เข้าสู่ระบบElenaCinq mois.Cinq mois de silence, de solitude, d'attente. Cinq mois à survivre, à faire semblant, à compter les jours en me répétant qu'il reviendra, qu'il l'a promis, qu'il ne m'a jamais menti.L'été est arrivé, lourd, chaud, poisseux. La ville sent l'asphalte fondu et les tilleuls en fleur. La fac m'a laissée passer en deuxième année avec des notes médiocres, des examens bâclés, des travaux rendus en retard. Je m'en fiche. Rien n'a d'importance en dehors de lui.J'ai changé. Je le sais. Maman le voit quand elle m'appelle et que je réponds d'une voix blanche, sans émotion, sans nouvelle à raconter. "Tu as maigri", dit-elle. "Tu devrais venir manger à la maison." Je refuse – la maison, c'est là-bas, dans cet appartement sous les toits, même si elle est vide de lui, même si elle résonne de son absence.Je n'ai parlé à personne de notre séparation. Pas à Julie, qui a définitivement disparu de ma vie. Pas à Théo, qui a fi
ElenaIl ne revient pas.La première nuit, je me dis qu'il a besoin d'air, de silence, d'espace. Qu'il va revenir au matin, les yeux cernés, les traits tirés, et qu'on se réconciliera dans un baiser maladroit, comme après chaque dispute.Le matin se lève. Il ne revient pas.La deuxième nuit, je pleure. Je pleure dans mon oreiller, dans ce lit trop grand, dans cet appartement trop vide. Je revois son visage au moment où il est parti, cette expression de défaite absolue, de renoncement total. Il n'avait plus rien à perdre, parce qu'il avait déjà tout perdu – et moi, la dernière chose qui lui restait, je n'avais pas su le retenir.Le troisième jour, je vais à la fac, mécaniquement, comme un automate. Théo me croise dans le couloir, me sourit, me demande si ça va. Je dis oui, très bien, comme toujours. Il ne me croit pas. Personne ne me croit.Le quatrième jour, je craque. Je téléphone à l'entrepôt où il travaille
ElenaÇa commence par un rien. Comme toujours. Comme toutes les disputes qui finissent en guerre, comme toutes les guerres qui commencent par une étincelle.Un verre renversé sur la table basse.Le vin rouge se répand sur mes cours de fac, imbibe les feuilles volantes, noie mes notes griffonnées à la hâte. Je rentre de l'université, épuisée, les nerfs à vif après une journée de regards obliques et de chuchotements dans les couloirs. Il y a des rumeurs à la fac aussi. Il y en a partout. Les rumeurs sont des cafards qui survivent à tout, qui se faufilent sous les portes, qui infestent les murs.Samuel est affalé sur le canapé, une bouteille entamée à la main, les yeux dans le vague. Il boit trop depuis l'enterrement. Il fume trop, dort trop peu, parle à peine. Son travail à l'entrepôt l'a usé, sa vie souterraine l'a brisé, la mort de François l'a achevé. Il n'est plus que l'ombre de l'homme que j'ai retrouvé en décembre.— T'
Elena---Le téléphone sonne à trois heures du matin.Je décroche avant que la deuxième sonnerie ne retentisse, par réflexe, par habitude des nuits légères où le sommeil ne vient qu'à l'aube. La voix de maman est méconnaissable – une voix de papier froissé, une voix de cendre et de larmes.— François est mort. Crise cardiaque. Cette nuit.Je ne réponds rien. Les mots ne sortent pas. Samuel se réveille à côté de moi, se redresse sur un coude, voit mon visage, comprend que le monde vient de basculer.— Quand ? je demande, bêtement, comme si l'heure exacte changeait quelque chose.— Vers minuit. Il s'est levé pour boire un verre d'eau. Il n'est jamais revenu dans la chambre.Maman sanglote, se tait, sanglote encore. Derrière elle, j'entends le silence de la maison, ce silence particulier des nuits de deuil, épais comme un brouillard, lourd comme une chape de plomb.— Les obsèques sont après-demai
ElenaNotre appartement est perché sous les toits, au cinquième étage d'un immeuble ancien sans ascenseur, dans un quartier populaire loin de la zone industrielle. Il est petit – une pièce principale qui fait salon, chambre et salle à manger, une cuisine minuscule où l'on ne peut pas tenir à deux, une salle de bain où l'eau chaude met une éternité à arriver. Les poutres sont apparentes, le parquet grince, les fenêtres laissent passer les courants d'air. Mais c'est chez nous.Notre cocon. Notre refuge. Notre liberté.Le matin, la lumière entre à flots par la lucarne du toit et dessine des rectangles dorés sur le lit défait. Je me réveille avant lui, souvent, et je reste allongée à le regarder dormir – ses longs cils noirs, sa bouche entrouverte, sa respiration lente et régulière, ses cheveux en bataille sur l'oreiller froissé. Il est beau, même dans le sommeil, même dans l'abandon. Plus beau encore, peut-être, parce qu'il n'a pas encore enfilé son
ElenaDix-neuf ans. L'âge de toutes les libertés, de tous les possibles, de tous les choix. L'âge où l'on peut voter, conduire, signer des contrats, décider de sa vie. L'âge de partir.Ma décision est prise depuis des semaines, depuis ce jour de décembre où j'ai retrouvé Samuel dans son studio minable, depuis que j'ai vu la vie qu'il menait sans moi, la survie qu'il traînait comme un boulet. Je n'ai rien dit à personne. J'ai attendu, j'ai préparé, j'ai économisé. Des petits boulots le week-end, des économies de jeune fille, des objets vendus en cachette sur Internet.Aujourd'hui, je pars.Ma valise est bouclée depuis l'aube – quelques vêtements, quelques livres, des photos volées dans les albums de famille, le caillou gris à rayure blanche que je garde depuis mes six ans comme un talisman. Rien d'autre. Le reste n'a pas d'importance. Les meubles, les bibelots, les souvenirs d'enfance – je les laisse ici. Je ne veux emporter que l'essenti
LéoSix mois.Cent quatre-vingts jours depuis que Claire a ouvert la porte de l'appartement pour la dernière fois.Cent quatre-vingts nuits dans l'atelier de Jade, à écouter sa respiration, à regarder les ombres des sculptures
Je parle pendant deux heures.Je raconte les premiers mois avec Claire, l'enthousiasme, la certitude d'avoir trouvé la bonne. Je raconte le mariage, les projets, la maison qu'on a achetée. Je raconte l'installation dans le quotidien, les habitudes, les petits mensonges qu'on se fait à soi-même pour
LéoJe la regarde. Elle est si jeune. Vingt-neuf ans. Sa vie est devant elle, un champ immense et vierge. Je n’ai pas le droit de le labourer avec mes ruines.— Tu devrais partir.Les mots sortent de ma bouche, mais ils ne sont pas à moi. Ils viennent d’ailleurs, d’un endroit ancien et lâche que je
LéoÀ midi, je suis dans mon bureau. Les volets sont à demi tirés. La lumière zèbre la pièce de bandes parallèles. Mon téléphone est sur le bureau, face contre verre. Je le retourne.J’ai besoin de te voir. Maintenant. – Franck.Je réponds. À l’hôpital. Bureau 417.Il arrive à treize heures. Il n’a







