로그인La séance était censée être rapide.
Renforcement léger du poignet. Mobilité contrôlée. Rien d’intime. Rien de prolongé. Éliane avait pris soin de laisser la porte de la salle de traitement entrouverte cette fois. Elle ne savait pas exactement pourquoi. Peut-être pour se prouver quelque chose. Alexei entra sans bruit, comme toujours. Il portait un sweat gris à capuche, manches déjà relevées. — Ça va mieux, dit-il en s’installant sur la table. — On va vérifier. Elle gardait un ton neutre. Strictement professionnel. Elle s’approcha, posa ses doigts autour de son poignet. La peau était encore chaude d’entraînement. Les muscles moins tendus que les jours précédents. — Flexion. Il obéit. — Extension. Il obéit encore. Silencieux. Docile. Ce mot la troubla. Elle concentra son attention sur l’articulation. Amplitude améliorée. Inflammation en baisse. — Bien, dit-elle. Continue comme ça. Elle appliqua une pression contrôlée pour tester la stabilité. Il ne réagit pas. — Douleur ? — Non. Son regard n’était pas sur sa main. Il était sur son visage. Elle le sentit sans lever les yeux. Une chaleur diffuse monta dans sa nuque. Ne pas réagir. Ne pas imaginer. Elle relâcha son poignet et se détourna pour noter l’évolution dans son dossier. C’est là qu’elle le sentit. Sa main. Sur sa taille. Ferme. Brève. Mais indéniable. Son corps se figea. Le contact n’avait rien d’accidentel. La paume s’était posée juste au creux de sa hanche, au-dessus de la couture de son pantalon. Une seconde. Peut-être moins. Mais suffisamment pour que son souffle se bloque. Puis la main disparut. Elle se retourna lentement. — Qu’est-ce que tu— Il était déjà descendu de la table. Calme. — J’ai failli tomber, dit-il simplement. Elle cligna des yeux. — Tomber ? Il désigna le bord de la table du menton. — Déséquilibre. Son ton était plat. Presque étonné par sa réaction. Elle sentit une vague de chaleur lui monter aux joues. — Tu aurais pu… prévenir. — Prévenir ? Il fronça légèrement les sourcils. Comme s’il ne comprenait pas. Comme si elle exagérait. Elle recula d’un pas. — Ta main. Il baissa les yeux vers ses propres doigts, puis releva la tête. — J’ai cherché un appui. Silence. Son regard n’était ni provocant ni amusé. Juste… neutre. Trop neutre. Était-ce possible ? Avait-elle imaginé l’intention ? Elle revit la scène. La pression de sa paume. La chaleur. Mais n’était-ce pas simplement un réflexe ? Elle avait été concentrée sur son dossier. Il avait bougé. Perdu l’équilibre. C’était plausible. Terriblement plausible. — D’accord, dit-elle finalement. Sa voix manquait d’assurance. Il l’observait maintenant avec une attention différente. Plus analytique. — Tu as cru que je faisais quoi ? La question tomba doucement. Pas accusatrice. Curieuse. Son cœur accéléra. — Rien. — Éliane. Il avait prononcé son prénom plus lentement que d’habitude. Comme s’il testait la sonorité. — J’ai juste perdu l’équilibre. Un pas vers elle. Elle sentit son corps se tendre malgré elle. — Tu crois que je te toucherais sans que tu le voies venir ? La phrase la heurta. Elle ne savait pas pourquoi. Peut-être parce qu’elle sous-entendait qu’il en serait capable. Peut-être parce qu’elle n’était pas certaine de vouloir connaître la réponse. — Ce n’est pas approprié, dit-elle plus sèchement qu’elle ne l’aurait voulu. — Je n’ai rien fait d’inapproprié. Le silence s’étira. Il avait raison. Techniquement. Elle chercha dans son regard une trace de moquerie. D’amusement. De manipulation. Elle n’y trouva qu’une intensité calme. — Si ça t’a mise mal à l’aise, dit-il finalement, je m’excuse. Et là, le doute s’installa vraiment. Ce n’était pas la réaction d’un homme qui joue. C’était la réaction d’un homme sûr de son innocence. Ou très bon acteur. Elle détourna les yeux. — Ce n’est rien. — Si. Sa voix était plus basse. — Ce n’est pas rien si tu le ressens comme ça. Elle releva la tête. Leurs regards se croisèrent. Aucun sourire. Aucun défi. Juste une tension fragile. — Je ne veux pas que tu penses que je profite de ta