurs épaules. Pas d’intrusion. Pas de tension électrique.

Juste une présence stable.

L’écran affichait une séquence du dernier match. Alexei traversait la zone offensive à pleine vitesse avant de percuter un défenseur avec une violence contrôlée.

Mathieu croisa les bras.

— Regarde son appui gauche.

Elle rembobina.

Ralenti.

Image par image.

— Il charge trop tôt, dit-elle. Son centre de gravité bascule avant l’impact.

Mathieu tourna légèrement la tête vers elle. Impressionné.

— Exact.

Un silence s’installa, mais il était confortable. Concentré.

— Il joue comme s’il avait besoin de frapper plus fort que les autres, ajouta-t-elle.

Mathieu hésita avant de répondre.

— Il joue comme s’il devait survivre.

Elle détourna brièvement les yeux de l’écran.

— Tu le connais bien.

— Assez.

Son ton avait changé. Plus mesuré.

Elle sentit qu’il choisissait ses mots.

— L’équipe repose sur un équilibre fragile, reprit-il. Il apporte l’intensité. Moi, je maintiens la structure.

— Et quand l’intensité déborde ?

Il soutint son regard.

— Alors je la canalise.

Le message était clair.

Il ne parlait pas seulement du jeu.

Un bruit de patins résonna dans le couloir. Puis des voix. L’entraînement venait de se terminer.

Mathieu ne bougea pas.

— Tu as travaillé avec lui ce matin.

Ce n’était pas une question.

Elle garda un ton neutre.

— Poignet surmené.

— Il est venu de lui-même ?

— Oui.

Une micro-seconde de silence.

— Intéressant.

Elle se tourna vers lui.

— Pourquoi ?

Il haussa légèrement les épaules.

— Alexei ne demande jamais d’aide.

La phrase resta suspendue.

Elle sentit le poids sous-jacent.

— Peut-être qu’il veut simplement rester performant.

Mathieu esquissa un sourire à peine visible.

— Peut-être.

Il se leva pour relancer la séquence vidéo.

— Regarde ici.

Sur l’écran, un échange brutal contre la bande. Alexei poussait un peu plus fort que nécessaire.

— Ça, ce n’est pas stratégique, dit Mathieu calmement.

— C’est personnel ?

Il ne répondit pas immédiatement.

— Parfois, les joueurs transfèrent ce qu’ils ne disent pas.

Leur regard se croisa.

Elle comprit qu’il parlait aussi d’elle.

Pas une accusation.

Un constat.

La porte s’ouvrit brusquement.

Alexei entra sans frapper.

Il s’arrêta en les voyant côte à côte.

Son regard balaya la pièce. L’écran. Les cafés. La distance entre eux.

Il referma la porte derrière lui.

Silencieusement.

— Réunion privée ? demanda-t-il.

Sa voix était neutre. Trop neutre.

Mathieu ne se leva pas.

— Analyse vidéo.

— Je vois.

Alexei s’approcha. Lentement.

Éliane sentit la température changer.

Pas extérieurement.

Intérieurement.

Il resta debout derrière eux, regardant l’écran.

— Vous analysez quoi ? demanda-t-il.

— Tes appuis, répondit Mathieu sans détour.

Un bref silence.

— Et ?

— Et tu frappes avant d’être stable.

Alexei pencha légèrement la tête.

— Ça marche pourtant.

— Jusqu’à ce que ça ne marche plus.

Les deux hommes se regardèrent.

Pas agressifs.

Mais ancrés.

Éliane sentit qu’elle assistait à quelque chose de plus ancien qu’elle.

Un rapport de force installé depuis longtemps.

Elle se leva pour créer un mouvement, briser la tension.

— Son poignet compense trop, dit-elle en s’adressant à Mathieu, mais assez fort pour qu’Alexei entende. Si ça continue, il va surcharger l’épaule.

Alexei tourna les yeux vers elle.

— Tu parles de moi comme si je n’étais pas là.

— Je parle de ton corps, corrigea-t-elle calmement.

Un éclat passa dans son regard.

Mathieu observa l’échange sans intervenir.

— Et qu’est-ce que tu proposes ? demanda Alexei.

Elle s’approcha de l’écran.

— Ajuster la rotation ici. Retarder l’impact d’une demi-seconde.

Elle rembobina, montra précisément le moment.

Alexei s’approcha derrière elle pour voir.

Trop près.

Elle sentit sa chaleur dans son dos.

Mathieu le remarqua.

Il se leva.

Pas brusquement.

Mais suffisamment pour rééquilibrer l’espace.

— On testera ça à l’entraînement demain, dit-il.

Un silence.

Alexei recula d’un pas.

Minime.

Mais réel.

— Comme tu veux, capitaine.

Le mot vibrait d’une nuance indéfinissable.

Puis il se tourna vers Éliane.

— Trois séances par semaine, c’est ça ?

— Oui.

— Alors on se voit demain.

Il la fixa une seconde de trop.

Puis il sortit.

La porte se referma.

Le silence qui suivit était différent.

Plus lourd.

Mathieu passa une main dans ses cheveux.

— Il n’aime pas perdre du terrain.

— Ce n’est pas une compétition.

Mathieu la regarda longuement.

— Pour lui, tout en est une.

Elle sentit une légère tension dans sa poitrine.

— Et pour toi ?

Il hésita.

Puis :

— Pour moi… c’est une responsabilité.

Leur regard se maintint.

Pas de brûlure.

Pas d’électricité sauvage.

Mais quelque chose de plus profond.

Plus dangereux, peut-être.

Parce que stable.

— Merci pour le café, dit-elle doucement.

Il hocha la tête.

— Fais attention, Éliane.

Ce n’était pas une menace.

Pas un ordre.

Une inquiétude sincère.

Elle resta seule quelques minutes après son départ.

Elle revit l’image d’Alexei derrière elle.

Sa proximité.

Son regard.

Puis celui de Mathieu.

Plus discret.

Mais tout aussi intense.

Deux forces différentes.

L’une brûlante.

L’autre solide.

Et elle, au centre.

Elle n’avait encore rien fait.

Rien franchi.

Rien choisi.

Pourtant, la glace sous ses pieds semblait déjà plus mince.

Et elle commençait à comprendre que ralentir ne signifiait pas apaiser.

Parfois, ralentir ne fait qu’amplifier l’inévitable.

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