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Faux mouvement

last update Veröffentlichungsdatum: 12.02.2026 00:52:49

La séance était censée être rapide.

Renforcement léger du poignet. Mobilité contrôlée. Rien d’intime. Rien de prolongé.

Éliane avait pris soin de laisser la porte de la salle de traitement entrouverte cette fois.

Elle ne savait pas exactement pourquoi.

Peut-être pour se prouver quelque chose.

Alexei entra sans bruit, comme toujours. Il portait un sweat gris à capuche, manches déjà relevées.

— Ça va mieux, dit-il en s’installant sur la table.

— On va vérifier.

Elle gardait un ton neutre. Strictement professionnel.

Elle s’approcha, posa ses doigts autour de son poignet.

La peau était encore chaude d’entraînement. Les muscles moins tendus que les jours précédents.

— Flexion.

Il obéit.

— Extension.

Il obéit encore.

Silencieux.

Docile.

Ce mot la troubla.

Elle concentra son attention sur l’articulation. Amplitude améliorée. Inflammation en baisse.

— Bien, dit-elle. Continue comme ça.

Elle appliqua une pression contrôlée pour tester la stabilité.

Il ne réagit pas.

— Douleur ?

— Non.

Son regard n’était pas sur sa main.

Il était sur son visage.

Elle le sentit sans lever les yeux.

Une chaleur diffuse monta dans sa nuque.

Ne pas réagir.

Ne pas imaginer.

Elle relâcha son poignet et se détourna pour noter l’évolution dans son dossier.

C’est là qu’elle le sentit.

Sa main.

Sur sa taille.

Ferme.

Brève.

Mais indéniable.

Son corps se figea.

Le contact n’avait rien d’accidentel. La paume s’était posée juste au creux de sa hanche, au-dessus de la couture de son pantalon.

Une seconde.

Peut-être moins.

Mais suffisamment pour que son souffle se bloque.

Puis la main disparut.

Elle se retourna lentement.

— Qu’est-ce que tu—

Il était déjà descendu de la table.

Calme.

— J’ai failli tomber, dit-il simplement.

Elle cligna des yeux.

— Tomber ?

Il désigna le bord de la table du menton.

— Déséquilibre.

Son ton était plat. Presque étonné par sa réaction.

Elle sentit une vague de chaleur lui monter aux joues.

— Tu aurais pu… prévenir.

— Prévenir ?

Il fronça légèrement les sourcils.

Comme s’il ne comprenait pas.

Comme si elle exagérait.

Elle recula d’un pas.

— Ta main.

Il baissa les yeux vers ses propres doigts, puis releva la tête.

— J’ai cherché un appui.

Silence.

Son regard n’était ni provocant ni amusé.

Juste… neutre.

Trop neutre.

Était-ce possible ?

Avait-elle imaginé l’intention ?

Elle revit la scène.

La pression de sa paume.

La chaleur.

Mais n’était-ce pas simplement un réflexe ?

Elle avait été concentrée sur son dossier. Il avait bougé. Perdu l’équilibre.

C’était plausible.

Terriblement plausible.

— D’accord, dit-elle finalement.

Sa voix manquait d’assurance.

Il l’observait maintenant avec une attention différente.

Plus analytique.

— Tu as cru que je faisais quoi ?

La question tomba doucement.

Pas accusatrice.

Curieuse.

Son cœur accéléra.

— Rien.

— Éliane.

Il avait prononcé son prénom plus lentement que d’habitude.

Comme s’il testait la sonorité.

— J’ai juste perdu l’équilibre.

Un pas vers elle.

Elle sentit son corps se tendre malgré elle.

— Tu crois que je te toucherais sans que tu le voies venir ?

La phrase la heurta.

Elle ne savait pas pourquoi.

Peut-être parce qu’elle sous-entendait qu’il en serait capable.

Peut-être parce qu’elle n’était pas certaine de vouloir connaître la réponse.

— Ce n’est pas approprié, dit-elle plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu.

— Je n’ai rien fait d’inapproprié.

Le silence s’étira.

Il avait raison.

Techniquement.

Elle chercha dans son regard une trace de moquerie. D’amusement. De manipulation.

Elle n’y trouva qu’une intensité calme.

— Si ça t’a mise mal à l’aise, dit-il finalement, je m’excuse.

Et là, le doute s’installa vraiment.

Ce n’était pas la réaction d’un homme qui joue.

C’était la réaction d’un homme sûr de son innocence.

Ou très bon acteur.

Elle détourna les yeux.

— Ce n’est rien.

— Si.

Sa voix était plus basse.

— Ce n’est pas rien si tu le ressens comme ça.

Elle releva la tête.

Leurs regards se croisèrent.

Aucun sourire.

Aucun défi.

Juste une tension fragile.

— Je ne veux pas que tu penses que je profite de ta position, ajouta-t-il.

Sa position.

Elle réalisa soudain.

Il parlait d’elle comme si c’était elle qui détenait le pouvoir ici.

Pas lui.

Cela la déstabilisa davantage.

— La séance est terminée, dit-elle doucement.

Il hocha la tête.

Se dirigea vers la porte.

La main sur la poignée, il s’arrêta.

Sans se retourner.

— Si je voulais te toucher, Éliane…

Une pause.

Son souffle se suspendit.

— Tu le saurais.

Il sortit.

La porte resta entrouverte.

Elle resta immobile au milieu de la pièce.

Le cœur battant trop vite.

Ce n’était plus la main sur sa taille qui la troublait.

C’était cette phrase.

Tu le saurais.

Était-ce une menace ?

Une promesse ?

Ou simplement une façon brutale de dire qu’elle avait surinterprété ?

Elle posa les deux mains sur la table.

Respira profondément.

Elle avait peut-être projeté.

Peut-être que son propre trouble l’avait poussée à voir une intention là où il n’y en avait pas.

Et cette possibilité la dérangeait plus encore.

Parce que cela signifiait que la tension ne venait pas seulement de lui.

Elle venait d’elle.

De son regard trop attentif.

De son corps trop réactif.

De cette curiosité qu’elle refusait d’admettre.

En fin de journée, elle croisa Mathieu dans le couloir.

— Tout va bien ? demanda-t-il en remarquant son air plus fermé.

Elle hésita.

Devait-elle mentionner l’incident ?

Mais quoi mentionner ?

Un geste accidentel ?

Une phrase ambiguë ?

Rien de concret.

Seulement une sensation.

— Oui, répondit-elle finalement. Juste fatiguée.

Mathieu la fixa un instant, comme s’il percevait autre chose.

Puis il hocha la tête.

— Repose-toi.

Elle le regarda s’éloigner.

Avec lui, tout semblait clair.

Avec Alexei, tout était flou.

Et peut-être que le plus dangereux n’était pas ce qu’Alexei faisait…

Mais ce qu’elle imaginait.

Dans sa voiture, plus tard, elle posa la main sur sa propre taille.

Exactement à l’endroit où il l’avait touchée.

La sensation était encore là.

Ou peut-être était-ce seulement sa mémoire qui la recréait.

Elle ferma les yeux.

Et pour la première fois depuis son arrivée, une question sincère la traversa :

Et si je ne contrôlais pas autant la situation que je le crois ?

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