position, ajouta-t-il. Sa position. Elle réalisa soudain. Il parlait d’elle comme si c’était elle qui détenait le pouvoir ici. Pas lui. Cela la déstabilisa davantage. — La séance est terminée, dit-elle doucement. Il hocha la tête. Se dirigea vers la porte. La main sur la poignée, il s’arrêta. Sans se retourner. — Si je voulais te toucher, Éliane… Une pause. Son souffle se suspendit. — Tu le saurais. Il sortit. La porte resta entrouverte. Elle resta immobile au milieu de la pièce. Le cœur battant trop vite. Ce n’était plus la main sur sa taille qui la troublait. C’était cette phrase. Tu le saurais. Était-ce une menace ? Une promesse ? Ou simplement une façon brutale de dire qu’elle avait surinterprété ? Elle posa les deux mains sur la table. Respira profondément. Elle avait peut-être projeté. Peut-être que son propre trouble l’avait poussée à voir une intention là où il n’y en avait pas. Et cette possibilité la dérangeait plus encore. Parce que cela signifiait que la tension ne venait pas seulement de lui. Elle venait d’elle. De son regard trop attentif. De son corps trop réactif. De cette curiosité qu’elle refusait d’admettre. En fin de journée, elle croisa Mathieu dans le couloir. — Tout va bien ? demanda-t-il en remarquant son air plus fermé. Elle hésita. Devait-elle mentionner l’incident ? Mais quoi mentionner ? Un geste accidentel ? Une phrase ambiguë ? Rien de concret. Seulement une sensation. — Oui, répondit-elle finalement. Juste fatiguée. Mathieu la fixa un instant, comme s’il percevait autre chose. Puis il hocha la tête. — Repose-toi. Elle le regarda s’éloigner. Avec lui, tout semblait clair. Avec Alexei, tout était flou. Et peut-être que le plus dangereux n’était pas ce qu’Alexei faisait… Mais ce qu’elle imaginait. Dans sa voiture, plus tard, elle posa la main sur sa propre taille. Exactement à l’endroit où il l’avait touchée. La sensation était encore là. Ou peut-être était-ce seulement sa mémoire qui la recréait. Elle ferma les yeux. Et pour la première fois depuis son arrivée, une question sincère la traversa : Et si je ne contrôlais pas autant la situation que je le crois ?Il n’était pas censé monter.C’était la règle implicite qu’ils avaient installée entre eux. Léger. Fluide. Sans complication.Mais certaines soirées ont une densité particulière. Une fatigue nerveuse. Une tension accumulée qui ne demande plus à être analysée.Après la victoire du match à domicile, l’équipe avait brièvement célébré. Rien d’excessif. Rien d’officiel. Juste assez pour relâcher la pression.Mathieu l’avait regardée plusieurs fois pendant la soirée.Pas possessif.Pas jaloux.Mais décidé.Quand ils se retrouvèrent dehors, l’air était froid et sec. Éliane sentit l’adrénaline encore active sous sa peau.— Tu viens chez moi, dit-elle simplement.Pas un sourire.Pas une hésitation.Il la regarda une seconde de trop.— Tu es sûre que ce n’est pas… impulsif ?Elle s’approcha de lui.— Si. Complètement.Et elle l’embrassa.Pas doucement cette fois.Le baiser était profond, affamé, chargé des jours retenus.Il répondit immédiatement. Sa main glissa dans son dos, l’attirant contre
Les jours qui suivirent le retrait glacial d’Alexei laissèrent un vide étrange dans l’aréna. Il était toujours là, mais comme une présence périphérique, disciplinée, distante. Il ne cherchait plus l’affrontement. Il ne cherchait plus Éliane non plus.Et c’était précisément ce qui la troublait.Alors elle se concentra ailleurs.Mathieu, lui, n’avait pas changé d’attitude. Il ne revendiquait rien. Ne posait aucune pression. Il continuait d’être ce qu’il avait toujours été : solide, présent, ancré.Mais il y avait maintenant une tension assumée entre eux. Un fil invisible qu’ils avaient cessé de nier.Un soir, après un entraînement intense, il lui proposa simplement :— On va boire quelque chose. Pas avec l’équipe. Juste… dehors.Pas un rendez-vous officiel.Pas une déclaration.Elle accepta.Le bar qu’il choisit était discret, à quelques rues de l’aréna. Lumière tamisée, musique basse, tables espacées. Assez pour parler sans se cacher.Assise en face de lui, Éliane réalisa qu’elle ne l’
Il ne bougea pas.Pas quand la porte de la salle vidéo s’ouvrit.Pas quand Mathieu fit un pas dans le couloir.Pas quand Éliane apparut derrière lui, les lèvres encore légèrement rosées, le souffle encore instable malgré ses efforts pour le masquer.Alexei était adossé au mur, les bras croisés. Le néon au-dessus de lui projetait une lumière pâle sur ses traits, accentuant la dureté naturelle de son visage.Il n’y avait rien d’explosif dans son regard.C’était pire.Il était parfaitement calme.Mathieu s’arrêta à mi-distance. Éliane sentit immédiatement que l’énergie avait changé. Plus de tension brute. Plus d’électricité sauvage.Juste une froideur dense.— Tu avais besoin de la salle vidéo ? demanda Mathieu, ton neutre.Alexei décroisa lentement les bras.— Non.Sa voix était plate. Stable. Presque douce.Son regard glissa vers Éliane.Pas vers sa bouche.Pas vers ses mains.Dans ses yeux.Il la regardait comme on observe une donnée.Un fait.Un résultat.Elle sentit un frisson lui p
La neige avait cessé.L’air était plus froid encore, comme si la tempête avait aspiré toute chaleur inutile. Éliane était rentrée chez elle avec l’image de Mathieu immobile dans l’encadrement de la porte, les observant dans la nuit blanche.Il n’avait rien dit.Mais son silence était une décision.Le lendemain, il ne fit aucune remarque. Aucun reproche. Aucune allusion.C’était presque pire.L’entraînement se déroula avec une concentration inhabituelle. Mathieu donnait les consignes avec précision, la voix ferme, le regard clair. Professionnel. Irréprochable.Mais quelque chose avait changé.Il ne l’évitait pas.Il la regardait plus longtemps.Pas avec jalousie.Avec lucidité.À la fin de la séance, alors que les joueurs quittaient la glace, il s’approcha d’elle sans un mot et lui fit un signe discret vers le couloir secondaire.Elle hésita une seconde.Puis le suivit.Le couloir était vide. Lumière tamisée. Bruit lointain des douches.Il s’arrêta devant la porte de la salle vidéo.La
Le silence du bureau du coach était plus oppressant que celui du couloir quelques minutes plus tôt. L’aréna s’était vidé peu à peu, mais ici, l’air restait lourd, chargé d’une tension froide qui n’avait rien à voir avec la glace.Éliane était restée en retrait. Elle n’aurait pas dû être là, mais le coach lui avait demandé de rester. Peut-être parce qu’elle était devenue, malgré elle, un élément de l’équation.Mathieu se tenait debout, bras croisés, le visage fermé. Alexei, lui, était assis, les coudes sur les genoux, les mains jointes devant lui. Aucun des deux ne se regardait.Le coach fit glisser une feuille sur son bureau.« La ligue a examiné les images. Bagarre après sifflet. Agression ciblée. Comportement antisportif aggravé. »Il releva les yeux vers Alexei.« Suspension de trois matchs. Effet immédiat. »Le mot suspension sembla résonner plus longtemps que les autres.Trois matchs.Dans une saison serrée, c’était énorme.Alexei ne réagit pas immédiatement. Il hocha simplement
Le silence dans le couloir était plus violent que n’importe quel coup échangé sur la glace.Mathieu ne bougeait pas.Son regard ne quittait pas la main d’Alexei posée sur la taille d’Éliane.Une main ferme.Consciente.Assumée.Alexei ne la retira pas immédiatement.Ce détail changeait tout.Éliane sentit son cœur cogner dans sa poitrine. L’air semblait plus dense. Plus lourd.— Enlève ta main, dit Mathieu.Sa voix n’était pas forte.Mais elle ne tremblait pas.Alexei tourna lentement la tête vers lui.— Non.Un seul mot.Calme.Provocateur sans hausser le ton.Éliane sentit la pression du pouce d’Alexei s’accentuer légèrement contre sa hanche.Comme pour signifier qu’il avait entendu.Comme pour refuser.— Ce n’est pas à toi de décider, répliqua Mathieu.Il s’avança d’un pas.Le couloir paraissait soudain trop étroit pour contenir les deux hommes.Éliane retrouva enfin sa voix.— Ça suffit.Elle posa sa main sur le torse d’Alexei.Cette fois, elle le repoussa.Il la relâcha immédiate







